Un particulier, armé d’un détecteur de métaux, a mis à jour ce lot datant du IIe siècle en fouillant un champ. Une pratique autorisée en Rhénanie-du-Nord-Westphalie mais qui révulse les archéologues.
Mardi 22 septembre, le bureau local chargé des monuments archéologiques au Rheinisches Landesmuseum de Bonn a annoncé à l’Associated Press la découverte du « plus important trésor monétaire jamais découvert en Allemagne ». Un lot de 934 deniers d’argent romains datant de l’époque de l’empereur Hadrien, probablement enterré délibérément au cours du IIe siècle. La mise au jour n’est pas l’œuvre des équipes du musée bonnois, mais d’Oliver Riedl, un détectoriste en herbe ayant mis la main sur ce butin en 2025, dans un champ de Wesseling, au sud de Cologne. « Il était clair pour moi qu’il y avait quelque chose d’important enfoui ici », a-t-il déclaré.
Selon l’Office LVR pour la préservation des monuments archéologiques en Rhénanie, ce trésor, qui ne pèse pas moins de 3,1 kilogrammes, a une valeur « inestimable ». Les chercheurs ignorent encore à qui il aurait pu appartenir. Une chose est sûre, le propriétaire l’a caché dans ce champ volontairement pour « le mettre en sécurité », précise l’archéologue d’État Ercih Classen. Avant d’ajouter : « Après tout, les banques n’existaient pas à l’époque. Et si on ne l’a pas retrouvé avant, c’est peut-être parce que celui qui l’a enfoui est mort sans avoir, ni révélé la cachette, ni même parlé de ses fameuses 934 pièces d’argent.»
La piste du trésor d’un légionnaire romain a été évoquée par les équipes du musée. Car Rome avait intégré à son empire la Germanie inférieure, et notamment la région autour de Cologne, – de 39 avant notre ère jusqu’en 459 -, que les Latins appelaient Colonia Claudia Ara Agrippinensium. Ils y établirent un avant-poste militaire, sous le commandement du général Marcus Vipsanius Agrippa, pour sécuriser la frontière de l’empire le long du Rhin. L’hypothèse a toutefois été écartée. À cette époque, les légionnaires « gagnaient 300 deniers par an, rappelle à l’Associated Press Rahel Otte, chercheuse associée au bureau archéologique de Bonn. Mais environ la moitié de cette somme était retenue pour la nourriture et l’équipement. Un légionnaire aurait donc dû économiser tous ses revenus disponibles pendant environ six ans pour amasser le trésor de Wesseling. »
Détectoriste, une activité contrôlée
Au-delà de la simple valeur historique du trésor, cette découverte relance le débat sur la place qu’occupent les détectoristes amateurs et autres inventeurs de trésors dans le monde archéologique. En Allemagne, les règles de détection diffèrent en fonction des régions, dites les länder, même si la plupart d’entre elles interdisent cette activité, sur terrain public comme privé, en absence d’une licence officielle délivrée par les autorités archéologiques locales, pour la bagatelle de 75 euros. Parfois, les objets trouvés peuvent être soumis au « droit du trésor ». Après examen, l’État peut décider de le préempter.
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Dans le cadre de la découverte de Wesseling, Oliver Riedl avait visiblement acheté un permis de détection auprès du gouvernement du district de Cologne et du service archéologique de la ville. Sa chasse au trésor dans le champ ne constitue pas une activité illégale, car le länder du Rhénanie-du-Nord-Westphalie autorise les détectoristes à pratiquer leur loisir sur des sols dits « perturbés » par l’activité humaine moderne, comme l’agriculture. Nul ne sait si le chercheur en herbe, heureux détenteur de 934 deniers d’argent romains, a reçu une compensation financière de l’État allemand. Le butin, lui, est déjà conservé par le LVR-LandesMuseum de Bonn, où il est fièrement exposé.
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