Au Centre Pompidou, l’amitié du couple Delaunay avec Amadeo de Souza-Cardoso


C’est l’histoire d’un coup de foudre amical qui se joue à trois. D’un côté, Sonia et Robert Delaunay, peintres de l’avant-garde parisienne. De l’autre, Amadeo de Souza-Cardoso, natif de Manhufe, dans le nord du Portugal, issu d’un milieu bourgeois et bien décidé à conquérir la capitale française où il s’est installé en 1906, à 19 ans.

En 1911, le jeune peintre sonne à la porte des Delaunay. Mariés depuis tout juste un an, les deux artistes habitent rue des Grands-Augustins et fréquentent tout le milieu cosmopolite de Montparnasse. Quand la porte s’ouvre, un accent résonne : « Je suis le peintre portugais Amadeo de Souza-Cardoso. » L’échange prendra tout de suite et le triangle amical va perdurer des années durant.

Vue de l’exposition « Amadeo de Souza-Cardoso, Sonia et Robert Delaunay. Correspondances » réalisée en partenariat avec la fondation Calouste Gulbenkian

Vue de l’exposition « Amadeo de Souza-Cardoso, Sonia et Robert Delaunay. Correspondances » réalisée en partenariat avec la fondation Calouste Gulbenkian

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© Centre Pompidou – MNAM CCI / Photo Audrey Laurans / Presse

« Je suis impressionniste, cubiste, futuriste. Je ne suis d’aucune école. »

Amadeo de Souza-Cardoso

Après une importante rétrospective au Grand Palais en 2016 ayant mis en lumière l’œuvre méconnue en France d’Amadeo de Souza-Cardoso, ainsi que sa place dans le réseau artistique international des avant-gardes, le Centre Pompidou, en partenariat avec la fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne, resserre dans une petite exposition-dossier la focale en s’intéressant aux liens tant amicaux qu’artistiques que Robert et Sonia Delaunay ont entretenus avec Amadeo de Souza-Cardoso. Constitué en deux volets, l’un sur les échanges à Paris, terre de leur rencontre, l’autre sur leur voisinage au Portugal, quand les époux Delaunay s’y sont installés, l’accrochage témoigne d’une correspondance féconde entre les créateurs.

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Des démarches artistiques qui se croisent

Robert Delaunay, La Verseuse

Robert Delaunay, La Verseuse, 1916

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Huile et peinture à la cire sur toile • 140 × 150 cm • Coll. Centre Pompidou, Musée national d’Art moderne, Paris • © Centre Pompidou – MNAM CCI / Photo Audrey Laurans / Presse

À Paris, le Portugais de Souza-Cardoso est une éponge qui s’empare de tous les styles.  « Je suis impressionniste, cubiste, futuriste. Je ne suis d’aucune école », déclare-t-il. En 1912, il se lance en particulier dans un manuscrit intégralement calligraphié au pinceau et enluminé de l’œuvre de Gustave Flaubert, La Légende de saint Julien L’Hospitalier (1877), inspiré du travail des copistes médiévaux.

Surtout comme les Delaunay, insiste Helena de Freitas, conservatrice au Centre d’Art moderne de Lisbonne – fondation Calouste Gulbenkian, il cultive « un goût pour l’architecture, les formes anguleuses et géométriques, peintes à l’aide de palettes monochromes ». « À l’aube de la guerre, leurs recherches s’orientent dans des directions très similaires, portées sur l’étude abstraite de la lumière et des couleurs », observe Sophie Goetzmann du Centre Pompidou. Aux fameux cercles colorés des Delaunay, leurs Prismes électriques (1914), répondent les circonvolutions des cavaliers aux couleurs chaudes du Portugais (Cavaleiros, 1913).

Ils sont voisins au Portugal

Contre toute attente, la guerre les rapproche encore plus. Lorsque le premier conflit mondial éclate, de Souza-Cardoso est au Portugal, où il va demeurer jusqu’à sa mort en 1918 de la grippe espagnole. Exilé de France, le couple Delaunay s’installe à l’été 1915 à Vila do Conde, au nord de Porto, dans une belle villa les pieds dans l’eau.

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Vue de l’exposition « Amadeo de Souza-Cardoso, Sonia et Robert Delaunay. Correspondances » au Centre Pompidou à Paris

Vue de l’exposition « Amadeo de Souza-Cardoso, Sonia et Robert Delaunay. Correspondances » au Centre Pompidou à Paris

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© Centre Pompidou – MNAM CCI / Photo Audrey Laurans / Presse

Sonia est inspirée par la lumière du pays, moins brumeuse qu’à Paris. Elle se consacre à des travaux d’art décoratif marqués par l’artisanat local – poteries, broderies. De son côté, Robert réintroduit peu à peu la figuration dans ses compositions. Amadeo de Souza-Cardoso leur rend souvent visite et ils correspondent. Par effet de réciprocité, l’ami puise aussi de plus en plus dans la culture populaire pour ses tableaux : animaux, céramiques et végétaux locaux surgissent au milieu de la couleur…

Comme Sonia, Amadeo de Souza-Cardoso introduit dans ses toiles des éléments de la culture de masse, à la manière d’un collage, tel ce logo du journal Le Figaro que nos yeux devinent. Des projets d’envergure internationale se nouent, nous apprennent les vitrines montrant quelques documents d’archives et des dessins – telle la belle ambition de la « Corporation nouvelle », projet infructueux de rassembler un vaste réseau d’artistes pour organiser, pendant la guerre, des « expositions mouvantes » à l’international. Un élan d’espoir qui peut donner à méditer aux artistes d’aujourd’hui.

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Amadeo de Souza-Cardoso, Sonia et Robert Delaunay – Correspondances

Du 3 avril 2024 au 9 septembre 2024



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