Comme chaque automne, la photographie est en fête. Et cette année peut-être plus encore que les autres, puisque l’on célèbre jusqu’en septembre 2027 le bicentenaire de son invention ! Au programme des réjouissances : des expositions et des événements en tout genre qui, aux quatre coins de la France, mettent à l’honneur le procédé mis au point par Nicéphore Niépce en 1827.
Parmi les grands rendez-vous de la saison, il y a bien sûr l’incontournable foire Paris Photo, de retour sous la verrière du Grand Palais du 12 au 15 novembre. Mais aussi toute une série d’événements qui méritent le détour, à l’instar du salon a ppr oc he ou des parcours PhotoSaintGermain et Photo Days, qui invitent les photographes à investir galeries, musées et autres lieux insolites de la capitale. Sans oublier la myriade d’expositions qui, du musée du Louvre à la Bourse de Commerce, en passant par la BnF, placent elles aussi la photographie sous le feu des projecteurs. Tour d’horizon en dix étapes.
Les mondes parallèles de Stan Douglas au Jeu de Paume
![Stan Douglas, Hastings Park, 16 July 1955 [Parc Hastings, 16 juillet 1955]. Série « Crowds and Riots » [Foules et émeutes]](https://media.beauxarts.com/uploads/2026/11/web1-964x646.jpg)
Stan Douglas, Hastings Park, 16 July 1955 [Parc Hastings, 16 juillet 1955]. Série « Crowds and Riots » [Foules et émeutes], tirage 2008
Tirage chromogène numérique contrecollé sur Dibond
Artiste majeur de la scène contemporaine, Stan Douglas n’avait pas bénéficié d’une monographie d’envergure en France depuis près de 30 ans. C’est désormais chose faite au Jeu de Paume, qui réunit jusqu’en janvier 2027 une quarantaine de fictions documentaires – films, installations vidéo et photographies – retraçant l’ensemble de sa carrière, débutée dans les années 1980. Intitulée « Parallax », qui désigne le changement apparent de la position d’un objet lorsque l’observateur modifie son point de vue, l’exposition révèle un artiste canadien passé maître dans l’art de fabriquer des images impossibles. Avec des moyens dignes des plus grandes productions hollywoodiennes, il reconstitue des récits et des lieux disparus, brouillant les frontières entre réalité et fiction. À travers ces fresques spectaculaires, il interroge aussi bien le pouvoir des images que le rôle des nouvelles technologies dans la construction de la mémoire collective. Une expérience aussi troublante que vertigineuse.
Stan Douglas – Parallax
Du 20 octobre 2026 au 10 janvier 2027
Jeu de Paume • 1, place de la Concorde • 75008 Paris
www.jeudepaume.org
« Remember Me » : un raz-de-marée d’images à la Bourse de Commerce

Barbara Kruger, Untitled (I shop therefore I am), 1987
Sérigraphie sur vinyle, dans un cadre choisi par l’artiste • 280 × 283 cm • Coll. Pinault • © Barbara Kruger
En écho aux célébrations du bicentenaire de la photographie, la Bourse de Commerce déploie sur ses cimaises quelque 700 œuvres issues de la vertigineuse collection de l’homme d’affaires François Pinault. Des fabuleuses marines de Gustave Le Gray aux clichés solarisés de Man Ray et Lee Miller, en passant par les évanescents autoportraits de Francesca Woodman et les créations les plus contemporaines de Tyler Mitchell, l’exposition propose une vaste traversée de l’histoire du médium, jalonnée d’innombrables icônes. Au fil du parcours, on découvre notamment un impressionnant ensemble consacré à Irving Penn – plus de 400 clichés accrochés à touche-touche dans une même salle –, un autre dédié à Raymond Depardon, ainsi qu’une monumentale installation de l’artiste américaine Barbara Kruger dans la rotonde… Bref, la photo dans tous ses états !
Remember Me – Chefs-d’oeuvre de la photographie de la Collection Pinault
Du 7 octobre 2026 au 18 janvier 2027
Bourse de Commerce – Pinault Collection • 2 Rue de Viarmes • 75001 Paris
www.boursedecommerce.fr
Irving Penn et la mode sans faute de goût à la MEP

Irving Penn, Models Moving Their Heads, 1947
© The Irving Penn Foundation
La MEP célèbre le bicentenaire de la photographie, mais aussi ses 30 ans, avec une grande rétrospective consacrée à Irving Penn (1917–2009) et à ses liens avec la mode. L’institution possède plus d’une centaine de tirages de ce photographe américain, qui fut l’un des regards emblématiques de Vogue, magazine avec lequel il collabora pendant plus de 60 ans. En imposant son style sophistiqué sur papier glacé, il a profondément marqué l’histoire de la photographie de mode. Déployé dans tous les espaces de la MEP, le parcours chronologique témoigne de l’extraordinaire longévité de cette collaboration, au fil des décennies et des tendances. On est ébloui par la beauté des tirages, mais aussi par l’inventivité d’un artiste qui n’a cessé d’explorer de nouvelles pistes visuelles, multipliant les expérimentations en noir et blanc comme en couleur.
Du 30 septembre 2026 au 17 janvier 2027
Maison européenne de la photographie – Paris • 5/7 Rue de Fourcy • 75004 Paris
www.mep-fr.org
Rafael Pavarotti, un jeune prodige à découvrir au musée des Arts décoratifs

