5 monuments français vont faire payer plus cher les visiteurs extra-européens


Plus que jamais, visiter la France va devenir un luxe. Dès le 14 janvier 2026, cinq établissements et monuments français emblématiques – le musée du Louvre, le château de Versailles, la Sainte-Chapelle, l’Opéra de Paris et le château de Chambord – adopteront en effet une tarification différenciée (et très élevée) à l’adresse des visiteurs non-européens.

Proposée en janvier dernier par la ministre de la Culture Rachida Dati pour « dégager de nouvelles ressources » dans un contexte de coupes budgétaires sévères imposées à la culture, cette décision repose sur l’idée que les touristes venus de loin, parfois de l’autre bout du monde, ne renonceront pas à des incontournables comme la Joconde ou la galerie des Glaces pour économiser une dizaine d’euros.

Un groupe de touriste dans le grand escalier d’apparat de l’Opéra Garnier, menant à la salle de spectacle, aux salons et aux foyers

Un groupe de touriste dans le grand escalier d’apparat de l’Opéra Garnier, menant à la salle de spectacle, aux salons et aux foyers, 2015




i

Photo Philippe Blanchot / Hemis

Au château de Versailles, les étrangers extra-européens paieront donc désormais la coquette somme de 35 euros en haute saison (du 1er avril au 30 octobre, lorsque les jardins sont à leur avantage – sauf s’ils optent pour une visite de groupe à 25 euros par tête) et 25 euros en période basse. Ce qui représentera un gain annuel de 9,2 millions d’euros. En contrepartie, les visiteurs européens débourseront 22 euros au lieu de 24 pendant la période creuse et en fin de journée.

Un moyen de financer les futurs travaux de rénovation

Le Louvre, qui avait déjà augmenté de 30 % le prix de son billet d’entrée en 2024, gonfle aussi la facture des visiteurs extra-européens de 45 % en faisant passer leur tarif à 32 euros, contre 22 euros pour les autres (voire 0, la gratuité s’appliquant à un visiteur sur deux en raison de nombreuses catégories spéciales). Cette note salée qui concernera environ 2,5 millions de touristes annuels, devrait permettre au musée de compter chaque année sur 15 à 20 millions d’euros supplémentaires, qui viendront aider au financement encore incertain de son colossal projet de rénovation, désormais évalué à 1,15 milliard d’euros par la Cour des comptes.

La foule devant le tableau de la « Joconde » de Léonard de Vinci, au musée du Louvre, Paris

La foule devant le tableau de la « Joconde » de Léonard de Vinci, au musée du Louvre, Paris, 2023




i

Photo Bertrand Gardel / Hemis

À Chambord, le plus célèbre et le plus vaste des châteaux de la Loire, le prix d’entrée pour les extra-Européens (10 % des visiteurs) passe de 21 à 31 euros. Cette mesure devrait rapporter 500 000 euros annuels au monument, lui aussi acculé par le besoin urgent de rénover l’aile François Ier – une opération chiffrée à 37 millions d’euros, pour laquelle il a lancé un appel aux dons.

Le quatrième lieu à appliquer ce dispositif est l’Opéra de Paris, également en quête de moyens suite à l’annonce en septembre dernier du grand plan de rénovation de ses quatre sites, dont Bastille et Garnier. Fleuron de l’art gothique situé sur l’île de la Cité à Paris, la Sainte-Chapelle est le dernier site concerné : ses 28 % de visiteurs extra-européens paieront désormais 22 euros, contre 16 pour les autres.

La fin de l’universalisme ?

Les vitraux de la haute chapelle de l’église de la Sainte-Chapelle sur l’île de la Cité à Paris

Les vitraux de la haute chapelle de l’église de la Sainte-Chapelle sur l’île de la Cité à Paris, 2017




i

Photo René Mattes / Hemis

Ces tarifs différenciés, qui devraient s’étendre en 2027 à d’autres sites français, sont très décriés. Ce vendredi 28 novembre sur France Culture, Gary Guillaud, secrétaire de la section CGT-Louvre, a dénoncé « une discrimination aberrante », alors qu’un musée est censé « prôner l’universalité d’accès à la culture », et une façon pour l’État de se « désengager de ses obligations » en demandant aux ressortissants étrangers d’investir à sa place, ce qui « n’est pas admissible ». Ce qu’avait également souligné dans Le Monde, il y a quelques mois, Alexis Fritche, secrétaire général de la CFDT-Culture.

Certes, de telles pratiques existent déjà aux quatre coins du globe, dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, à Cuba, à la Cité interdite de Pékin (Chine), dans l’ancienne basilique byzantine de Sainte-Sophie à Istanbul (Turquie), ou encore au Metropolitan Museum de New York (États-Unis), qui fait payer 30 dollars, soit 27,50 euros, aux non-résidents de l’État de New York, alors que ces derniers peuvent ne débourser qu’un minimum symbolique de 0,01 dollar. En France, des tarifs avantageux pour les jeunes de moins de 26 ans issus de l’Union européenne étaient également déjà en place.

Cependant, les hausses françaises s’accompagnent-elles d’un service à la hauteur ? Rien n’est moins sûr, puisqu’elles concernent, pour la plupart, des lieux nécessitant des rénovations profondes. Ainsi, Valérie Baud, représentante CFDT du Louvre, s’inquiétait en mai dernier dans Le Monde de conditions de visite « toujours aussi dégradées », alors même que les travaux à venir « réduiront les espaces ouverts au public ».





Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


4 + 1 =