Renoir au musée d’Orsay, Martin Parr au Jeu de Paume, Matisse au Grand Palais, Henri Rousseau au musée de l’Orangerie, « Bonnes Mères » au Mucem… Ça y est, les grandes expositions du printemps ont ouvert leurs portes !
Mais, outre l’extension gratuite de celle de Nan Goldin à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, toutes sont payantes, et les visiter en marathon coûte cher. Heureusement, on peut alterner avec des expositions gratuites. Suivez le guide !
Au Centre d’art contemporain de la Matmut, le design sans frontière de Bina Baitel

Bina Baitel, Confluentia Aubusson, 2012
Elle a fondé son studio de design il y a 20 ans, après s’être formée sur les bancs de l’École d’architecture de La Villette. Depuis, Bina Baitel (née en 1977) tord le cou aux idées reçues sur ce que doit être un objet, et efface les frontières entre l’art, l’artisanat et le design. Comme lorsqu’elle conçoit, avec les petites mains expertes de la manufacture de tapisserie d’Aubusson, Confluentia, soit deux tables de chevet réunies par un tapis comme un lac aux rives colorées… Autrice aussi d’une insolite Fontaine gonflable, d’une lampe entourée de fourrure (Fur-Light) ou encore d’un sublime guéridon Zigzag sculpté dans un marbre vert, la créatrice chatouille l’imaginaire et transforme l’espace domestique en paysage onirique. À découvrir dans l’enceinte du Centre d’art contemporain de la Matmut, dont on appréciera aussi le grand parc, à 30 minutes de Rouen.
Bina Baitel. Art & Design
Du 14 février 2026 au 7 juin 2026
Centre d’art contemporain de la Matmut • 425 Rue du Château • 76480 Saint-Pierre-de-Varengeville
www.matmutpourlesarts.fr
À la Villa Arson, les 1001 facettes de Nathalie Magnan

Photogramme du film « Internautes » de Nathalie Magnan, 1996
© Diffusion : Heure exquise !
Elle n’est pas artiste… Pourtant, Nathalie Magnan (1956–2016) est au cœur d’une passionnante exposition à la Villa Arson de Nice, qui l’entoure de créateurs contemporains (comme la plasticienne Cindy Coutant, le collectif féministe Guerrilla Girls ou la réalisatrice Barbara Hammer) pour donner à lire sa trajectoire atypique et son engagement multiple. Réunis dans une ample biographie visuelle, les œuvres, archives et films documentaires racontent comment la Française s’est imposée comme une pionnière du cyberféminisme, tout en poursuivant une carrière de professeure à l’université, de théoricienne des médias et de réalisatrice de documentaires. Nathalie Magnan entretenait également une étonnante passion pour la navigation, à voile comme sur la toile…
Magnanrama. Portraits, réseaux et actualités de Nathalie Magnan
Du 20 février 2026 au 31 mai 2026
Villa Arson • 20 Avenue Stephen Liegeard • 06100 Nice
www.villa-arson.org
À Toulon, Claude Viallat disperse ses osselets dans l’Hôtel des arts

Vue de l’exposition « Claude Viallat. Avatar 2005–2025 » à l’Hôtel des Arts, Toulon
© Hôtel des Arts TPM, ADAGP, Paris, 2026.
Depuis 1966, Claude Viallat (né en 1936) ne peint qu’un seul motif, sorte d’osselet penché, forme abstraite et obsessionnelle. Invité par la métropole de Toulon à investir son Hôtel des arts, l’artiste d’origine nîmoise a laissé le commissaire Michel Hilaire piocher une cinquantaine de pièces dans son atelier. L’exposition qui en résulte, explique ce dernier, a été pensée comme un « hommage à la couleur », et déploie une très grande variété d’œuvres, l’artiste peignant sa fameuse forme autant sur « des bâches épaisses » que sur « des gazes extrêmement légères », ainsi que sur « des culs de fauteuils, des toiles de tente, des parasols aussi ». Représentant du groupe Supports/Surfaces, Viallat prouve à bientôt 90 ans la vitalité de cette peinture décloisonnée, qui fait fi de toiles sur châssis pour investir le quotidien.
Claude Viallat. Avatar 2005-2025
Du 20 décembre 2025 au 25 avril 2026
Hôtel des Arts • 236 Boulevard Maréchal Leclerc • 83000 Toulon
hda-tpm.fr
À Paris, Patrick Boucheron esquisse une histoire de la violence

Une du Journal « La Libre parole », 19 août 1893
© BNF, bibliothèque de l’Arsenal
Il est l’un des historiens les plus médiatiques de France. Ces dernières années, Patrick Boucheron (né en 1965) a multiplié les exercices : professeur à la Sorbonne puis au Collège de France, il a dirigé en 2017 une copieuse Histoire mondiale de la France, immense succès de librairie, avant de s’atteler en 2024 à co-concevoir la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ce printemps, il dévoile entre les murs de la bibliothèque de l’Arsenal à Paris une nouvelle réflexion autour de l’histoire de la violence. Celui qui est aussi membre du conseil scientifique du Mucem s’est plongé dans les réserves de cette antenne de la BnF pour sélectionner 87 pièces (estampes, manuscrits, périodiques), et composer un parcours en six chapitres. Lequel présente de nombreux grands écarts et s’arrête sur le manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade, la maquette d’un bateau négrier ou encore sur les exemplaires du journal antisémite La Libre Parole. Une passionnante façon de faire parler les archives au présent.
La poudre et l’encre. Une conversation avec Patrick Boucheron
Du 14 avril 2026 au 5 juillet 2026
Bnf – Bibliothèque de l’Arsenal • 1 Rue de Sully • 75004 Paris
www.bnf.fr
À Yvetot, une exposition qui ne dort jamais

Rika Tanaka, Agate, 2024
Les gens qui dorment d’un sommeil de plomb ne connaissent pas leur chance. À tous les autres, à ceux à qui l’encre de la nuit n’inspire qu’une sourde angoisse, l’excellente galerie Duchamp d’Yvetot, en Normandie, dédie une exposition collective sobrement intitulée « Insomnie », répartie entre ses espaces et ceux du musée des Ivoires. On y croise des œuvres contemporaines mais aussi des morceaux bruts de culture populaire ; avec, en vrac, une partition troublée de couleurs par Rika Tanaka, un épisode de la série Columbo, des dessins comme des gribouillis de Robert Desnos, des pages de Picsou Magazine, le journal de Franz Kafka (où l’auteur décrit nombre de ses cauchemars)… Un étonnant et irrésistible « carambolage nocturne », comme le dit le directeur du centre d’art, Alexandre Mare, qui donne tout sauf envie de bailler.
Du 28 mars 2026 au 17 mai 2026
Galerie Duchamp • 7 Rue Percée • 76190 Yvetot
galerie-duchamp.org
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