Raphaël Glucksmann, l’Européen convaincu qui veut devenir le recours de la gauche face à Jean-Luc Mélenchon


La figure sociale-démocrate revendique un projet de gauche mêlant transition écologique et progrès social, tout en cherchant à tourner définitivement la page du macronisme comme du mélenchonisme.

Candidat depuis dimanche soir à la présidentielle de 2027, Raphaël Glucksmann s’est imposé ces dernières années comme l’un des rares espoirs de la gauche non mélenchoniste. Avec une singularité : c’est depuis le Parlement européen qu’il a construit son ambition présidentielle. Par deux fois, il a conduit une liste commune entre son mouvement Place publique et le Parti socialiste aux élections européennes. Le 9 juin 2024, sa liste était arrivée en troisième position avec 13,8 % des voix. S’il réfutait encore toute ambition élyséenne, il apparaissait déjà comme l’un des rares responsables capables d’incarner un espace social-démocrate en quête de visage.

«L’Europe, c’est le combat de ma vie», répète l’eurodéputé au regard parfois exalté. À Bruxelles, il s’est fait connaître par ses combats pour la défense des Ouïghours, minorité musulmane persécutée en Chine, et pour sa fermeté face à la Russie de Vladimir Poutine. Une image bien différente de celle de sa première campagne européenne, en 2019, où, propulsé tête de liste par Olivier Faure, il avait peiné à convaincre. Lui-même l’avait reconnu : il était alors «mauvais», mais il a «travaillé» et son mandat d’eurodéputé l’a «transformé».


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Reste à savoir si cette mue suffira à lever définitivement les doutes. Ceux-ci avaient ressurgi fin 2025 après une prestation jugée ratée lors d’une émission consacrée à la présidentielle sur LCI, où il avait été mis en difficulté face à un panel de Français puis lors d’un débat avec Éric Zemmour. «Un naufrage», avaient raillé certains socialistes. C’est pourtant lui, s’il remporte la primaire organisée en octobre, que les cadres PS devront soutenir pour tenter d’exister dans une compétition dominée, à ce stade, par Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et les candidats du bloc central.

À ceux qui l’accusent d’être «trop parisien» ou «hors-sol», l’essayiste répond en revendiquant un parcours marqué par les crises internationales. Documentariste sur le génocide des Tutsis au Rwanda puis sur la révolution orange en Ukraine, ancien conseiller de l’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili, il revendique une vision du monde forgée «dans des lieux dont (on) ne peut soupçonner la désolation», plutôt que dans les cercles du pouvoir.

Une aversion pour Mélenchon

Cet été, il a multiplié les déplacements en régions pour tenter d’ancrer davantage son image. Il revendique un projet de gauche mêlant transition écologique et progrès social, tout en cherchant à tourner définitivement la page du macronisme comme du mélenchonisme. Après la dissolution de 2024, il avait accepté, à contrecœur, l’alliance du feu Nouveau Front populaire, qui réunissait alors toutes les forces de gauche, LFI comprise. Mais il ne cache désormais plus son aversion envers Jean-Luc Mélenchon et demande aux socialistes d’exclure tout accord avec les Insoumis. En mars, après les propos du tribun insoumis sur la prononciation de son nom de famille et ceux visant d’autres patronymes à consonance juive, il avait lancé : «Il est le Jean-Marie Le Pen de notre époque».

Son histoire personnelle nourrit également son récit politique. Issu d’une famille juive ashkénaze, fils du philosophe André Glucksmann, il revendique un héritage intellectuel marqué par les combats contre les totalitarismes. Son soutien indéfectible à l’Ukraine de Volodymyr Zelensky lui vaut toutefois des critiques, notamment chez les Insoumis, en raison de son passé de conseiller de Mikhaïl Saakachvili, l’ancien président géorgien aujourd’hui poursuivi par la justice. Reste enfin la question de l’incarnation. Avec la journaliste Léa Salamé, il forme l’un des couples les plus médiatisés de la scène politico-médiatique française, au risque d’une dérive people. Au cœur de l’été, leur baiser échangé sur une plage de Corse faisait la Une de Paris Match.



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