Aux États-Unis, les galeries d’art fermées pour la grève nationale contre l’ICE


C’est une mobilisation inédite. Ce vendredi 30 janvier, une partie du milieu de l’art américain s’élève contre les rafles d’immigrés et autres actions violentes de l’ICE (agence fédérale de l’immigration américaine) et de la police des frontières (BORTAC) qui secouent les États-Unis ces dernières semaines. Dans le contexte de la vague d’indignation nationale qui a suivi la mort des citoyens américains Renée Good et Alex Pretti, abattus dans la rue par l’ICE les 7 et 24 janvier à Minneapolis (Minnesota), de nombreuses galeries d’art, dont plusieurs grandes enseignes internationales, ont en effet choisi de rester portes closes ce jour en guise de protestation.

Parmi les nombreuses galeries mobilisées de New York à Los Angeles, figurent des mastodontes tels que David Zwirner, Pace, David Kordansky, Marian Goodman, Almine Rech et P.P.O.W., mais aussi de plus petites enseignes comme Ulterior, Hannah Traore et Hesse Flatow. Comme indiqué sur leurs réseaux sociaux, leur action s’inscrit dans le cadre de la vaste grève nationale (« National Shutdown ») appelant, à travers tout le pays, à ne pas se rendre au travail, à l’école ou dans les commerces, afin d’exiger l’arrêt des agissements violents de l’ICE, menés sous l’égide de l’administration Trump.

De quoi créer des affiches de protestation et des espaces à disposition

Dans leurs communiqués, plusieurs galeries affirment que le monde de l’art, façonné par des artistes, des travailleurs et des publics de toutes origines, ne peut rester indifférent à ce qu’ils qualifient de grave crise des droits civiques. Certaines, comme P.P.O.W., sont allées au-delà de la fermeture symbolique en fournissant des espaces et des matériaux pour la création d’affiches de protestation destinées aux rassemblements prévus dans la journée – près de 250 manifestations étant attendues dans une quarantaine d’États.

À Minneapolis, au prétexte d’une affaire de fraude aux aides publiques dans la communauté somalienne, l’ICE mène depuis décembre des raids extrêmes, et a par ailleurs arrêté plusieurs milliers de personnes à l’échelle nationale ces derniers mois. Sous couvert d’une traque présentée comme visant des immigrés illégaux représentant une
« menace pour la sécurité publique » (les « pires des pires criminels en situation irrégulière »), ce sont de nombreux immigrés sans aucun casier judiciaire ou infraction grave, dont certains en situation légale, et même des citoyens américains issus de l’immigration (enfants compris, à l’image du petit Liam Ramos, cinq ans), qui sont violemment arrêtés et envoyés dans des centres de détention.

Manifestation « Stop ICE Terror » à North Hollywood

Manifestation « Stop ICE Terror » à North Hollywood, 24 janvier 2026




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© Raquel G. Frohlich / Sipa USA / SIPA

Dans ces lieux, des organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi que des témoins tels que le Français Julien Pereira, décrivent des conditions en violation complète des droits humains : des dizaines de détenus entassés à même le sol dans des enclos grillagés ou transparents avec toilettes ouvertes, nourriture et eau impropres à la consommation, maladies, décès liés aux conditions d’hygiène, refus d’accès aux soins et à un avocat, insultes, coups et tortures.

Des musées sous la pression de la Maison-Blanche

Plusieurs musées et espaces artistiques de Minneapolis et Saint Paul avaient déjà fermé leurs portes la semaine dernière en signe de protestation. Mais les grands musées nationaux, davantage soumis aux pressions du gouvernement que les galeries privées, restent globalement silencieux. Le 13 janvier, la Smithsonian Institution — qui regroupe 21 musées d’art et d’histoire à Washington — a ainsi, sous la menace d’un arrêt des subventions, envoyé des photographies de ses cartels et textes de salles à la Maison-Blanche afin de les soumettre à son approbation. Quitte à supprimer des thèmes, images ou informations contredisant la vision trumpienne de l’Amérique et de son histoire.





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