une phrase de Manon Aubry à l’université d’été de La France insoumise crée la polémique


Relayée sur le compte X de l’élue insoumise qui l’«assume», sa tirade contre les milliardaires a suscité la colère de Jean-Michel Aphatie, qui l’accuse d’antisémitisme. Le début d’une passe d’armes.

En convalescence après une morsure de serpent, il y a quelques jours sur son compte Instagram, Manon Aubry en avait profité pour annoncer la couleur avec une pointe d’humour : «J’ai hâte de vous retrouver pour une année décisive ! C’est sûr, on va faire taire les langues de vipères». C’est pourtant l’inverse qui s’est produit aux universités d’été de La France Insoumise, où l’élue participait «sur une jambe» ce week-end, puisque l’une de ses prises de parole a suscité la polémique et enflammé les réseaux sociaux.

Dans un extrait publié par le mouvement et retweeté par la députée européenne, elle affirme aux militants que «taxer les riches ce n’est pas suffisant». «Si l’on veut être clair dans une société où l’on va remettre les choses à l’endroit, c’est qu’il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires. S’il n’y a plus de milliardaires, alors il n’y a plus personne qui détient les médias, plus personne qui massacre la planète», a-t-elle plaidé. Mais précise surtout «aller plus loin» : «d’un point de vue purement économique, ce sur quoi moi j’ai beaucoup travaillé, si on regarde dans le détail, je veux vous convaincre à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles». Un mot que Manon Aubry précise immédiatement «assumer». «Je sais déjà qu’il y a des extraits qui vont être pris “regardez les Insoumis trouvent que les milliardaires sont des nuisibles”. Oui oui, j’assume, allez-y, faites un extrait. Et je crois qu’il y a des gens qui sont d’accord avec moi», se justifie-t-elle.


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«Les mots de la violence et du totalitarisme»

Le passage n’a pas manqué d’attirer l’attention des internautes, et particulièrement celle de l’éditorialiste Jean-Michel Aphatie, qui l’a invectivée dans une réponse vue par un million de personnes. Il y énumère des moments dans l’histoire où le qualificatif de «nuisible» a été utilisé pour qualifier des juifs, accusant en sous-texte Manon Aubry d’antisémitisme. «1886, Édouard Drumont dans “La France juive” : “Le juif est un animal nuisible.” 1933, Adolf Hitler devant les évêques allemands : “Depuis 1500 ans, l’Église catholique considère les Juifs comme des êtres nuisibles (…) Je reprends cela et je rends le plus grands des services au christianisme.” 2026 Manon Aubry devant des militants de la France Insoumise. “Les milliardaires sont des nuisibles”», retrace-t-il. Et d’ajouter : «Les mots de la violence et du totalitarisme. Étonnant, non ?»

Une tirade que l’élue de La France Insoumise n’a pas laissée sans réponse, accusant réciproquement Jean-Michel Aphatie d’antisémitisme. «Entendre “milliardaires” et penser “juifs”. Voilà comment la bourgeoisie médiatique veut nous dissuader de combattre les inégalités : avec d’immondes préjugés antisémites», a-t-elle cinglé dans un nouveau tweet. Sur lequel le journaliste a de nouveau rebondi, balayant visiblement les accusations de Manon Aubry : «Entendre “nuisibles”, se souvenir que ce mot est celui du totalitarisme. Entendre “nuisibles”, se demander ce que fera du pouvoir la personne qui l’emploie. Entendre “nuisibles” à propos d’êtres humains, effrayant».

Lundi 24 août, l’éditorialiste est de nouveau revenu sur les propos de Manon Aubry, développant son argumentaire. «Stupéfait» que «ce mot puisse être employé», il l’est encore davantage des «1500 personnes pour applaudir Manon Aubry quand elle emploie le mot» et de la «passivité des journalistes présents lors de cette manifestation (…) c’est comme si un tel propos n’existait pas, ou s’il n’avait aucun intérêt». «On se pose souvent la question face à l’Histoire : comment des gens ont-ils accepté, soutenu la violence, dans des sociétés que l’on pensait civilisées ? Les applaudissements des personnes présentes devant Manon Aubry nous fournissent la réponse», poursuit-il. Et d’ajouter : «Ce qui est en cause ici, ce n’est pas le programme de LFI, c’est le rapport de cette organisation à la démocratie et à ses valeurs». 



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