Rafael Pavarotti, Naomi Apajok pour Balmain par Olivier Rousteing, automne-hiver 2023
Du haut de ses 33 ans, Rafael Pavarotti a déjà droit à une grande monographie au musée des Arts décoratifs. C’est dire l’engouement que suscite le travail de ce jeune prodige de la photographie de mode, qui s’est initié à ce médium en autodidacte dès l’âge de douze ans. Plébiscité par les grandes maisons, de Balmain à Dior en passant par L’Oréal, mais aussi par les plus prestigieux magazines internationaux – il a notamment collaboré avec Vogue, Acne Paper et i-D –, le photographe se distingue par son attention portée aux corps noirs, encore trop peu représentés dans l’univers de la mode, auxquels il entend rendre toute leur puissance. Ses images saisissantes, aux couleurs éblouissantes, font également la part belle aux références à l’environnement naturel dans lequel il a grandi : l’État du Pará, au Brésil, en pleine forêt amazonienne. Un photographe qui a déjà tout d’un grand et dont il faudra suivre de près la trajectoire.
Rafael Pavarotti, photographe
Du 2 octobre 2026 au 2 mai 2027
Musée des Arts décoratifs • 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
madparis.fr
L’Ukraine dans l’œil de Guillaume Herbaut à l’Académie des beaux-arts

Guillaume Herbaut, Oblast de Lvic. Région des Carpates, juin 2025
Une enfant se baigne durant la colonie Gen camp qui organise des vacances thérapeutiques pour les enfants ukrainiens traumatisés par la guerre • © Guillaume Herbaut / Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharière – Académie des beaux-arts
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022, le photojournaliste Guillaume Herbaut (né en 1970), qui collabore avec les grands titres de la presse internationale, n’a cessé de documenter les conséquences du conflit sur la vie des civils et des soldats, à travers tout le pays. « Le mal qui reste », titre de l’exposition présentée à l’Académie des beaux-arts, désigne les cicatrices laissées par la guerre, visibles sur les corps comme dans les paysages, mais aussi celles, invisibles, qui persistent : la douleur des deuils, de l’exil, et l’angoisse d’un conflit qui n’en finit pas de s’enliser. Autant de blessures que le photojournaliste, lauréat du prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts 2024, saisit avec une grande empathie et beaucoup de délicatesse. Une autre exposition consacrée à Guillaume Herbaut, « Histoire(s) », sera par ailleurs présentée aux Champs Libres, à Rennes, à partir du 20 novembre.
Ukraine, le mal qui reste – Guillaume Herbaut
Du 8 octobre 2026 au 29 novembre 2026
Pavillon Comtesse de Caen, Palais de l’Institut de France • 27 Quai de Conti • 75006 Paris
www.academiedesbeauxarts.fr
La photographie japonaise en pleine effervescence à la BnF

Shigeo Gochō, Familiar Street Scenes 3 (Scènes de rue familières 3), vers 1978–1979
© Estate of Shigeo Gochō, courtesy MEM, Tokyo / Cliché BnF
Le saviez-vous ? C’est à la Bibliothèque nationale de France que se trouve le plus important fonds de photographie japonaise moderne et contemporaine du monde occidental ! À l’occasion du bicentenaire de la photographie, 300 tirages issus de cette collection exceptionnelle sont présentés jusqu’au 31 janvier 2027. De 1945 à nos jours, ce panorama foisonnant nous plonge dans l’effervescence d’une scène photographique unique, qui a su affirmer sa singularité tout en se nourrissant d’influences venues d’ailleurs, de la street photography américaine à la photographie humaniste française. Si les figures incontournables sont au rendez-vous, le parcours réserve aussi de belles découvertes et révèle toute la richesse de ce paysage artistique qui ne saurait se résumer à l’esthétique Provoke, dont l’influence a parfois éclipsé la diversité et le dynamisme. Une seule envie en sortant de l’exposition : s’envoler pour le Japon !
Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France, 1945-2025 – Scènes, signes, sensations
Du 30 septembre 2026 au 31 janvier 2027
Orchestrée selon un parcours en six sections, l’exposition couvre plus de 80 ans de photographie japonaise (de 1945 à nos jours) et réunit des tirages – ou des livres – d’une centaine d’artistes. Certains sont désormais largement reconnus, d’autres constituent de vraies découvertes. La très grande beauté des épreuves et leur diversité – cyanotype, héliogravure, platinium, argentique – impressionnent. L’exposition est organisée dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la photographie.
BnF • Quai François Mauriac • 75013 Paris
www.bnf.fr
« Louvre Photo » : le musée se raconte en 300 images

