Théodore Rousseau en 2 minutes


En bref

Figure emblématique de l’École de Barbizon, artiste insoumis, libre et engagé, d’une très grande modernité, Théodore Rousseau (1812–1867) renouvelle profondément la peinture de paysages au milieu du XIXe siècle, en posant notamment directement son chevalet en pleine nature. Dans un siècle marqué par les découvertes scientifiques et la révolution industrielle, il place l’environnement au cœur de son œuvre et devient l’un des premiers défenseurs de la forêt. Il imprègne ses paysages de sentiments, parfois violents, et brouille la frontière entre peinture et dessin, entre œuvre achevée et esquisse. Son œuvre audacieuse ouvre la voie aux impressionnistes.

Nadar, Portrait de Théodore Rousseau

Nadar, Portrait de Théodore Rousseau, vers 1855

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Il a dit

« J’entendais la voix des arbres ; les surprises de leurs mouvements, leurs variétés de forme et jusqu’à leur singularité d’attraction vers la lumière m’avaient tout d’un coup révélé le langage des forêts. »

Sa vie

Une jeunesse pleine de promesse
Fils d’un tailleur parisien, Théodore Rousseau s’intéresse au dessin dès son plus jeune âge ; particulièrement doué et bien qu’on le destine à une carrière d’ingénieur, il intègre dès 1827 l’atelier de Jean-Charles-Joseph Rémond, l’un des représentants du néo-classicisme. Là, il apprend l’attention aux choses de la nature.

Un tour de France du paysage
Alors que son maître l’encourage à se présenter au Grand Prix de Rome, Rousseau s’y refuse, renonçant ainsi définitivement à embrasser un art trop académique. La nature sera désormais au cœur de son œuvre et non plus le prétexte à des scènes mythologiques. Parti pour un tour de France, qui l’emmène aux quatre coins de l’Hexagone et qui commence en 1830 par l’Auvergne, Rousseau envisage déjà ses paysages comme des portraits, décrivant avec la même exactitude tous les éléments de la nature.

Le « Grand Refusé »
Rousseau revient de ce « Grand Tour » avec des œuvres pleine d’audace, tant dans leur composition que dans leur technique. Inspirées des paysages des maîtres hollandais du XVIIe siècle et du peintre anglais John Constable, ses peintures rendent compte d’une nature sensible aux conditions atmosphériques changeante au fil des saisons et des heures du jour. Si la première œuvre qu’il présente au Salon, aux côtés des romantiques, est encensée et incarne selon la critique le renouveau du paysage, le succès est de courte durée. Rousseau paie son indépendance et son indocilité. Pourtant admises au Salon en 1831, 1833 et 1835, ses œuvres jugées inachevées sont systématiquement refusées dès 1836. Dès lors, il ne soumettra plus ses toiles au jury et n’y réapparaîtra plus pendant treize longues années.

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Le village de Barbizon comme refuge
Les temps sont durs, Rousseau peine à vivre. Fuyant Paris, il trouve refuge, dès 1837, dans le petit village de Barbizon, en lisière de la forêt de Fontainebleau. Il se jette à corps perdu dans la peinture, accompagné des peintres Narcisse Díaz de la Peña, Karl Bodmer, Jean-François Millet ou du photographe Eugène Cuvelier, qui formeront bientôt une communauté autour de lui, l’école de Barbizon. Là, Rousseau peut peaufiner son style, faisant de la nature un atelier à ciel ouvert. Il arpente sans relâche, pinceaux à la main, sac sur le dos, la forêt, ses vastes étendues de bois ombragés et de clairières ensoleillées, ses plateaux rocheux et ses gorges spectaculaires. Il s’installe définitivement dans le hameau de Barbizon en 1847, achetant une petite maison dans la rue principale, près de l’atelier de Jean-François Millet.

