À Sars-Poteries, le MusVerre met la création verrière (et ouvrière) à l’honneur


Avec un peu moins de 1 500 habitants, le petit village de Sars-Poteries – qui doit son nom aux nombreuses fabriques de poteries qu’il abritait autrefois – est aujourd’hui célèbre pour son musée dédié à la création verrière : le MusVerre. La visite de celui-ci est pavée de (bonnes) surprises, et l’on pourra s’étonner du petit nombre de curieux qu’il reçoit chaque année (un peu moins de 26 000 en 2025) – ce qui n’est déjà pas si mal pour un musée aussi isolé géographiquement, Lille étant tout de même à une heure de voiture.

Mais le MusVerre mérite mieux ! Déjà, pour son architecture, signée de l’agence W-Architectures et extraordinairement pure, qui est composée de volumes simples, d’air et de lumière, ses grandes ouvertures maintenant un dialogue permanent avec le paysage des alentours (des champs, donc). Ensuite, pour sa riche collection d’œuvres en verre, qui fait la part belle à la création contemporaine en la matière, et a débuté en 1982.

Bâtiment du MusVerre depuis l’extérieur à Sars-Poteries

Bâtiment du MusVerre depuis l’extérieur à Sars-Poteries

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photo : Département du Nord / P. Houze

Cette année-là, Sars-Poteries accueille le premier Symposium international du verre contemporain ; les artistes invités en profitent pour faire don de 123 œuvres, enrichissant les réserves du futur musée. Inauguré dans sa forme actuelle en octobre 2016, le MusVerre a mené depuis une ambitieuse politique d’acquisition internationale, et possède aujourd’hui 2 000 pièces anciennes et récentes.

Création contemporaine et « Bousillés »

Le musée compte ainsi des centaines de chefs-d’œuvre de virtuosité, soufflés, modelés ou sculptés par de grands noms tels que le Tchèque Stanislav Libensky, l’Américain Dale Chihuly, le Franco-Allemand Udo Zembok ou le Roumain Matei Negreanu. Ceux-ci, exposés en pleine lumière dans un écrin de blancheur façon white cube (la scénographie, bien que sobre, est remarquable d’élégance), racontent aussi l’histoire du mouvement Studio Glass, un élan venu des États-Unis dans les années 1960, et qui a fait du verre un matériau artistique, émancipé de la production industrielle.

Mary Ann Zynsky, Cominciare chaos

Mary Ann Zynsky, Cominciare chaos, 1998

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Fils de fer fusionnés, thermoformés • photo : Paul Louis

Si cet ensemble contemporain est fascinant, le musée émeut tout particulièrement avec le chapitre qu’il consacre à des pièces bien plus modestes, les « Bousillés ». Ceux-ci sont des objets de toutes sortes, utilitaires (coupes, boîtes) ou décoratifs, confectionnés par les ouvriers verriers de Sars-Poteries durant leur temps libre. Un peu plus de 800 d’entre eux, réalisés entre 1801 et 1937, dévoilent ainsi une facette de l’histoire ouvrière, humaniste puisque les « Bousillés » n’étaient pas vendus mais offerts par les travailleurs à leurs proches, leurs amis et leurs familles.

Un pan passionnant de l’art contemporain

En 2026, le MusVerre célèbre ses dix ans. Il a, depuis peu, une nouvelle directrice, Laetitia Messager, une nouvelle équipe et des ambitions repensées. Il s’agit pour la jeune institution de faire montre de son dynamisme (elle possède également un atelier de création où viennent travailler des artistes en résidence) et de prouver que le verre n’est pas une niche mais un pan passionnant de l’art contemporain, par exemple en multipliant les partenariats avec d’autres musées, français et internationaux. En attendant, une belle exposition sur des œuvres hantées de merveilleux, « Enchanté, la fabrique des histoires », est à découvrir jusqu’au 3 janvier prochain.





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