Résultats d’essais – Relay-cropping : un optimum trouvé en blé/soja dans le Sud-Ouest


En partenariat avec le groupe Agco et l’Université de Bordeaux, Inrae étudie la faisabilité technique, ainsi que les intérêts agronomiques et environnementaux du relay-cropping dans le Sud-Ouest depuis 2018. Chercheur en écophysiologie, Sylvain Delzon nous livre les résultats et les derniers enseignements de la campagne 2020/2021.

Pour rappel, le relay-cropping consiste à « semer une deuxième culture (généralement une culture de printemps) dans la première (généralement une céréale d’hiver) plusieurs mois avant la récolte de celle-ci. La 2e culture bénéficie donc d’une longueur de saison de croissance plus importante par rapport à une implantation après la moisson (semis en dérobé) ». L’idée est de « favoriser ainsi le développement de la biomasse et de la quantité de graines produites (rendement) », nous explique Sylvain Delzon, chercheur en écophysiologie à l’Inrae de Bordeaux.

Des résultats positifs en 2020/2021

Pour la campagne 2020/2021, les équipes ont mis en place des essais d’orge/soja et blé/soja en relay-cropping, et en dérobé aussi pour comparer, sur 6 ha en tout. En ce qui concerne le relay-cropping, les céréales ont été semées le 5 novembre 2020 avec un semoir classique (3,5 m), 2 rangs sur 4 (37,5 cm d’inter-rangs) avec 50 % de la densité de semis normale pour l’orge et 65 % pour le blé. Le semis de soja a été réalisé avec un semoir prototype de 7 rangs, qui vient d’être équipé d’éléments Precision Planting (Agco) (50 cm d’inter-rangs). Deux dates testées : « le 24 avril et le 8 mai 2021, la dernière est plutôt une date « conventionnelle » dans le secteur. Le semis précoce fin avril s’est révélé plus facile à réaliser car les céréales sont moins hautes, par contre, c’est limite au niveau de la température du sol et le soja reste plus longtemps « sous couverture » », précise Sylvain Delzon. Tout est semé au RTK pour plus de confort. Sur la question de la gestion des adventices, les équipes ont eu recours à un désherbage en pré-levée sur céréales et deux binages en 2021 fin janvier et début mars (plutôt un seul les autres années).

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Avec une moisson plus tardive en 2021 à cause de la météo, les semis de soja en dérobé ont démarré au 2 juillet après l’orge et au 6 juillet après le blé. Lors de cette campagne, le soja a reçu 1 passage d’irrigation en relay-cropping et 2 pour le dérobé. 

Les résultats sont plutôt positifs. « Le rendement des céréales a été peu impacté en relay-cropping :  – 10-11 % par rapport à une parcelle en plein, on est plutôt entre – 15 et – 18 % les autres années en moyenne », observe le chercheur. « Le rendement obtenu en soja est meilleur dans le blé que dans l’orge, peut-être à cause d’un manque de lumière dans l’orge ». Il n’y a, par contre, pas eu de différence entre les deux dates de semis pour cette campagne. 

Semis de soja dans l’orge. (©Sylvain Delzon)

« 2021 est une année particulière, constate Sylvain Delzon. Le semis direct de soja en dérobé début juillet a très bien fonctionné. Ce n’est pas forcément le cas à chaque fois : les résultats sont très variables (0 à 20 q/ha). Cela peut être très compliqué en cas d’automne pluvieux, si la récolte se fait après octobre… » 

Soja en dérobé à gauche et en relay-cropping à droite, au 13 août 2021. (©Sylvain Delzon)

Quels enseignements ? 

Lors des premiers essais en 2018, les chercheurs ont testé différentes cultures de printemps : maïs, tournesol, soja et sorgho, mais ils ont arrêté assez vite avec le maïs et le tournesol. Pour Sylvain Delzon, « il vaut mieux attendre de maîtriser la technique avant de se lancer avec ces deux cultures. C’est plus facile de démarrer avec le sorgho et le soja, il n’y a pas d’échec à la levée ».

Même si on utilise des patins sur la moissonneuse-batteuse, certaines cultures de printemps peuvent être un peu impactées par la récolte des céréales : « pas pour le soja, cela peut même avoir un effet positif sur la production ». Depuis 2018, les équipes ont trouvé un optimum avec le blé/soja en relay-cropping. « Il est, en effet, plus simple de récolter le blé, les épis de l’orge ont tendance parfois à retomber proche du sol à maturité ».

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Patins sur moissonneuse-batteuse. (©Sylvain Delzon)

« Seul problème technique encore non résolu : les roues de la moissonneuse qui viennent écraser deux rangs de soja à chaque passage. Ces rangs écrasés arrivent alors plus tard à maturité. L’idéal serait d’utiliser une moissonneuse-batteuse avec des roues jumelées ou des chenilles étroites qui enjambent les rangs. » 

Perspectives 

À terme, les objectifs visés avec cette technique par l’Inrae Bordeaux : 

  •  « S’affranchir de l’utilisation de glyphosate dans la pratique de l’agriculture de conservation des sols tout en favorisant la culture des protéagineux. » Ils vont tester si l’enchaînement de blé/soja en relay-cropping et semis direct d’une année sur l’autre peut être réalisé sans chute de rendement ;
  • « Faciliter la transition de l’agriculture conventionnelle vers l’agriculture biologique grâce à la possibilité de désherbage mécanique de la céréale en relay-cropping (semis en bande) » ; 
  • « Diminuer l’utilisation des fongicides grâce à l’augmentation de la diversité au sein de la parcelle et de l’augmentation de l’aération inter-rangs dans le cadre de cette approche » ; 
  • « Atténuer les aléas climatiques via l’implantation de deux cultures au lieu d’une. La diversité augmente la résilience et constitue une bonne méthode d’adaptation au changement climatique », indique Sylvain Delzon. 

Nous suivrons avec attention les prochains résultats. Environ 10 ha d’essais sont programmés pour la campagne 2021/2022 et une thèse est également en cours depuis janvier 2022, en lien avec UniLaSalle Beauvais pour des essais en orge/soja. Cette dernière vise à « trouver des variétés de soja plus résistantes à la sécheresse, surtout en début de cycle, afin d’éviter l’irrigation quand il y a les deux cultures en place ». 



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