Le défenseur de la forêt de Fontainebleau
Sensible à la doctrine panthéiste, Rousseau considère l’univers comme un tout unitaire et harmonieux : l’homme n’est pas supérieur à la nature, il en fait partie. Le peintre entend saisir par le pinceau cette « manifestation de la vie ». Il fait des arbres, en particulier, les héros de ses œuvres. À la manière de portraits vivants, il les peint au plus près, figure leurs nœuds, leur écorce, leur âme… Il se fait ainsi le porte-voix de cette forêt, qu’il comprend et aime ; et s’insurge lorsqu’elle est saccagée afin d’accueillir les touristes venus par le chemin de fer. Sa colère et ses lettres, au nom de tous les artistes qui peignent la forêt, auront pour effet de faire naître, en 1853, la toute première réserve naturelle au monde, sous le nom de « réserve artistique », officialisée en 1861. Au nom de l’art, Rousseau participe à l’émergence d’une conscience écologique.

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Retour en grâce
Ce n’est qu’à la fin de sa vie, en 1848 alors qu’un gouvernement républicain arrive au pouvoir, qu’intervient la reconnaissance publique et que ses conditions matérielles s’améliorent. Le « Grand Refusé » fait un retour triomphal au Salon l’année suivante avec Une avenue, forêt de l’Isle-Adam. Rousseau renoue avec le public et les succès, il obtient en 1852 la médaille de chevalier de la Légion d’honneur ; en 1855, il expose treize toiles à l’Exposition universelle, les collectionneurs se battent pour acquérir ses œuvres et les commandes se multiplient. Rousseau continue de peindre la forêt de Fontainebleau jusqu’à sa mort en 1867.

Ses œuvres clés

Théodore Rousseau, Clairière près du village de Pierrefonds dans la forêt de Compiègne

Théodore Rousseau, Clairière près du village de Pierrefonds dans la forêt de Compiègne, 1833

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huile sur toile • 51,5 × 73,7 cm • Coll. Kunsthalle, Hambourg • © RMN-GP

Clairière près du village de Pierrefonds dans la forêt de Compiègne, 1833
Depuis son tour de France, Rousseau travaille d’abord en plein air, au plus près du motif, avant de retoucher ses œuvres dans l’atelier, parfois pendant plusieurs années, cherchant à retranscrire l’émotion qu’il a éprouvé devant ces paysages. Admise de justesse au Salon de 1834, l’œuvre montre déjà l’attention particulière que Théodore Rousseau accorde au paysage et à la forêt. Rousseau pose comme principe de son art l’étude attentive du réel et des phénomènes naturels. Ici, la nature se déploie jusqu’à perte de vue, tandis que les nuages semblent danser au gré du vent.

Théodore Rousseau, Une avenue, forêt de l’Isle-Adam

Théodore Rousseau, Une avenue, forêt de l’Isle-Adam, 1849

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huile sur toile • 101 × 81,8 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images

Une avenue, forêt de l’Isle-Adam, 1849
Emblématique de la vision panthéiste de Théodore Rousseau, le tableau est envahi par le fouillis sauvage des branchages des arbres et montre la densité de la forêt, sa force et la beauté qui englobe harmonieusement animaux et population rurale. Peinte pendant le printemps 1846, alors qu’il rend visite à son ami Jules Dupré, l’œuvre n’est achevée qu’en 1848, témoignant de l’insatisfaction permanente de Rousseau. Elle marque le retour triomphal en 1849 de l’artiste au Salon et assure son succès auprès des critiques et du public.

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Théodore Rousseau, Un arbre, forêt de Fontainebleau

Théodore Rousseau, Un arbre, forêt de Fontainebleau, 1840–1849

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huile sur toile • 40,4 × 54,2 cm • Coll. V&A museum, Londres

Le Chêne, 1840–1849
Rousseau n’a de cesse de peindre les arbres « remarquables » qui peuplent la forêt de Fontainebleau, les traitant comme des portraits de héros romantiques. Il les dépeint sous tous leurs angles, dans toutes leurs nuances, figure leurs états d’âme. Il peint leurs rainures, leurs écorces, leurs nœuds et leurs musculatures. Il les écoute, entend leur voix, les comprend et tente de percer leurs mystères. Ici, le chêne, l’espèce préféré de Théodore Rousseau, se dresse seul au milieu de la toile, cherchant à s’en extraire.

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Théodore Rousseau – La voix de la forêt

Du 5 mars 2024 au 7 juillet 2024

www.petitpalais.paris.fr



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