Au Palais-Bourbon, les décors de Delacroix révèlent leur éclat


« Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds de son cheval l’Italie renversée sur des ruines. L’Éloquence éplorée, les Arts s’enfuient devant le farouche coursier du roi des Huns. L’incendie et le meurtre marquent le passage de ces sauvages guerriers qui descendent des montagnes comme un torrent. » Après moins d’un an de restauration, voilà donc ce chef-d’œuvre de Delacroix (décrit ici par lui-même) à nouveau soumis au regard des députés et des nombreux visiteurs qui se pressent pour découvrir les trésors du Palais-Bourbon, dans le cadre de visites guidées.

L’ensemble fait en effet partie des quelque 400 mètres carrés de décors peints sur la voûte de la bibliothèque de l’Assemblée nationale, vaste nef de 42 mètres de long sur 10 mètres de large et 15 de hauteur, endroit singulier du Palais-Bourbon qui fut longtemps le seul espace de travail des députés et qui continue à être fréquenté avec assiduité. Ce décor appartient aux tout premiers grands chantiers menés à Paris par le chantre du romantisme, ces « grandes murailles à peindre » selon les propres mots de l’artiste, qui voyait dans ces commandes monumentales le moyen de faire rayonner son art et d’égaler ses maîtres, Raphaël et Michel-Ange. Pourtant, tout ne s’est pas passé comme prévu dans cette affaire qui dura neuf ans et sembla si interminable que les questeurs de l’Assemblée nationale manifestèrent leur agacement à plusieurs reprises.

Un peintre pleinement investi

Eugène Delacroix, Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l’Italie et les arts (détail)

Eugène Delacroix, Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l’Italie et les arts (détail), 1838 à 1847

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© Alina Moskalik-Detalle

Lorsqu’il reçoit commande de ce décor en 1838, Delacroix connaît déjà le Palais-Bourbon, que l’État a acheté en 1827 et où l’architecte Jules de Joly mène de grands travaux (dont la reconstruction de l’hémicycle). Quelques années auparavant, en 1833, grâce à Adolphe Thiers, alors ministre du Commerce et des Travaux publics qui avait remarqué sa Barque de Dante au Salon de 1822 (Thiers fut journaliste et critique d’art et sera bien plus tard le bourreau de la Commune), Delacroix se voit confier, à son retour d’Afrique, les peintures du salon du Roi. Si Thiers l’impose contre l’avis général (Delacroix n’est pas alors l’artiste reconnu qu’il sera plus tard), pour « la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens », le résultat, mené seul et en cinq ans, suscite l’enthousiasme.

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