Paris : à l’Espace Monte-Cristo, ces artistes qui sculptent l’onirique


Se cacher dans une cabane en tissu, et se laisser bercer par la voix d’inconnus. Prendre le soleil sous un palmier de plastiques colorés, et réfléchir au devenir du monde. S’immerger dans une micro-jungle en plein Paris, et se croire ailleurs… De ces expériences tantôt familières et douces, tantôt insolites et voyageuses, l’Espace Monte-Cristo fait le sel et l’originalité de son expo du moment, construite exclusivement avec des œuvres de la collection réunie depuis une douzaine d’années par ses fondateurs, Danièle Marcovici et Tristan Fourtine.

Soit une cinquantaine (sur un peu plus de 200 en tout), certaines aussi petites qu’une broderie, d’autres carrément immersives, occupant des pièces entières. Le parcours, narratif dans sa façon d’agencer et d’associer les œuvres, suit trois chapitres, emmenant d’abord ses visiteurs en « forêt » puis en « ville », et enfin dans un « voyage spatial » qui se complète d’une ultime salle, confiée en carte blanche au facétieux Jean-François Fourtou.

Balade entre les arbres

Suzanne Husky, Forest

Suzanne Husky, Forest, 2010

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Technique mixte, tissu • dimensions variables • Coll. Fondation Villa Datris • Photo Franck Couvreur

Notre exploration de l’histoire écrite par les co-commissaires Pauline Ruiz et Jules Fourtine débute ainsi avec l’installation Forest (2010) de Suzanne Husky : soit une foule d’arbres en tissu, cousus à partir de textiles récupérés, bigarrés pour rappeler, nous expliquent-ils, « la diversité des espèces » que l’on peut trouver dans une véritable forêt.

Puis, après avoir salué un homme songeur assis sur une pierre par Jaume Plensa (Nest III, 2012), on entre dans un patio intérieur, transformé le temps de l’exposition en jardin tropical (« on a fait venir une véritable jungle ! »).

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À gauche, « Nest III » de Jaume Plensa (2012). À droite, « Abrabra » de Anne Claverie (2013)

À gauche, « Nest III » de Jaume Plensa (2012). À droite, « Abrabra » de Anne Claverie (2013)

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Acier inoxydable et pierre / Caoutchouc • 101 × 53 × 62 cm / 380 × 200 × 200 cm • