au programme du Festival de Cannes ce lundi


À mi-parcours, la 79e édition du Festival de Cannes a mis un tigre dans son moteur. Les regards seront braqués sur Fjord, le portrait de famille du cinéaste roumain Cristian Mungiu.

À mi-parcours, la 79e édition du Festival de Cannes a mis un tigre dans son moteur. Paper Tiger, de James Gray, a enfin créé l’élan qui manquait au cru 2026 après l’accueil glacial réservé à Histoires parallèles d’Asghar Farhadi et les réactions mitigées suscitées par deux autres valeurs sûres de la Croisette Sheep In The Box  de Kore-eda et Soudain, de Ryusuke Hamaguchi. Lundi pourrait voir la manifestation azuréenne poursuivre sur sa belle lancée avec le retour sur les marches du Palais d’une génération d’acteurs révélés récemment par Cannes. Muse du réalisateur Joachim Trier, la Norvégienne Renate Reinsve lui fera des infidélités. Trump plus vrai que nature dans The Apprentice, le justicier américano-roumain d’Avengers Sebastian Stan surprendra dans une autre métamorphose. De quoi faire monter la température de la course à la palme d’or.

L’HISTOIRE DU JOUR
Le président du jury Park Chan-wook décoré

Park Chan-wook, président du jury du 79e Festival de Cannes, a été décoré de la médaille de Commandeur des Arts et lettres par la ministre de la Culture Catherine Pégard.
Marko Djurica / REUTERS

Le président du jury du Festival de Cannes, Park Chan-wook, a reçu, dimanche, les insignes de Commandeur de l’ordre des Arts et Lettres par la ministre de la Culture Catherine Pégard. « Mon souhait ultime est de tourner un jour un film en France avec des acteurs français », a affirmé le réalisateur coréen, très ému. Grand prix à Cannes en 2004 pour Old Boy, le cinéaste a souligné que « cette récompense a complètement changé ma vie », assurant n’avoir « jamais imaginé » décrocher cette sélection sur la Croisette. Avec le Festival de Cannes, « notre lien a perduré et me voici aujourd’hui président du jury », a-t-il ajouté.


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Il a aussi confié que pendant sa jeunesse, c’est un film français qui l’avait le plus marqué. « Je ne l’ai jamais mentionné auparavant, car j’avais peur que les gens se moquent de moi tant il est différent de mes propres films. Mais la vérité, c’est que lorsque j’étais jeune, j’ai vu le drame romantique Marianne de ma jeunesse (1955) du réalisateur Julien Duvivier, et il m’a profondément marqué », a ajouté le cinéaste de 62 ans, adepte d’univers sombres et dérangeants.

Javier Bardem sans filtre

Javier Bardem tient le rôle principal de L’Être aimé, réalisé par son compatriote Rodrigo Sorogoyen et en compétition.
Manon Cruz / REUTERS

La superstar espagnole, à l’affiche du drame familial L’Être aimé, de Rodrigo Sorogoyen, n’a pas sa langue dans sa poche. Il l’a prouvé, à maintes reprises, avec ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien et la guerre à Gaza. Javier Bardem a récidivé en conférence de presse ce dimanche. Interrogé sur son rôle de réalisateur abusif, l’acteur de 57 ans a évoqué la « masculinité toxique » de son personnage, avant de tenir des propos plus politiques. « C’est le même problème avec M. Trump, M. Poutine ou M. Netanyahou », a-t-il dit, citant les dirigeants américain, russe et israélien. « C’est le grand bonhomme qui dit : “Ma bite est plus grosse que la tienne et je vais te bombarder la gueule” », a-t-il ajouté, estimant que cette attitude provoquait des « milliers de morts ». Défenseur affiché de la cause palestinienne, Javier Bardem a par ailleurs affirmé qu’un « génocide » était « toujours en cours » à Gaza, où prévaut un cessez-le-feu très précaire. « C’est un fait, vous pouvez essayer de le justifier, mais c’est un fait », a affirmé celui qui a aussi déploré la fusion à venir entre les deux grands studios hollywoodiens historiques Warner et Paramount.. 

ENTENDU À CANNES

Quentin Dupieux, entouré de ses acteurs de Full Phil, Woody Harrelson, Charlotte Le Bon et Kristen Stewart.
Gonzalo Fuentes / REUTERS

La France compte un nombre incroyable de réalisateurs intéressants et possède une culture du cinéma qui dépasse ses frontières

Woody Harrelson, au Figaro, en évoquant sa collaboration avec le réalisateur Quentin Dupieux

LES TEMPS FORT AUJOURD’HUI
Le retour « extrêmement particulier » d’Arthur Harari

La dernière fois que le réalisateur était sur la Croisette, c’était en 2023 comme coscénariste du thriller Anatomie d’une chute  réalisé par sa compagne Justine Triet. Lauréat de la palme d’or, le thriller était allé jusqu’aux Oscars. À 15 heures, Arthur Harari dévoilera en compétition L’Inconnue . Dans cette adaptation de la bande dessinée écrite avec son frère, un homme se réveille dans la peau d’une mystérieuse inconnue entraperçue dans une fête. Une expérience kafkaïenne incarnée à l’écran par Léa Seydoux et Niels Schneider. Il s’agit de « l’un des films les plus discutés » dans le comité de sélection, « un objet de cinéma extrêmement particulier », avait prévenu Thierry Frémaux lors de la présentation de la sélection.

