Perruques, moustaches, bouclettes : une expo capillaire qui décoiffe au MAD


1. Le règne extravagant des « hurluberlu » et des « poufs »

Franz Xaver Winterhalter, Élisabeth de Bavière dite Sissi

Franz Xaver Winterhalter, Élisabeth de Bavière dite Sissi

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Pour se différencier de l’animal, une solution : dompter ses poils ! Et en matière de domestication, la coiffure des femmes rivalise d’imagination. Car, si l’habit fait le moine, mesdames, dites-moi comment vous êtes coiffées et je vous dirai qui vous êtes. Marqueur social, le cheveu se libère du voile qui le recouvre du Moyen Âge au XVe siècle pour s’affirmer dans des styles qui viennent souvent de la cour, et s’imposent comme des modes. C’est le cas de la coiffure à « l’hurluberlu » (avec ses bouclettes de part et d’autre du visage, chère à Madame de Sévigné) et de la coiffe « à la Fontange » (du nom de la maîtresse de Louis XIV), phénomènes au XVIIe siècle. Au Grand Siècle, la mode du « pouf », de hautes coiffures, fait culminer les têtes qui tomberont plus tard. Les cours d’Europe, à toutes époques, cèderont à la folie des mises en plis. À l’image de Sissi l’impératrice dont la mythique chevelure touchait terre. Chaque matin, la coiffer nécessitait deux heures… Et le « grand lavage », tous les quinze jours, durait toute une matinée !

Affiche de l’exposition « Des cheveux et des poils » librement inspirée du travail de Naro Pinosa

Affiche de l’exposition « Des cheveux et des poils » librement inspirée du travail de Naro Pinosa

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Graphisme : © Aurélien Farina. Photo modèle : © Virgile Biechy. Jacob Ferdinand Voet, Portrait d’un homme, avant 1689. Collection Jean-Louis Remilleux. Photo © Sotheby’s / Art Digital Studio

2. Moustache, favoris, rasé de près… pour les hommes, c’est aussi la barbe !

Tom Selleck dans Magnum

© AF archive / Mary Evans / Aurimages

Entre la pilosité et les hommes, les liens sont souvent à rebrousse-poil. À la Renaissance, avoir une barbe bien fournie symbolise, comme le rappellent les portraits de François Ier ou de Charles Quint, la force et le courage. Mais la tendance s’inverse avec l’arrivée de la perruque à la cour, et le poil disparaît… Pour ne réapparaître qu’avec l’émergence d’une bourgeoisie de la révolution industrielle, qui se distingue avec ses moustaches et ses favoris. Bien sûr, tout cela s’accompagne d’un commerce (fixe-moustaches, brosses, cire…) pour s’entretenir. Dans les années 1970, la virilité s’incarne dans la toison épaisse du sourire de Tom Selleck, alias Magnum. La « perfection au masculin », comme le chante la réclame d’une fameuse marque de rasoirs, se poursuit jusqu’à notre époque, celle ayant réhabilité le métier de barbier qui avait disparu dans les années 1950.

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3. Cheveux et postiche, matières à haute couture

Maison Margiela — Prêt-à-porter Printemps 2009 2008

Maison Margiela — Prêt-à-porter Printemps 2009 2008

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Les cheveux et les poils donnent du travail à pléthore de savoir-faire depuis les premiers barbiers-chirurgiens, as du scalpel, aux coiffeurs modernes en passant par les perruquiers. De jadis Léonard Autier, chouchou de Marie-Antoinette, à Shinji Konishi, lequel échafaude des animaux tels des totems sur des postiches, ou encore les impressionnantes sculptures de Charlie Le Mindu [ci-dessous], pas de doute, les perruquiers sont des artistes ! Fort logiquement, l’art de la coiffure a tissé de nombreux liens avec la haute couture qu’elle accompagne dans les défilés depuis l’après-guerre. Certains couturiers, à l’instar de Jean-Paul Gaultier ou Martin Margiela, et des plasticiens, comme la jeune Jeanne Vicerial, y voient d’ailleurs bien plus qu’un accessoire, et créent des œuvres à vous rendre tricophiles. Un raisonnement qui s’exprime jusque dans la couleur chez Alexis Ferrer, auteur d’impressions numériques sur de vrais cheveux peints comme un tableau.

Charlie Le Mindu, — Coiffure Blonde lips Collection Printemps- Été 2010 dite Girls of paradise Fashion Week au Royal Festival Hall, 19 septembre 2009, Londres

Charlie Le Mindu, — Coiffure Blonde lips Collection Printemps- Été 2010 dite Girls of paradise Fashion Week au Royal Festival Hall, 19 septembre 2009, Londres

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© Samir Hussein / Getty Images / presse

4. Une question d’identité

Blond Devil — Coiffure: Nicolas Jurnjack 2015

Blond Devil — Coiffure: Nicolas Jurnjack 2015

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Se coiffer c’est appartenir voire revendiquer son groupe. En cela le cheveu est culturel, social et politique ! En témoignent les « garçonnes » des années 1920, coupe au carré symbole d’émancipation féminine, la tignasse des hippies des seventies, les punks et iroquoises période « No Future »… Dans ce jeu identitaire, les blondes ne comptent pas pour des brunes et les afros osent le naturel. Transcendant la matière, le cheveu, en mèche, dégradé, en crête ou crade, est le reflet d’une époque. N’est-ce pas cela la mode après tout ?



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