À la Bourse de Commerce, le corps à l’honneur d’une expo pleine de trésors


Si vous prenez l’ascenseur, vous ne la verrez pas. Car c’est dans l’escalier de la Bourse de Commerce que se déploie l’une des plus belles œuvres de l’exposition « Corps et âmes », signée du Sud-Africain William Kentridge (né en 1955). Composés de papiers déchirés, collés simplement au mur, des corps noirs gravissent difficilement les marches. Ils portent des sacs manifestement très lourds, qui font ployer leur dos et rendent laborieuse leur ascension. L’image est claire.

Et le contraste, immense. Parce que cette œuvre est faite sans esbroufe, avec peu de choses et de techniques et parce que cette procession poignante évoque aussi bien l’esclavage que les trajets périlleux des réfugiés, elle semble incongrue dans cet écrin luxueux qu’est la Bourse de Commerce, dont la (superbe) collection repose sur une fortune privée. Mais c’est toute la force de cette exposition qui choisit le thème du corps pour mettre en avant des œuvres politiques, engagées, hantées de mélancolie – quitte à inviter quelque dissonance sous cette fastueuse rotonde.

Rendre visible

« Il s’agit non plus d’incarner des formes, précise la directrice des lieux Emma Lavigne dans le catalogue, mais de capturer des forces et de rendre visible ce qui est enfoui, invisible, d’éclairer les ombres. » Et de braquer un puissant projecteur sur des artistes et des représentations qui n’ont longtemps pas été regardés par le monde de l’art, autrement dit des artistes noirs, africains et afrodescendants, et des œuvres abordant la mémoire de l’histoire colonial, de l’esclavage, du racisme.

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