Vers une seconde palme ?

Fjord, de Cristian Mungiu, scrute l’apparition d’un conflit entre deux familles dans un village reculé.
Le Pacte

Palme d’or 2007 pour Quatre mois, trois semaines et deux jours, le cinéaste roumain Cristian Mungiu revient à 19 heures en haut des marches avec Fjord, un drame tourné en Norvège, qui réunit deux visages révélés par le Festival de Cannes : Renate Reinsve (prix d’interprétation en 2021 pour Julie en 12 chapitres ) et Sebastian Stan (The Apprentice), méconnaissable en patriarche chauve. Les comédiens, qui s’étaient déjà donné la réplique dans l’étrange A Different Man, campent un couple roumano-norvégien très pieux. Les Gheorghiu s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes.

Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps de l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause. La présence dans le jury de Stellan Skarsgard, qui donnait la réplique à Renate Reinsve dans le brillant Valeur sentimentale  l’an passé, aura-t-elle une influence sur le jury pour récompenser Fjord ?

Charlotte Gainsbourg en Gisèle Halimi

Charlotte Gainsbourg (à gauche) campe l’emblématique avocate.
Quad/Gaumont


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La comédienne est à l’affiche de L’Affaire Marie-Claire , qui revient sur le procès historique de 1972 à Bobigny d’une jeune fille qui s’était fait avorter illégalement après un viol. Charlotte Gainsbourg incarne l’emblématique avocate Gisèle Halimi. Un choix qui n’avait pas fait l’unanimité lors de l’annonce du projet. Lever de rideau dans la section Cannes Première à 19 h 15.

Le revenant Nicolas Winding Refn

Le réalisateur danois du cultissime et hypnotique Drive revient sur le devant de la scène avec le thriller horrifique Her Private Hell, qui réunit une brochette de jeunes pousses qui comptent à Hollywood : Diego Calva, Charles Melton, Havana Rose Liu. L’intrigue de ce voyage au bout de la nuit ? Alors qu’une étrange brume engloutit une métropole futuriste et libère une présence mortelle insaisissable, une jeune femme troublée part à la recherche de son père. Au cours de cette quête, son destin croise celui d’un GI américain engagé dans un voyage désespéré pour arracher sa fille de l’Enfer. Tout un programme à découvrir à 22 h 30.

HIER SUR LA CROISETTE
Paper Tiger, de James Gray

De retour sur la Croisette et en lice pour la palme d’or, le réalisateur américain se détache nettement de ses concurrents avec ce film autour de la mafia russe à New York. Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson y sont au sommet de leur art. Ce n’est pas pour rien que Paper Tiger a décroché la standing ovation la plus massive et la plus franche de cette 79édition. Entre sept et dix minutes ! James Gray a même essayé d’en faire profiter Scarlett Johansson, qui n’a pas pu venir à Cannes en raison du tournage d’un nouveau film de la saga horrifique L’Exorciste. Le cinéaste a tenté d’appeler son actrice en visioconférence pendant les applaudissements. Mais celle-ci n’a pu décrocher à temps malheureusement.

Le réalisateur James Gray (au centre), les acteurs Miles Teller (à gauche) et Adam Driver sur le tapis rouge avant la projection, samedi soir, de Paper Tiger.
Gonzalo Fuentes / REUTERS

Dans Paper Tiger, le réalisateur mêle deux veines, l’autobiographie d’Armageddon  et le thriller à la sauce The Yards. En 1986, la famille Pearl vit paisiblement dans le Queens. Le père bricole, mène ses affaires à la pépère, conduit une voiture au bout du rouleau. Les deux fils dorment dans la même chambre. La mère s’occupe de l’intendance. Le bonheur file doucement, dans cette banlieue résidentielle. Irwin (Miles Teller), qui porte ces chemises à carreaux très à la mode en ce temps-là, a un frère. Gary (Adam Driver) est cravaté dans ses costumes. Il mène la grande vie. Cet ancien policier roule en Mercedes, s’invite sans prévenir. Il propose à Irwin un plan sans faille, si, si : s’associer avec des Russes pour dépolluer la rivière locale. Succès garanti. À entendre Gary, c’est du tout cuit. Tu parles.



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