William Kentridge transforme l’Opéra Bastille en champ de ruines hanté


« Doucement Wozzeck, doucement ! ». Rien de plus détestable que cette injonction condescendante, surtout lorsqu’on est désespéré… Ce sont pourtant les premiers mots adressés au soldat Wozzeck, héros malheureux de cet opéra sombre et tragique. Maltraité par son capitaine et son médecin, celui-ci sombre dans la folie et finit par se noyer après avoir assassiné sa maîtresse infidèle, Marie, laissant leur enfant orphelin. Créé par le compositeur viennois Alban Berg en 1925, tiré d’une pièce de l’écrivain George Büchner écrite un siècle auparavant, cet opéra se déroulant durant la Première Guerre mondiale est aujourd’hui adapté par l’artiste William Kentridge pour sa première collaboration avec l’Opéra national de Paris.

« Wozzeck » d’Alban Berg, mis en scène par William Kentridge à l’Opéra de Paris

« Wozzeck » d’Alban Berg, mis en scène par William Kentridge à l’Opéra de Paris

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On reconnaît d’emblée la pâte de l’artiste sud-africain né en 1955, dont l’œuvre multiforme, d’une grande force visuelle, associe dessin, installation et spectacle vivant. Animés et projetés sur tout l’espace, ses dessins au fusain (dont l’aspect brut et rugueux collent parfaitement au sujet) jouent à la fois le rôle de décor et de récit. Les paysages ravagés par les bombes, envahis de nuages de fumée et de fils barbelés sont hantés par des têtes sans corps, les fantômes des soldats sacrifiés. Ils disent toute l’horreur de la guerre, les destins individuels sacrifiés, broyés par la grande Histoire, la folie humaine et les affres de la mélancolie.

Dans un mouvement perpétuel qui ne laisse pas reprendre son souffle, ces visions obscures résonnent à l’unisson avec la rudesse musicale de Berg, éminent représentant, avec Strauss et Schönberg (dont il fut l’élève), du mouvement expressionniste en musique. Les instruments jouent la dissonance fortissimo, dans une saturation de notes, les chants se font suppliques et cris dans la nuit, entraînant le spectateur dans des abîmes dont il ne sort pas indemne. Magistral.

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«Wozzeck» d’Alban Berg, mis en scène par William Kentridge à l’Opéra de Paris

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«Wozzeck» d’Alban Berg, mis en scène par William Kentridge à l’Opéra de Paris

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«Wozzeck» d’Alban Berg

Mis en scène par William Kentridge



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