Sur Arte, un documentaire éclaire l’ultime chef-d’œuvre de Matisse


« Ce n’est pas un travail que j’ai choisi, mais bien un travail pour lequel j’ai été choisi par le destin, sur la fin de ma route. » Le 25 juin 1951, sur les hauteurs de Vence, dans l’arrière-pays niçois, une foule se presse à la bénédiction de la chapelle du Rosaire. Pourtant au centre de toutes les attentions, Henri Matisse manque à l’appel. Trop affaibli, l’artiste est resté dans son appartement de l’hôtel Régina, à Nice, où il s’est retiré après avoir consacré ses dernières forces à ce projet monumental, conçu comme une grande œuvre testamentaire. C’est là qu’il s’éteindra en 1954.

Un lumineux documentaire réalisé par Joséphine Duteuil, disponible sur la plateforme de streaming d’Arte (et diffusé le le dimanche 5 avril), revient sur l’histoire de cet ultime geste créatif, qui reste étonnamment méconnu au regard des vives réactions qu’il a suscitées en son temps.

Une rencontre décisive avec une sœur dominicaine 

Tout commence en 1942, lorsque l’artiste, qui se remet difficilement d’une opération, recherche une infirmière pour l’accompagner durant sa pénible convalescence. Le destin lui envoie une certaine Monique Bourgeois, une jeune élève infirmière contrainte d’interrompre ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. Entre le peintre vieillissant et cette jeune femme au caractère franc naît peu à peu une relation de confiance et une amitié inattendue. L’artiste apprécie la liberté de ton de Monique, laquelle devient son modèle. « C’est avec vous que j’ai fait mes meilleurs dessins », lui confiera-t-il.

Image extraite du documentaire d’Arte « La chapelle du Rosaire, le dernier chef-d’œuvre de Matisse », par Joséphine Duteuil, 2025

Image extraite du documentaire d’Arte « La chapelle du Rosaire, le dernier chef-d’œuvre de Matisse », par Joséphine Duteuil, 2025




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© TOURNEZ S’IL VOUS PLAIT PRODUCTION

L’entrée dans les ordres de Monique sous le nom de sœur Jacques-Marie laisse l’artiste désemparé. Partie un temps dans l’Aveyron, elle revient à Vence en 1946 pour raisons de santé et y retrouve le vieux maître, qui a fui Nice sous la menace des bombardements. La religieuse poursuit son travail auprès des malades de la région et dessine à ses heures perdues. Lorsque Matisse découvre l’un de ses croquis – un vitrail représentant une Assomption –, c’est la révélation. Il décide de faire bâtir pour les dominicaines de Vence une chapelle, qu’il finance en partie. Dans ce projet fou, il peut compter sur le soutien de deux dominicains passionnés d’art et surtout d’Auguste Perret, chargé d’en dessiner les plans.

L’art sacré réinventé

Matisse veille à chaque détail. Il modèle les objets liturgiques, dessine les chasubles des officiants…

Pendant quatre ans, le chantier absorbe toute son énergie. Matisse et sœur Jacques-Marie doivent faire face aux critiques venues à la fois de l’Église et du monde artistique. De grandes figures des avant-gardes, profondément anticléricales, ne comprennent pas pourquoi le maître du fauvisme s’est embarqué dans ce qui ressemble à un vrai calvaire. « Après votre mort, on fera dans la chapelle une halle pour vendre des légumes », ironise Pablo Picasso. Pourtant, rien n’entame la détermination de l’artiste, qui veille à chaque détail. Il modèle les objets liturgiques, dessine les chasubles des officiants…

Autel de la chapelle du Rosaire, Vence

Autel de la chapelle du Rosaire, Vence




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image extraite du documentaire ARTE « La chapelle du Rosaire, le dernier chef-d’oeuvre de Matisse », par Joséphine Duteuil, 2025 • © TOURNEZ S’IL VOUS PLAIT PRODUCTION

Matisse invente une forme radicalement personnelle d’art sacré. Son chemin de croix, réduit à quelques lignes d’une grande sobriété, suscite immédiatement l’incompréhension. L’Église lui reproche une représentation trop épurée, au mépris de la souffrance du Christ. « Dieu m’a tenu la main », affirme le vieux peintre qui s’est pourtant toujours défendu d’être croyant. Point d’orgue du projet, ses hauts vitraux colorés consacrés à la Trinité s’étirent du sol au plafond et font jaillir la lumière de toutes parts.

Bleu outremer, vert bouteille et jaune citron : le film rend hommage à ces teintes emblématiques des vitraux de la chapelle du Rosaire. Pour en restituer l’éclat et la vibration, il mêle aux nombreuses images d’archives de sublimes animations réalisées selon le procédé de la rotoscopie. Se répondent en voix off les témoignages de Matisse et de sœur Jacques-Marie, sans qui l’ultime chef-d’œuvre de l’artiste n’aurait pu voir le jour. Car c’est là toute l’ambition (et la réussite) de ce documentaire : redonner toute sa place à cette femme de l’ombre, guidée par sa foi et son amour de l’art.

 https://www.arte.tv/fr/videos/122738–000-A/la-chapelle-du-rosaire-le-dernier-chef-d-oeuvre-de-matisse/


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La chapelle du Rosaire, le dernier chef-d’œuvre de Matisse

Réalisé par Joséphine Duteuil

2025 • 52 min.

Diffusion sur Arte le dimanche 5 avril 2026 à 17h45
Disponible jusqu’au 25 juillet 2026 sur arte.tv


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Matisse – 1941-1954

Du 24 mars 2026 au 26 juillet 2026





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