Valère Novarina, metteur en scène et peintre à l’expression libre, est mort


Il y a quelques mois à peine, se clôturait l’ultime entrée en scène de Valère Novarina (1942–2026). Non pas un spectacle, le dernier ayant été Les Personnages de la pensée en 2023 au théâtre de la Colline, mais une exposition de ses peintures au sein de la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, où le dramaturge, metteur en scène et plasticien réunissait quelques dizaines de toiles de grands formats.

Abstraites, très gestuelles, la plupart avaient été utilisées comme décors de ses pièces. L’artiste nous avait alors raconté comment, plusieurs années auparavant, il s’était installé dans son chalet isolé pour écrire, « et rien, pas un mot. J’ai commencé à dessiner, sans arrêt, toute la journée. » Le dessin et la peinture étaient pour lui intrinsèquement liés à la pensée et à l’écriture, les relayant avec fluidité.

Une cinquantaine de pièces

Fils d’un architecte et d’une comédienne, Maurice Novarina et Manon Trolliet, Valère Novarina naît un jour de mai dans la banlieue de Genève, et passe son enfance à Thonon-les-Bains, au milieu des montagnes qui lui resteront chères toute sa vie. Étudiant à la Sorbonne en philosophie et philologie, il rédige sa première pièce L’Atelier volant en 1970, mise en scène en 1974 par Jean-Pierre Sarrazac. Il en écrira une cinquantaine, avec P.O.L comme éditeur de toujours.

Valère Novarina peignant les décors du « Drame de la vie »

Valère Novarina peignant les décors du « Drame de la vie », juin 1986




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En 1986, à 44 ans, Novarina ajoute à sa casquette de dramaturge celle de metteur en scène, et présente Le Drame de la vie au festival d’Avignon. Il en restera un compagnon fidèle, jusqu’à en assurer l’ouverture en 2007 avec L’Acte inconnu. En 2006, sa pièce L’Espace furieux entre dans le répertoire de la Comédie-Française. Parmi ses grands succès, Le Discours aux animaux (1987) occupe une place à part ; ce long et exigeant monologue a été porté durant des décennies (et dans toute l’Europe) par son acteur fétiche, André Marcon.

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Un théâtre au service de la langue

Vue d’exposition « Traces d’écriture, peintures, renversement. Valère Novarina envahit la Cité » à la Cité internationale de la langue française

Vue d’exposition « Traces d’écriture, peintures, renversement. Valère Novarina envahit la Cité » à la Cité internationale de la langue française, 2025




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Très ému par la disparition de son metteur en scène, ce dernier salue dans les pages du quotidien Libération la « langue particulière, pulsée, rythmique » qui était sa signature. Celle-ci était autant chargée de réflexions vertigineuses que d’humour grinçant, poussant jusqu’à la logorrhée une parole devenue le principal personnage de l’ensemble de ses écrits et de ses spectacles.

Cette langue si singulière, puissante, volontiers déroutante, s’incarnait dans ses grandes toiles-décors expressionnistes, peintes à l’aide d’un rouleau au bout d’une longue perche, et que l’on garde en tête comme le geste libre d’un géant.





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