Basquiat x Warhol, cinq œuvres emblématiques de leur collaboration


1. Un portrait emblématique de Jean-Michel Basquiat

Andy Warhol, Portrait of Jean-Michel Basquiat as David

Andy Warhol, Portrait of Jean-Michel Basquiat as David, 1984

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Polymère synthétique et encre sérigraphique sur toile • 228,6 × 176,5 cm • © 2023 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris

Ce tableau est issu de la période où les deux artistes jouent à se représenter l’un l’autre. Pour cette œuvre, réalisée avec des Polaroids, Warhol use de références à l’histoire de l’art (ici au David de Michel-Ange) et y ajoute des codes modernes. Il y intègre le jockstrap, un sous-vêtement de sport qui laisse à l’origine les fesses apparentes et fait ici référence à la scène gay. Autre sous-texte, il s’autocite en utilisant un fond gris argenté, clin d’œil à sa série « Elvis » qu’il réalise quelques années plus tôt.

Dans cette œuvre, Basquiat est représenté comme le King, en véritable idole. Depuis leur rencontre en octobre 1982 par le biais de Bruno Bischofberger, leur marchand commun, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat nourrissent l’un pour l’autre une réelle admiration. « Dans le journal d’Andy Warhol, c’est assez clair, il parle aussi bien du physique de Basquiat que de sa virtuosité », explique Olivier Michelon conservateur à la Fondation Louis Vuitton. De son côté, le jeune peintre aime l’œuvre de son aîné ainsi que le personnage.

2. Une toile à six mains avec Francesco Clemente

Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente et Andy Warhol, Pimple Head

Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente et Andy Warhol, Pimple Head, 1984

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Technique mixte sur toile • 122 × 167 cm • Collection particulière • © Estate of Jean-Michel Basquiat Licensed by Artestar, New York;© Francesco Clemente;© 2023 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris Courtesy Galerie Bruno Bischofberger, Männedorf- Zurich, Suisse / Private collection. Courtesy Galerie Bruno Bischofberger, Männedorf-Zurich, Switzerland

À la demande de Bruno Bischofberger, les deux artistes commencent à travailler à trois avec le peintre italien Francesco Clemente. Le marchand leur commande quinze œuvres qui seront exposées en 1984 à Zurich dans sa galerie. Comme un cadavre exquis, ils interviendront sur la toile chacun leur tour : l’un d’eux la commence, la transmet au suivant avant de la faire passer au dernier. On sait ainsi que chacun d’eux a commencé cinq tableaux avant de le donner à travailler à son successeur. Sur celui-ci, on décèle la marque de chacun. Face au duo new-yorkais, Clemente apporte à ces œuvres une iconographie plus onirique et un référentiel plus européen. Ce travail à six mains achevé, Warhol et Basquiat continueront leur collaboration en duo.

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3. Le match des légendes

Michael Halsband, Andy Warhol & Jean-Michel Basquiat #1 New York City, July 10, 1985

Michael Halsband, Andy Warhol & Jean-Michel Basquiat #1 New York City, July 10, 1985, 1985

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Tirage gélatino-argentique, tirage 2022 • 152,4 × 121,92 cm • © Michael Halsband Courtesy de l’artiste

En 1985, les deux artistes exposent ensemble. Décidés à créer tout une iconographie liée à cet évènement, ils imaginent se représenter comme deux boxeurs qui s’affrontent. Ils font ainsi appel au photographe Michael Halsband, plus connu pour ses clichés en noir et blanc de la scène rock, dont celui, célèbre, de Klaus Nomi. Ici c’est Basquiat qui « attaque » Warhol à coup d’uppercut, sourire aux lèvres. Symboliquement, c’est un choc des générations, et des techniques. Ce double portrait ne sera pas conservé pour illustrer l’affiche de l’exposition mais reste l’une des représentations les plus fameuses du duo.

4. Une des grandes œuvres collaboratives

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, Untitled

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, Untitled, 1984

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Acrylique, encre sérigraphique et bâton d’huile sur toile • 294,6 × 419,7 cm • © Clint Jenkins © Estate of Jean-Michel Basquiat Licensed by Artestar, New York;© 2023 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris, © Clint Jenkins 

On conserve de Jean-Michel Basquiat certains écrits expliquant le processus de création entrepris avec Warhol. Ce dernier se charge du fond de la toile, qu’il habille avec une écriture ou un logo et c’est ensuite au tour de Basquiat de peindre. Ici, le pape du pop art a ajouté la marque d’électroniques Zenith et a dessiné, à partir de rétroprojections (à l’aide d’un rétroprojecteur, il agrandissait des images qu’il plaçait sur ses toiles), des motifs de gants de baseball et de mocassins. Quant à son acolyte, il est intervenu en dessinant à grands traits des têtes de personnages semblables à des masques, les visages déformés et les sourires édentés leur conférant un air inquiétant. Le « ½ », propre à l’imagerie warholienne, est lié à la publicité et à la promotion, mais peut aussi évoquer le binôme : « Un sur les deux ». Le tout est réparti autour d’une sorte d’arbre central qui guide la composition. Une des œuvres les plus complexes de leur collaboration.

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5. Une toile comme un dialogue artistique

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, China Paramount

Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, China Paramount, 1984

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Acrylique, bâton d’huile et encre sérigraphique sur toile • 211 × 282 cm • Collection Nick Rhodes • © Fondation Louis Vuitton / David Bordes © Estate of Jean-Michel Basquiat Licensed by Artestar, New York;© 2023 The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris, © Fondation Louis Vuitton / David Bordes

Cette toile fait partie de la collection de Nick Rhodes, clavier du groupe mythique Duran Duran. Le musicien entre dans le cercle rapproché des deux peintres lors de leur collaboration, et leur achète ce tableau. Ce grand format présente une iconographie riche où toutes les figures s’entremêlent : au centre, le logo Paramount évoque le cinéma cher à Warhol ; mais c’est aussi l’entreprise pour laquelle travaille son compagnon de l’époque, John Gould. Autre référence au 7e art : le président Ronald Reagan, un ancien acteur. Viennent s’ajouter les figures typiques de Basquiat et en arrière-plan, une esquisse d’une carte de Chine. Cette œuvre est l’expression même d’un syncrétisme entre leurs deux iconographies. « Il y a vraiment une accélération du dialogue dans cette peinture. On commence par le cinéma et on finit par le pop et la géopolitique », conclut Olivier Michelon.

Le tableau prendra place à la galerie Tony Shafrazi à New York pour leur exposition commune de 1985, qui marquera la fin du duo. Si elle sacre l’œuvre des deux génies, la réception est mitigée. Basquiat est vu comme une mascotte derrière le maître Warhol. Les deux continuent à travailler ensemble après 1985 mais leur relation s’étiole. Warhol meurt en 1987, Basquiat en 1988, faisant de leur courte collaboration un cycle dans leur vie artistique.



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