Michaelina Wautier, l’audacieuse Artemisia Gentileschi flamande


Il a fallu attendre 2018 pour que les œuvres de cette « grande dame du baroque » se frayent un chemin vers la lumière. Et l’année 2026 pour que son incroyable talent, digne de Rubens ou de Van Dyck, éclate vraiment au grand jour. Il faut dire que dans sa vie, nombreuses sont encore les zones d’ombre. Michaelina Wautier (ou Woutiers) serait née entre 1614 et 1618 dans une famille aisée et cultivée originaire de Mons, en Belgique.

Pour le reste, on sait peu de choses ; seulement que son frère, Charles Wautier, était également artiste. C’est lui qui l’aurait initié à la peinture, dans leur atelier commun de Bruxelles, où la carrière de la jeune femme commence vers 1645. C’est à lui aussi qu’on a souvent attribué ses œuvres à tort. Le lot de tant de femmes artistes…

Michaelina Wautier, Autoportrait au chevalet

Michaelina Wautier, Autoportrait au chevalet, vers 1650




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Huile sur toile • 120 × 102 cm • Coll. particulière

Son autoportrait de 1650 (longtemps passé pour celui d’Artemisia Gentileschi), le regard fuyant mais l’allure fière, montre pourtant toute son ambition, tout son talent. Sûre d’elle, Michaelina Wautier accole à sa signature les mots « invenit et fecit » – soit « inventés et exécutés par moi ». Loin de se cantonner à des genres considérés comme mineurs, elle s’affirme en peintre d’histoire novatrice avec de grandes compositions allégoriques, mythologiques ou religieuses traitées dans un style entre classicisme et réalisme caravagesque.

L’œuvre de Michaelina Wautier

L’un des plus beaux exemples en est son Triomphe de Bacchus (vers 1655–1659) de 3,5 mètres de long, longtemps attribué à un élève de Rubens, notamment en raison de l’audacieux nu masculin qui trône au centre de cette composition résolument baroque. Autre morceau de bravoure, son cycle des « Cinq Sens » (1650) : chacun d’eux est ici personnifié par un jeune garçon tantôt croquant dans une tartine, tantôt se pinçant le nez devant un œuf pourri.

Michaelina Wautier, Le Triomphe de Bacchus

Michaelina Wautier, Le Triomphe de Bacchus, 1655–1659




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Huile sur toile • 270 × 354 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Fine Art Images / Bridgeman Images

Michaelina Wautier s’impose de fait comme une très grande portraitiste, à la fois virtuose et originale. Nobles richement vêtus, enfants jouant à faire des bulles de savon, personnages bibliques… Ses modèles palpitent de vie. Leurs attitudes révèlent une grande acuité psychologique tandis que les chairs et les étoffes sont saisies avec sensualité ; le tout souvent relevé d’une touche d’humour, voire d’une note d’étrangeté. Ainsi de Deux filles dans le rôle des saintes Agnès et Dorothée (1650) [ill. en Une] au coloris flamboyant, qui sème le trouble avec ses regards ambigus, ses gestes suspendus, sa composition si inhabituelle. Au fil des 35 huiles qui lui sont actuellement attribuées se dessine un langage personnel étonnant.

Où la voir ?

Aucune mention de son œuvre par ses contemporains n’a toutefois été relevée jusque-là. Seule marque de reconnaissance, sa présence dans la collection de l’archiduc Léopold-Guillaume (1614–1662), l’une des plus prestigieuses de son temps, aujourd’hui conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne. C’est pourquoi l’institution détient le plus vaste ensemble d’œuvres de Wautier – dont Le Triomphe de Bacchus – et a pu organiser en 2025–2026, avec la Royal Academy de Londres, la rétrospective la plus complète à ce jour.

Michaelina Wautier, Garçons soufflant des bulles

Michaelina Wautier, Garçons soufflant des bulles, 1640




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Huile sur toile • 90,5 × 121,3cm • Coll. Seattle Art Museum • © Gift of Mr. Floyd Naramore / Bridgeman Images

Jusqu’au 31 mai, Michaelina Wautier est aussi à l’honneur au MSK (musée des Beaux-Arts) de Gand, aux côtés de nombreuses autres grandes oubliées du baroque dans les anciens Pays-Bas, notamment avec son chef-d’œuvre Deux filles dans le rôle des saintes Agnès et Dorothée habituellement accroché au KMSKA à Anvers. Une renaissance qui promet encore de belles découvertes.


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Du 7 mars 2026 au 31 mai 2026

www.mskgent.be





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