Quand Vline Buggy évoquait «son Claude François»


Liliane Konyn, le nom de plume de Vline Buggy, signa les premiers grands succès du chanteur: Belles!, Belles!, Belles! et Si j’avais un marteau. en 2018, 40 ans après sa disparition, elle avait écrit Claude François, J’y pense et puis j’oublie. Elle s’était confiée au Figaro.

Vline Buggy, qui vient de nous quitter à l’âge de 97 ans, avait consacré un livre en 2018 à Claude François, J’y pense et puis j’oublie (L’archipel). Pour Le Figaro elle était revenue sur le destin tragique du «jeune chanteur d’Ismaïlia» qui vint frapper à sa porte pour qu’elle lui écrive une chanson: «Le soir du 14 octobre 1962, un petit blond est entré dans ma vie pour ne plus en sortir…».

Elle aura donc concocté pour Claude François la cultissime chanson Belles!, Belles !, Belles !. Vline Buggy, sa parolière fétiche, qui vient de nous quitter, avait voulu lui rendre hommage en 2018 pour l’anniversaire des quarante ans de sa mort, survenu le 11 mars 1978. Chez elle, elle nous parla avec verve d’un artiste «généreux, talentueux, capricieux» avec qui elle a vécu «une belle histoire, tout simplement».


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LE FIGARO. – Comment s’est passée votre première rencontre avec Claude François?

VLine BUGGY. – Claude, qui était encore inconnu, m’a appelée un jour sur les conseils de son directeur artistique, Jean-Jacques Tilté. Je lui ai donné rendez-vous chez moi, et il est arrivé avec quatre heures de retard. Il ne sera jamais à l’heure, ni ce soir-là, ni jamais. Je me souviens comme si c’était hier de cette première rencontre. Claude paraissait timide mais il possédait déjà ce charme qui fera plus tard sa gloire.

Comment s’est brisée la glace entre vous et ce jeune homme timide?

Il a dû se sentir en confiance parce qu’au nouvel homme de ma vie, Alain, et à moi, il s’est confié. Il a raconté son enfance en Égypte: le départ précipité de son pays d’enfance après la nationalisation du canal de Suez par Nasser, l’installation difficile en France de sa famille. Il nous a parlé aussi de sa vocation d’artiste. Enfin du moment crucial dans sa vie où son père, Aimé François, comprendra que son fils ne désire qu’une chose: devenir un musicien. Son préambule en forme de confession est inoubliable.

Belles! Belles! Belles! , paroles de Vline Buggy, chantée par Claude François, Scopitone de Claude Lelouch


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Vous avez quand même fini par parler chanson…

Bien sûr. Il est venu me rencontrer pour parler de mon adaptation de Made To love des Everly Brothers. Je ris encore de son entrée en matière: «J’adore la chanson mais je n’aime pas beaucoup le texte!». Ma réponse, amusée, fusa elle aussi: «C’est dommage, je n’ai écrit que ça!». L’intuition et la franchise de Claude interpellèrent quand même la parolière que je suis. Le lendemain, je lui soumettais le texte de Belles, Belles, Belles. L’idée l’enthousiasma aussitôt. Il se réservera la ponctuation et les fameux points d’exclamation. Notre histoire musicale pouvait commencer.

Après Belles!, Belles!, Belles! , commence une formidable saga musicale avec Clo-Clo qui continuera avec Marche tout droit, Si j’avais un marteau … Comment, avec le recul, expliquez-vous votre épatante complicité professionnelle?

Au-delà de son incroyable sens du métier, nous avions connu, Claude et moi, les mêmes chagrins. Il venait de perdre son père, J’avais perdu ma petite sœur (Évelyne Yvonne Konyn décédée le 14 avril 1962 à 35 ans NDLR). Nous nous étions séparés aussi douloureusement de nos conjoints. Ça crée des liens invisibles mais forts. Malgré ces malheurs, nous écrirons ensemble Moi, je voudrais me marier… mais pas avant trente ans!». C’est curieux, non?

Nombre d’observateurs aujourd’hui parlent d’un Claude François détestable dans sa vie professionnelle et intime. Vous qui l’avez très bien connu, est-ce conforme à la réalité?


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C’était un fichu caractère mais on était tous fous de lui. Il est vrai qu’en 1967, face à ses manières dirigistes, j’ai dû claquer la porte pour lui montrer que j’avais la force de l’affronter. J’irai même un jour jusqu’à lui jeter des disques à la figure. Au fond, tout bien pesé, après il vous respectait. Il était ainsi: caractériel, perfectionniste travailleur, intelligent, doué et puis évidemment hypersensible et élégant. On se quittera un temps professionnellement, c’est vrai. Pour autant, l’affection que nous nous portions mutuellement restera intacte. En fait, Claude, on ne pouvait que l’aimer.



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