Sarah Moon (née en 1941) ne tombe jamais dans les clichés. Y compris lorsqu’il s’agit de photographier des jardins. Loin d’une perfection bucolique et radieuse, ce sont au contraire des visions brouillées, étranges et incertaines que saisit l’artiste dans « D’après nature », double exposition présentée au Centre photographique Rouen Normandie et au pavillon du jardin des Plantes de Rouen dans le cadre de la sixième édition du festival Normandie Impressionniste.
Celui-ci célèbre cette année le centenaire de la disparition de Claude Monet à travers 75 projets réunis sous le thème « Un possible jardin », en référence au refuge végétal du peintre à Giverny. Pour l’occasion, Sarah Moon a réalisé de nouvelles photographies lors d’une résidence en Normandie, autour de l’étang de Monet mais aussi dans le jardin botanique de Vauville.
Des visions stupéfiantes

Sarah Moon dans son exposition « D’après nature », 2026
© Centre Photographique Rouen Normandie
Ces dernières dialoguent avec des œuvres oniriques réalisées ces 40 dernières années, parmi lesquelles de somptueux tirages de très grand format comme Le Pavot (1997), L’Avant-Dernière Pivoine (2011), En plein vol (2013), ou encore des plantes reflétées dans un miroir piqueté du Palazzo Fortuny de Venise – un simulacre de jardin !
Difficile de reconnaître un site précis, tant l’usage du gros plan, du flou et de l’accident métamorphosent le paysage. Les fragments de Giverny, saisis en noir et blanc, sont à mille lieues des vues de carte postale. Le vert semble avoir déserté les images, sauf sur le plumage de perroquets naturalisés, portraiturés comme s’ils étaient vivants. Ces visions évanescentes, aux couleurs sourdes ou d’une toxicité tropicale, composent un territoire imaginaire et fantomatique où feuilles, pétales et ailes d’oiseaux prennent l’apparence d’empreintes fossiles.
Un jardin riche en souvenirs
Entre artifice et vérité, vie et mort, les frontières se brouillent. Effets de grain, ombres, taches : tout concourt à nous éloigner du réel. Qu’elle travaille sur négatif Polaroid ou en chambre noire, l’artiste laisse volontairement naître des accidents qui troublent la surface de la photographie, la muant en fresque vénitienne effacée par le temps.

Sarah Moon, Paule Monory, 1999
Photographie • © Sarah Moon / ADAGP, 2026
« Le jardin est pour elle un lieu intérieur, intime, un espace de projection pour réactiver des souvenirs », résume la commissaire de l’exposition, Raphaëlle Stopin. Un jardin plus mental que botanique, où la poésie de la mémoire hante les bosquets comme un spectre mélancolique…
Sarah Moon – D’après nature
Du 30 mai 2026 au 26 septembre 2026
Centre photographique Rouen Normandie
centrephotographique.com
À voir aussi au pavillon du jardin des Plantes de Rouen du 30 mai au 2 août 2026
Normandie Impressionniste 2026
Du 29 mai au 27 septembre 2026 dans toute la Normandie
Plus d’informations sur le site du festival Normandie Impressionniste
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