Pierre Jahan, Ballet du Louvre, 1947
Épreuve argentique • © 2025 musée du Louvre / Thomas Clot © Photo Pierre Jahan – Fonds musée du Louvre
Le Louvre comme vous ne l’avez jamais vu ! L’exposition « Louvre Photo » raconte la petite et la grande histoire du musée à travers la multitude d’images qu’il a inspirées depuis l’invention de la photographie : son architecture grandiose, ses œuvres à la beauté étourdissante, ses visiteurs d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi les événements historiques qui s’y sont déroulés… Aussi passionnant que vertigineux, le parcours montre comment le médium a accompagné, depuis ses débuts, les transformations du musée et les grands chantiers qui ont jalonné son histoire. Parmi les nombreux trésors qui le ponctuent, ne manquez pas le daguerréotype de l’ancien pavillon de Flore, réalisé par Louis Daguerre lui-même en 1839 : il s’agit de la toute première représentation photographique du Louvre mais aussi, tout simplement, d’un musée !
Du 4 novembre 2026 au 3 mai 2027
Musée du Louvre • Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
Susan Meiselas et Martine Frank investissent la fondation Cartier-Bresson

Susan Meiselas, Jeune Tenant Une Grenade Artisanale, San Marcos, Juin 1978, Juin 1978
© Susan Meiselas / Magnum Photos
En 1978, alors âgée de seulement 30 ans, Susan Meiselas est déjà remarquée pour son travail sur l’univers du strip-tease et compte parmi les membres de la prestigieuse agence Magnum. C’est à cette période qu’elle se rend pour la première fois au Nicaragua, alors en proie à un violent conflit opposant le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) à la Garde nationale du régime dictatorial d’Anastasio Somoza Debayle, soutenu par les États-Unis. La photographe y retournera à plusieurs reprises pour documenter le quotidien de la population pendant la révolution, puis dans les années qui suivent, afin de mettre en perspective les images prises au cœur de cette période de bouleversements. C’est ce travail au long cours que présente la fondation Henri Cartier-Bresson, qui consacre simultanément une autre exposition aux photographies de Martine Franck (1938–2012) sur les luttes féministes. Deux femmes, deux regards sur les combats de leur temps.
Susan Meiselas. Nicaragua, Histoire, Mémoire
Du 21 octobre 2026 au 7 mars 2027
Fondation Henri Cartier-Bresson • 79 Rue des Archives • 75003 Paris
www.henricartierbresson.org
Martine Franck – Images, presse et luttes féministes
Du 21 octobre 2026 au 7 mars 2027
Fondation Henri Cartier-Bresson • 79 Rue des Archives • 75003 Paris
www.henricartierbresson.org
La photographie émergente à l’honneur à l’Institut suédois

Theo Elias, beds (red) #1, 2024
Organisée en collaboration avec la fondation Hasselblad, l’exposition « An Act of Attention » réunit à l’Institut suédois sept photographes émergents issus des scènes française et suédoise : Marguerite Bornhauser, Theo Elias, Tom Hallgren, Salad Hilowle, Massao Mascaro, Iris Millot et Ela Polkowska. Leurs œuvres sont le fruit d’un workshop de quatre jours auquel ils ont participé aux côtés de Sophie Ristelhueber, lauréate du prix Hasselblad 2025. Venus d’horizons différents, ces artistes développent des pratiques photographiques variées, mais partagent un même attachement à l’authenticité et une attention particulière portée à la matérialité de l’image. Nourries par ces quelques jours d’échanges, leurs créations entrent naturellement en résonance les unes avec les autres. Le parcours met ainsi en lumière les affinités qui se tissent entre leurs démarches.
An Act of Attention
Du 13 novembre 2026 au 21 février 2027
Institut suédois • 11 Rue Payenne • 75003 Paris
paris.si.se
Les merveilles du Wilson Centre for Photography au BAL

Aaron Siskind, Portrait de Liza Kraitz Fonar, 1933
© Aaron Siskind / Virginia Museum of Fine Arts, Courtesy Wilson Centre for Photography
Walker Evans, Dorothea Lange, David Goldblatt ou Francesca Woodman… Les superbes tirages de ces grands noms de la photographie réunis au BAL sont issus de l’une des plus belles collections privées au monde : celle du Wilson Centre for Photography, fondé par Michael G. Wilson, coproducteur de nombreux films de James Bond, et son épouse Jane Wilson. Des années 1920 à nos jours, le parcours, jalonné d’images iconiques, explore tout particulièrement le lien qui unit le photographe à son sujet, évitant ainsi avec habileté l’écueil du simple best of. Image et littérature s’entremêlent grâce aux textes de l’écrivain Bertrand Schefer – auteur, entre autres, du très beau Francesca Woodman (P.O.L, 2023) –, qui accompagne le visiteur tout au long de cette expo de toutes beautés.
L’Espace entre nous. Collection Wilson
Du 29 juin 2026 au 3 janvier 2027
LE BAL • 6, impasse de la Défense • 75018 Paris
www.le-bal.fr
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