« L’ouverture d’un parc saoudien sur “Dragon Ball” ou l’abandon d’un récit français »


TRIBUNE – Un parc dédié à « Dragon Ball » et financé par l’Arabie saoudite pourrait ouvrir ses portes sur les cendres du premier parc à thème français, Mirapolis. En faisant de la France sa succursale touristique, le pétrodollar saoudien n’investit pas dans un manège, mais il finance un récit, contrairement à la France, qui a abandonné le sien.

En 1987, du haut de ses 35 mètres, le géant Gargantua accueille les premiers visiteurs de Mirapolis. L’intuition du parc de Cergy-Pontoise est alors de s’inspirer des contes et des légendes français pour inventer un loisir familial d’un nouveau genre. Une sorte de Disney à la française. Mais, très vite, c’est le gouffre. Pensé par des cerveaux d’experts plutôt que par des cœurs d’artistes, Mirapolis ferme ses portes précipitamment. Quarante ans plus tard, nos gouvernants sont tout heureux de nous annoncer que, au même endroit, Gargantua sera bientôt remplacé par un certain Son Goku. Rabelais cède la place à Dragon Ball . La Renaissance s’incline devant un enfant à queue de singe. Tout un symbole. Le roman national n’inspire plus nos dirigeants, ils lui préfèrent les mangas japonais. Ils n’ont donc pas compris – ou pas voulu comprendre – que se joue, en ce XXIe siècle, la grande bataille mondiale des imaginaires. La perte d’influence récente des États-Unis, qui inondaient le monde avec l’« American…

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