Pourquoi parle-t-on de « vernissage » pour l’inauguration d’une expo ?


Si, aujourd’hui, quand on parle de vernissage, on pense à l’inauguration d’une exposition en privé – cocktail avec ses petits fours ou pas – pour accompagner la révélation d’œuvres dans un accrochage, le terme désigne à son origine une tout autre habitude directement liée à la pratique de la peinture.

Au XVIIIe siècle, en France, les tableaux présentés par les artistes dans les Salons étaient vernis lors d’une séance ouverte un jour durant dans les académies d’art à un petit groupe de chanceux, clients potentiels et élite de la société, juste avant la visite du public. C’était alors l’occasion de grands rassemblements mondains où les artistes pouvaient discuter de leurs tableaux avec les uns et les autres afin de recueillir leurs impressions, qui allaient donner le ton pour la suite. Pour accompagner ces rendez-vous, une réception était aussi organisée sur le lieu même.

Champagne !

Wincenty Kasprzycki, Exposition des Beaux Arts de Varsovie en 1828

Wincenty Kasprzycki, Exposition des Beaux Arts de Varsovie en 1828, 1828

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Huile sur toile • 94,5 × 111 cm • Coll. Musée Nationale De Varsovie • © Wikimedia Commons

Le pli fut pris et aujourd’hui le monde de l’art continue de célébrer l’achèvement d’une œuvre d’art, d’une série, ou la réunion de pièces d’un seul artiste, ou de plusieurs autour d’un thème. Cet évènement social rassemble des invités associés d’une façon ou d’une autre au créateur de l’œuvre, des collaborateurs, des amis, mais aussi des commanditaires, de potentiels acheteurs, des personnalités publiques, des politiques, des critiques d’art et des journalistes qui se feront le relais de l’exposition dans les médias et donc auprès du public. Il peut se tenir sur le lieu même de l’exposition ou dans un site attenant après la découverte des œuvres… Que cela soit dans une petite galerie, un jardin ou un bateau, réussir un vernissage est très important !

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Turner, fan des vernissages

En Angleterre, la pratique du vernissage offrait aussi la possibilité aux artistes membres de l’Académie royale, non seulement de vernir leur tableau une fois accroché, mais aussi de le retoucher pendant les trois ou quatre jours suivant cet accrochage…

William Parrot, William Turner à la Royal Academy un jour de vernissage

William Parrot, William Turner à la Royal Academy un jour de vernissage, 1846

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Huile sur toile • © Bridgeman Images

Ce dont ne se priva pas William Turner, reprenant ses toiles vaporeuses alors qu’il pouvait les comparer au travail de ses confrères (y compris son rival John Constable) juste avant les expositions. Provoquant son indignation lorsque les autorités imaginèrent ôter ce privilège aux peintres de l’Académie royale, il s’écria :  « Vous éliminerez les seules réunions sociales dont nous disposions, la seule occasion de nous réunir tous de manière simple. Sans vernissages, nous ne nous connaîtrons plus les uns les autres ! »

Aujourd’hui, en plus de « vernir » une exposition, la nouvelle tendance dans les galeries invite aux « dévernissages » ou « finissages »… qui, comme ces néologismes l’indiquent, interviennent en toute fin d’exposition pour clore les semaines de présentation, parfois en musique avec un DJ. La fête n’est pas finie !

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