Pourquoi les sculptures de l’Antiquité sont-elles toutes blanches ?


C’est dans la tête de chacun d’entre nous, depuis au moins la première sortie au musée : une statue grecque de l’Antiquité, c’est blanc. Mais c’est totalement faux ! On sait depuis les découvertes archéologiques des XVIIIe et XIXe siècles, en particulier du côté du Parthénon d’Athènes en Grèce où l’on trouve des traces de couleurs, que la sculpture et l’architecture antiques étaient polychromes.

Frises, frontons, statues, étaient peints ! C’est un secret de polichinelle, puisqu’en réalité les textes anciens de Platon ou de Plutarque attestaient déjà de la présence de couleurs. Mais que s’est-il passé ? D’où vient cette blancheur immaculée ?

Vue de l’exposition « God in color – Golden Edition : Polychromy in Antiquity » au musée de sculpture, la Städtische Galerie Liebieghaus à Francfort

Vue de l’exposition « God in color – Golden Edition : Polychromy in Antiquity » au musée de sculpture, la Städtische Galerie Liebieghaus à Francfort, 2020

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© Liebieghaus Skulpturensammlung, Francfort / Photo Norbert Miguletz

À l’origine peinture et sculpture sont des arts liés en Grèce. Cela pour des raisons spirituelles : « la relation aux dieux, la méditation, se fait en Grèce par la couleur », explique l’universitaire Philippe Jockey. Il y a dix ans, ce spécialiste d’histoire et de civilisation grecque s’est attaché à décrypter le « blanchiment » de la statuaire antique dans son livre intitulé Le Mythe de la Grèce blanche. Pour lui, la disparition des couleurs est le fruit de 2000 ans d’histoire qui érige le blanc comme une valeur pure et rejette toute tonalité, jugée vulgaire.

Où sont passées les couleurs ?

Première chose : lorsque nous contemplons une statue antique, nous oublions que leur apparence résulte d’une décoloration due aux effets du temps et des intempéries qui ont dégradé la polychromie d’origine – ces œuvres étant souvent exposées en extérieur. Ensuite, les humains sont aussi responsables, dans la mesure où les nettoyages successifs des sculptures ont altéré leurs couleurs.

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Agésandros, Athanadoros et Polydore (sculpteurs grecs), Groupe du Laocoon

Agésandros, Athanadoros et Polydore (sculpteurs grecs), Groupe du Laocoon, premier siècle avant notre ère

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marbre • 240 cm de hauteur • Coll. Musées du Vatican • © Wikimedia Commons

Mais ce ne serait pas la seule cause du blanchiment des statues… Dans son Mythe de la Grèce blanche, Philippe Jockey avance que la Renaissance a aussi contribué à instaurer l’idée d’une statuaire blanche. Selon l’archéologue, c’est en effet à cette période, et avec le développement du néoclassicisme, que le blanc et le « mirage » d’une Antiquité immaculée se sont imposés. « C’est l’époque, souligne-t-il, où l’on découvre la statuaire romaine qui a copié la statuaire grecque… sans forcément reprendre ses couleurs associées au paganisme, alors rejeté. » Les nombreuses copies en plâtre des marbres de l’Antiquité réalisées à partir du XVIe siècle n’y sont pas non plus étrangères. Peu à peu, c’est l’image de la blancheur qui s’imprime dans notre mémoire collective et qui est valorisée dans l’histoire de l’art.

Le retour de la couleur

Aujourd’hui, les chercheurs tentent de redonner une seconde vie aux couleurs de la sculpture et de l’architecture du passé. Ce que s’emploie à faire depuis une trentaine d’années l’archéologue allemand Vinzenz Brinkmann en scrutant les traces de pigments sur les statues de marbre et en leur rendant leur lustre d’autrefois. Le résultat de ses expériences a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition, « Gods in Colour », donnant à voir des statues antiques en taille réelle et avec les couleurs d’origine, du moins selon Brinkmann !

Étude expérimentale de la polychromie de la tête dite de Treu (IIe siècle après J.-C., marbre, Rome), en partenariat avec le British Museum, Londres

Étude expérimentale de la polychromie de la tête dite de Treu (IIe siècle après J.-C., marbre, Rome), en partenariat avec le British Museum, Londres

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Coll. The British Museum, Londres • © Liebieghaus Skulpturensammlung, Francfort / Photo Norbert Miguletz

Car les couleurs ne font pas l’unanimité chez les scientifiques. Les recherches indiquent en effet que pour les statues en terre cuite ou en calcaire, la chair des figures était généralement recouverte de pigments colorés. Mais pour le marbre des incertitudes demeurent. Celles-ci ont été suffisamment nettoyées par les conservateurs au fil du temps que l’on peine à savoir si, quand pigment il y a, il s’agissait d’une touche de couleur ou d’une statue entièrement peinte ! Rien ne permet d’affirmer que les artistes de l’Antiquité n’ont pas cherché à tirer profit de la blancheur cristalline du marbre… Le passé a la peau dure !

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