Atténuer les « excès du climat » – Quand chênes et oliviers cohabitent avec la vigne – Alimentation et agroalimentaire


Sur les collines de Vinsobres, pieds de vigne, oliviers et chênes vivent ensemble depuis des décennies : cette appellation viticole de la Drôme a préservé un réservoir de biodiversité et découvert un atout pour atténuer certains impacts du changement climatique.

Sur la parcelle d’Anaïs Vallot, où poussent grenache et syrah sur une vingtaine d’hectares de coteaux, d’imposants chênes encerclent les vignes et ombragent les premiers pieds, apportant « un peu de souffle » en pleine vague de chaleur estivale. « Du temps de mon grand-père Claude, il y a eu une vraie volonté de faire cohabiter la vigne et la forêt, et l’avenir a montré que Vinsobres a fait le bon choix », assure la vigneronne de 37 ans.

Ce vignoble de la Vallée du Rhône, dominé par la silhouette du Mont Ventoux, possède près d’un hectare de bois pour un hectare de vignes classées cru des Côtes-du-Rhône, qui composent un « patchwork » d’îlots aux différentes nuances de vert, contrastant avec les vastes étendues de certaines régions viticoles.

Les pins, les chênes et les haies qui entourent les vignes « tempèrent les excès du climat » : ils peuvent couper le vent, limiter le gel et « apportent une certaine fraîcheur quand il fait très chaud », comme un parasol, explique Cédric Guillaume-Corbin, « paysan-vigneron » d’un autre domaine, La Péquélette.

« La proximité d’une bordure boisée a un impact sur les champs jusqu’à 100 mètres de distance », en termes de biodiversité, de vie du sol ou de température, ajoute-t-il, un atout considérable sur un territoire qui souffre de canicules à répétition.

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« Bon sens paysan »

À une époque où certaines parcelles boisées étaient défrichées pour étendre les vignes, le comité des vignerons de Vinsobres a décidé d’y mettre un coup d’arrêt en 1993, en accord avec la municipalité, et de transformer ses 1 238 hectares de forêts en zones non-destructibles et espaces boisés classés. « C’est le bon sens paysan », explique simplement Jean-Louis Piallat, 72 ans, président du comité à l’époque. « On a toujours pensé que la monoculture ne fonctionnait pas et que la biodiversité était indispensable » pour préserver la « typicité du vin ».

Du fait d’un « habitat clément », la faune n’est jamais partie et les îlots boisés offrent refuge à une multitude d’insectes, aux mésanges, chauves-souris, lièvres et perdrix des collines, décrit un autre vigneron, Pascal Jaume, qui exploite un domaine familial. Face au « ver de la grappe », une chenille qui se nourrit du raisin, un équilibre se fait « naturellement quand on est entouré de bois », explique-t-il, car certains insectes – coccinelles ou araignées – dévorent les œufs de cet invertébré.

Outre la diversité botanique qu’apporte la présence des chênes verts ou truffiers, les arbres les plus en hauteur, perchés à 500 mètres d’altitude, limitent l’érosion et le ruissellement lors des orages. Cependant, cette cohabitation requiert un certain équilibre : le système racinaire profond d’une forêt peut concurrencer celui d’une vigne, s’accaparant les ressources du sol et limitant ainsi sa croissance. Les plants doivent aussi pouvoir profiter des rayons du soleil.

« Raconter la terre »

Sur certaines parcelles de l’AOC, les arbres ne sont plus en bordure mais intercalés entre les rangs de vignes, recréant le paysage traditionnel de la Drôme provençale, avec des oliviers, des amandiers ou des abricotiers. Cette cohabitation porte aujourd’hui un nom, vitiforesterie, mais elle était communément pratiquée jusque dans les années 1980. À cette époque, la mécanisation a conduit à enlever les arbres pour faciliter les vendanges et l’entretien des parcelles, explique Raphaël Metral, agronome à l’institut Agro Montpellier.

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La vitiforesterie revient désormais au nom de la transition agroécologique, les vignerons faisant attention à réintroduire des essences d’arbres adaptées au terroir. « Le vignoble, c’est tout un écosystème, un paysage : nous ne sommes pas là uniquement pour récolter du raisin », estime Anaïs Vallot, penchée sur un cep dont les baies commencent à tourner du vert au blanc. Ces pratiques « créent des contraintes en termes de travail mécanique, mais c’est un choix », quitte à produire un peu moins, défend Cédric Guillaume-Corbin, « convaincu » que cette diversité se ressent dans les arômes de sa production.

« Le vin raconte la terre et le lieu qui l’a fait naître », dit-il. « Si on est dans un lieu avec des arbres, des papillons, des oiseaux, et pas une mer de vigne qui nous étouffe, il ne racontera pas la même histoire ».



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