Aqua Domitia – Un aqueduc du Rhône à Perpignan : la sécheresse historique relance le débat – Météo et Aléas climatiques


Face à la sécheresse inédite dans les Pyrénées-Orientales, élus et agriculteurs plébiscitent la prolongation de l’aqueduc Aqua Domitia, qui irrigue déjà, avec de l’eau du Rhône, les terres arides de l’Hérault et de l’Aude.

La réalisation d’une étude de faisabilité a été votée jeudi par la région Occitanie. « Il n’a pratiquement pas plu depuis deux ans, plus la crise de l’agriculture, c’est la double peine. Viticulteurs et agriculteurs n’en peuvent plus. On est dans une situation d’urgence, il faut des mesures exceptionnelles », plaide Bruno Vila, maraîcher et arboriculteur près de Perpignan.

L’aqueduc, opérationnel depuis 2022, « fait partie des projets pour lesquels on milite. La situation est de plus en plus tendue, tout le reste de la France est sous l’eau, et rien ne tombe chez nous », déplore le président de la Fédération départementale des exploitants agricoles.

Aqua Domitia pompe 12 millions de mètres cubes dans le Rhône, à Fourques (Gard), puis distribue l’eau non traitée via un canal, puis une conduite d’eau de 60 cm à 1,2 mètre de diamètre. Dix ans de travaux ont été nécessaires, pour un investissement de 220 millions d’euros.

L’eau est utilisée pour l’irrigation agricole (40 %), potabilisée (40 %) ou vient en substitution à des ressources locales fragilisées, précise Fabrice Verdier, le président de BRL, la société d’économie mixte gestionnaire d’Aqua Domitia, vantant « un projet unique en Europe ».

« Pas inépuisable »

« L’eau du Rhône n’est pas inépuisable, mais elle est abondante, c’est une ressource qu’on ne peut pas ignorer. Si les acteurs concernés donnent le feu vert, le projet peut voir le jour entre 2030 et 2032 », estime M. Verdier, également conseiller régional d’Occitanie.

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A l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, le discours est plus mesuré. Son directeur général adjoint Nicolas Chantepy met en avant que les « autorisations de prélèvement doivent se faire en fonction de l’évolution du Rhône ».

Selon une étude de 2022 sur l’hydrologie du Rhône, l’ensemble des prélèvements dans le fleuve, dont les pompages pour les villes de Lyon, Marseille, et de la Côte d’Azur, correspondent à 5 % du débit à BTarascon, jusqu’à 30% en août d’une année sèche.

« Avec le changement climatique, tout doit être interrogé. C’est l’enjeu de l’étude de la région Occitanie, c’est une étude capitale, et pas seulement technique, il faut évaluer la viabilité économique, car forcément, cela va augmenter le prix du m3 », avertit le dirigeant de l’agence de l’eau.

D’après le président DVD de Perpignan Métropole Méditerranée Robert Vila, l’infrastructure envisagée nécessiterait un investissement de 500 millions d’euros.

En attendant, l’étude lancée par la région sera en partie financée par l’Etat, a assuré le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu, lors d’un déplacement la semaine dernière à Perpignan.

« Non-sens »

Des associations écologistes s’étaient opposées à la réalisation d’Aqua Domitia et le projet d’extension est tout aussi critiqué. « C’est une fuite en avant. Alors, on apporte l’eau à Narbonne, à Perpignan, puis à Barcelone… », ironise Marc Maillet, président de l’association écologiste Frene 66.

« C’est un non-sens de penser qu’on va solutionner la question de la sécheresse en créant d’autres problèmes, ce n’est pas en transportant les eaux d’un bassin versant à un autre, qu’on va résoudre le problème. Il faut respecter les cycles naturels », poursuit l’écologiste.

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Aqua Domitia, interroge-t-il, « c’est pour faire quoi ? Tout est à revoir pour la production agricole. L’avenir, ce n’est pas le transport de l’eau du Rhône, l’avenir c’est de changer de cultures, moins consommatrices d’eau ».

Provocateur, l’écologiste rappelle que, voici 20 ans, les agriculteurs locaux s’étaient opposés au projet Aqua Domitia jusqu’à Perpignan, car ils redoutaient que la conduite d’eau soit ensuite prolongée vers l’Espagne, dont la concurrence affecte déjà la production de fruits et légumes du Roussillon.

Sur les terres arides et craquelées de la vallée de l’Agly, mises au supplice par deux ans sans pluie significative, les agriculteurs regrettent le manque d’anticipation de leurs aînés. « C’était une erreur, mais ce n’était pas le même contexte. La concurrence espagnole était dure, on avait de l’eau, les revenus agricoles étaient meilleurs », tempère Bruno Vila.



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