
Daniel Ahmad, directeur chez Niko Partners, cabinet de conseil et de recherche en études de marché, a détaillé la logique économique qui pourrait pousser Sony à abandonner progressivement le jeu physique avec la PS6. Selon lui, cette évolution était inévitable : si elle ne survenait pas avec cette génération, elle aurait probablement eu lieu avec la suivante.
Avant la PS4, les ventes numériques de jeux complets représentaient moins de 10 % du marché PlayStation. Elles atteindraient désormais environ 80 %, contre plus de 90 % sur Xbox. A cela s’ajoutent les abonnements, les DLC et les microtransactions, qui rapporteraient aujourd’hui davantage à Sony que les ventes de jeux complets physiques et numériques réunies.
Plus de 30 % des PS5 vendues seraient déjà dépourvues de lecteur, tandis que les modèles numériques représenteraient désormais plus de la moitié des ventes actuelles de consoles. Les jeux les plus fréquentés sur PS5 sont par ailleurs majoritairement des titres-services, dont plusieurs ne sont même pas commercialisés sur disque.
Le physique reste pourtant loin d’être mort. Environ 70 millions de jeux PS5 sur disque auraient encore été écoulés l’année dernière, soit près de 20 % des ventes en volume. Un chiffre toutefois en baisse par rapport aux 120 millions recensés durant l’année de lancement de la console.
Sony ne ferait donc pas que suivre le marché : il chercherait aussi activement à accélérer sa transition vers le tout numérique. Après tout, lorsqu’une tendance arrange autant les marges, autant lui donner un petit coup de pouce.
La principale raison est bien évidemment financière. Sur un jeu tiers vendu 70 dollars sur le PlayStation Store, Sony récupère environ 21 dollars grâce à sa commission de 30 %. Sur une vente physique au même prix, ses revenus seraient approximativement deux fois moins élevés. Le disque ne représenterait ainsi plus que 5 % du chiffre d’affaires logiciel total de Sony, malgré une part encore importante des unités vendues.
Cette stratégie serait également liée au positionnement de la PS6. Dans un marché où une console pourrait désormais coûter autour de 1 000 dollars, Sony saurait qu’il ne pourra plus nécessairement viser immédiatement le grand public. La priorité serait donc donnée aux joueurs les plus engagés, prêts à dépenser davantage dans le matériel, les abonnements, les jeux numériques et les achats intégrés… Ce qui ferait donc moins de joueurs, mais des joueurs mieux pressés.
Sony accepterait ainsi de perdre certains clients attachés au disque ou dépendants d’une connexion limitée… Et cela ferait malheureusement tristement référence à une période sombre de Xbox il y a une bonne dizaine d’années, reprenant l’ancienne formule de Don Mattrick : la console destinée à ceux qui veulent encore utiliser leurs disques existe déjà, et elle s’appelle la PS5.
L’autre objectif serait de renforcer un écosystème totalement fermé. Un jeu physique peut être prêté, revendu ou offert. Une licence numérique ne garantit pas les mêmes droits. En supprimant le disque, Sony contrôlerait l’ensemble des ventes de logiciels PS6, supprimerait le marché de l’occasion et percevrait une commission sur chaque transaction.
Daniel Ahmad estime néanmoins que Sony a commis une erreur en ne précisant pas ce qu’il adviendrait des bibliothèques PS4 et PS5. Un lecteur externe compatible ou un programme de conversion des disques en licences numériques aurait probablement limité une partie de la contestation.
Il juge un retour en arrière peu probable, même si Sony pourrait encore clarifier certains éléments. Le véritable débat ne concerne donc plus seulement le lecteur, mais les droits associés au numérique : partage familial, cadeaux, remboursements, conservation des achats et accès à long terme.
Daniel Ahmad avait d’ailleurs commencé son analyse par une comparaison avec Apple, qui avait commencé à retirer les lecteurs CD de ses ordinateurs portables dès 2008. A l’époque, la décision avait provoqué de nombreuses critiques avant de devenir progressivement la norme. Selon lui, la disparition du lecteur sur console suivrait la même trajectoire : fortement contestée aujourd’hui, puis probablement banalisée dans quelques années.
Une analogie qu’il nuance toutefois lui-même : la situation ressemble bien au retrait du lecteur CD par Apple, sauf que cette fois, la nouvelle machine pourrait coûter beaucoup plus cher, tandis que l’ancienne équipée d’un lecteur fonctionne encore parfaitement.
Au fond, cette stratégie n’a rien de révolutionnaire : c’est un classique du business, tous médias confondus. Une entreprise peut se permettre de perdre une partie de son public dès lors que ceux qui restent dépensent suffisamment davantage pour compenser, puis dépasser, le manque à gagner.
Sony ne chercherait donc plus seulement à vendre le plus de consoles possible, mais à augmenter la valeur de chaque utilisateur : machine plus chère, achats numériques, abonnements, microtransactions et disparition du marché de l’occasion.
La seule chose qui compte, c’est que ceux qui restent fassent plus que compenser la perte de ceux qui partent. Le reste pourra toujours être présenté comme une évolution naturelle du marché.
Sources : PushSquare – Daniel Ahmad
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