En 2025, plus d’une centaine de vignobles bordelais ont fait l’objet d’une procédure collective. Des chiffres qui sont le reflet de la restructuration du secteur selon la Chambre d’Agriculture.
Au royaume du vin, le client boit de moins en moins. Selon le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), seules 24 milliards de bouteilles de vin ont été vendues dans le monde en 2025, contre 30 milliards en 2017. Une chute drastique de la demande, qui se répercute durement sur le vignoble bordelais depuis trois ans. 30.000 hectares de vigne ont été arrachés et la chambre d’agriculture accompagne désormais plus d’une centaine de viticulteurs en difficulté depuis 2025, quand ils n’étaient encore qu’une trentaine à s’être déclarés auprès de l’institution en 2020.
Selon le cabinet Altares Dun & Bradstreet, qui recense les procédures collectives, 46% des 270 procédures ouvertes par des vignerons français en 2025 concernent des Girondins. «Même si ces démarches sont toujours pénibles, nous avons incité les viticulteurs à se déclarer car mieux vaut prévenir que guérir. Ce chiffre est révélateur de la crise que nous traversons et le marasme est mondial», réagit Thierry Mazet, le directeur général de la chambre de l’agriculture de la Gironde. «Ce n’est pas une surprise, mais relancer la consommation avec un contexte géopolitique instable, ce n’est pas évident. Surtout quand le carburant est plus cher : le vin n’est plus un produit alimentaire prioritaire pour les Français», décrypte aussi le CIVB.
Pour «passer la vague», le vignoble qui exporte 46% de son vin a été forcé de se restructurer. Des 120.000 hectares cultivés en 2000 en Gironde, il n’en reste que 75.000 aujourd’hui. Selon les prévisions de la chambre de l’agriculture de la Gironde, les courbes de l’offre et de la demande devraient donc s’inverser à la faveur des viticulteurs dès 2026. «Le marché devrait désormais pouvoir absorber le flux. La viticulture bordelaise va mal, mais la Gironde va rester viticole et nous pouvons espérer que le gros de la crise est passé. Nous devrions sortir de l’ornière», analyse Thierry Mazet.
Chambre d’agriculture de la Gironde / collection personnelle
Rendement en berne
Pour sortir durablement de la crise, les vignerons bordelais vont toutefois devoir améliorer leur rendement. Alors que la moyenne était de près de 60 hectolitres par hectares en 2000, la courbe a dégringolé pour s’établir à moins de 35 hectolitres par hectare en 2025. Une chute vertigineuse que les aléas climatiques, bien que plus nombreux ces dernières décennies, ne suffisent pas à expliquer. «Le manque de rentabilité a forcé certains viticulteurs à économiser sur la plantation, la fertilisation et les traitements, et cela se ressent. Mais on ne peut pas vivre en produisant 35 hectolitres par hectare. Il faut investir et planter de nouveaux pieds de vignes», préconise Thierry Mazet.
L’enjeu est double. D’une part, cela permettrait d’adapter le vignoble en plantant des pieds plus résistants aux aléas climatiques ou à certaines maladies – comme le Mildiou – qui ont décimé plusieurs récoltes ces dernières années. D’autre part, cela permettrait aux viticulteurs bordelais de rediversifier leurs cépages à l’heure où 90% du vignoble est toujours en rouge, alors que les consommateurs boivent principalement du blanc et du crémant. Quitte à ne pas planter que des cépages admis par l’appellation d’origine contrôlée (AOC). «L’AOC est notre colonne vertébrale, mais nous devons continuer à diversifier la filière avec le label IGP (indication géographique protégée, NDLR) qui a moins de contraintes sur les cépages, voire faire du vin de table sans et miser sur la marque. Les cahiers des charges doivent évoluer», indique Thierry Mazet.
Autrement dit : sans faire moins bon ni moins bien, les viticulteurs doivent s’adapter à la clientèle, qui ne boit plus le vin de leurs grands-parents. «Les vins qui se gardent et les tanins ont moins la cote», admet-il. Des changements, loin de remettre en question l’existence de la vigne et du vin, exploités par l’homme depuis plus de 11.000 ans.
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