Le crâne de Goya, une sombre disparition toujours irrésolue


Cette histoire pourrait presque passer pour une performance post mortem. Depuis 1888, le peintre Francisco de Goya, connu pour ses œuvres satiriques hantées par des figures macabres, continue à nous donner des frissons d’outre-tombe à travers une étrange affaire : celle de la disparition non résolue de son crâne. Tel un spectre ricanant sorti de l’une de ses gravures, ce dernier semble avoir ressurgi par à-coups dans des lieux inattendus, avant de se volatiliser de nouveau…

C’est en France, à Bordeaux, où il s’était exilé quatre ans auparavant pour fuir l’Inquisition espagnole, que Goya a rendu son dernier soupir. Le peintre, à qui l’on a diagnostiqué une tumeur et dont l’état de santé s’est aggravé suite à une chute dans des escaliers, succombe des suites d’une attaque cérébrale à deux heures du matin le 16 avril 1828, dans un hôtel particulier de la perle d’Aquitaine. Le jour suivant, il est inhumé dans le cimetière bordelais de la Chartreuse, sur les bords de la Garonne, au sein du mausolée de la famille Muguiro e Iribarren, et aux côtés de la dépouille de son ami, Martín Miguel de Goicoechea, mort quelques années plus tôt.

Dans le cerceuil, une dépouille sans tête

Plus de 50 ans plus tard, en 1880, un certain Joaquín Pereyra, consul espagnol à Bordeaux, passe par hasard devant la tombe du peintre. Choqué de la découvrir en très piteux état, l’homme entame des démarches afin de faire transférer le corps du peintre à Madrid. Mais ce n’est que huit ans plus tard, le 13 novembre 1888, que le corps est finalement exhumé. On s’aperçoit alors avec stupeur que la sépulture a été forcée, les cercueils ont été éventrés, et que le crâne de Goya a disparu. Son couvre-chef, son manteau, son chapelet et le reste de ses ossements sont toujours là. Seule sa tête manque à l’appel…

Le cénotaphe en hommage à Goya au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux

Le cénotaphe en hommage à Goya au cimetière de la Chartreuse à Bordeaux

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© Japhotos / Alamy / Hemis

L’épisode est relaté par Gustave Labat, membre de la Société des archives historiques de la Gironde et de l’Académie nationale des sciences : « À gauche, près d’un cercueil en zinc, complètement déformé, les restes d’un colosse avec une longue épine dorsale courbée, d’énormes tibias… On ne pouvait en douter un instant, il s’agissait des restes du célèbre peintre dont la stature, contrairement à son compatriote, était plutôt grande et puissante. Mais notre émotion fut très grande lorsque les fossoyeurs ne trouvèrent qu’une seule tête, celle de Goicoechea, au milieu des restes de son corps…. La tête de Goya avait disparu, une main sacrilège l’aurait-elle subtilisée ? Où ? Quand et comment ? »

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