Aléas climatiques – Quels sont les risques des inondations sur les cultures en place ? – Météo et Aléas climatiques, Grandes cultures


Depuis octobre, plusieurs régions françaises enregistrent des cumuls de précipitations exceptionnels. Le Limousin et la Bourgogne ont été impactées la semaine dernière par des inondations tardives. Quelles peuvent être les conséquences pour les cultures en place à ce stade ? Jean-Charles Deswarte, ingénieur R & D pôle valorisation de l’écophysiologie chez Arvalis nous éclaire.

« Lorsqu’une plante reste plusieurs jours avec de l’eau libre à ses pieds, elle peut très vite être en incapacité de faire fonctionner son système racinaire et entrer en stress », observe Jean-Charles Deswarte.

Les conséquences des inondations sur les cultures peuvent être très diverses selon les situations. L’expert Arvalis propose plusieurs éléments pour tenter de faire le tri.

« Combien de temps l’eau libre reste dans la parcelle ? »

D’abord, « il faut voir combien de temps l’eau libre reste dans la parcelle et quelle est la température à ce moment-là ».

« Plus l’eau persiste longtemps, plus cela va être problématique. Pendant un à deux jours, cela peut passer. Si ça dure plus longtemps, en revanche, admettons 4 à 7 jours, les plantes risquent de perdre des talles, voire de finir par périr. »

« Et le phénomène sera d’autant plus marqué que les températures sont élevées. En effet, l’horloge interne d’une plante est adossée à la température. Si on laisse 4-5 jours une plante en excès d’eau alors qu’il fait 15°C, pour elle, cela va représenter un certain temps biologique. Alors qu’à une température de 3°C, la plante est au ralenti, donc les conséquences seront moins graves », explique Jean-Charles Deswarte.

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Stresser les céréales actuellement en cours de montaison peut « entraîner une perte de talles. Cette année, les répercussions semblent limitées à ce niveau compte tenu de la forte quantité de talles dans plusieurs secteurs. Mais dans le même temps, les plantes sont aussi en train de former leur épi, le nombre d’étages de grains est déjà constitué et après ce sont les fleurs qui vont se multiplier. Si les plantes entrent en stress à cette étape, le nombre de grains par épi peut très vite être affecté ». « Ça veut dire qu’on touche au nombre de grains par m², l’un des principaux déterminants du rendement final ! »

… « et à quel point s’évacue-t-elle vraiment ? »

Autre élément à surveiller : « une fois que l’eau s’est retirée, il faut observer à quel point elle s’évacue vraiment. Ce n’est pas la même chose si l’eau est montée très vite, puis redescendue et que le sol draine assez facilement. Là, on va avoir surtout des conséquences sur les maladies et des plantes moins solides ».

« En revanche, si, même quand il n’y a plus d’eau libre, on ne peut toujours pas marcher dans les parcelles sans s’enfoncer jusqu’aux chevilles, la culture ne va pas être capable de fonctionner normalement. Avec les racines qui « baignent », elle risque d’entrer progressivement en carence azotée. On pourrait donc observer des feuilles qui vont jaunir, des talles qui vont disparaître… Dans la pire des situations, l’épi pourrait également être affecté, mais c’est compliqué de l’observer. Si la culture jaunit vraiment beaucoup, cela peut être un signe que l’épi est affecté et l’une des meilleures solutions dans ce cas est peut-être d’évacuer la parcelle dès que c’est praticable ? Et cette autre question n’est pas anodine. »

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« Dans le cas de sols profonds, on peut envisager d’ensiler la parcelle pour la méthanisation ou de la broyer, et de resemer quelque chose qui pourra pousser pendant l’été. Les situations de vallée ont un statut particulier parce que les parcelles concernées sont inondables, mais elles disposent aussi de sols profonds, qui permettent de compenser des accidents ponctuels. C’est le cas notamment lors des inondations pendant l’hiver, l’épisode de la semaine passée, début avril, se montre relativement tardif… »

« L’autre compensation, c’est que si la culture actuelle est fichue, on peut tenter une autre culture pendant l’été dans ce cas-là. Ce ne serait même pas envisageable dans des sols superficiels. »

« Pour les parcelles plutôt concernées par des mouillères, il est plus compliqué d’envisager des rustines. Les surfaces touchées seront improductives et on ne peut malheureusement rien y faire… ».

Quelles précautions pour les semis à venir ?

En ce qui concerne les semis à venir, « difficile de faire de préconisations dans ces différentes situations d’excès d’eau. La précaution théorique serait de dire, attention lors des interventions à ne pas abîmer la structure du sol ».

« Si ces sols étaient déjà destinés à recevoir des cultures de printemps/d’été, ça veut dire qu’ils ont été labourés ou préparés pendant l’hiver, il faut « juste » attendre un bon ressuyage. Toute la subtilité réside dans la question suivante : jusqu’à quel point faut-il attendre et prendre le risque de retarder ses semis ? ».

« Dans le cas où un agriculteur aurait besoin de retourner une parcelle, par exemple un blé implanté dans de mauvaises conditions en novembre ou en février et que rien n’aurait levé. Là, il convient de reprendre le sol. Resemer sans faire de diagnostic du sol pourrait entraîner un risque », estime l’expert. « Si la cause de l’échec est, entre autres, une structure de sol trop matraquée pour évacuer l’excès d’eau. Il va falloir sans doute envisager de reprendre la structure du sol avec un travail profond. Et donc ça peut prendre plus de temps pour attendre que le sol se ressuie correctement. »





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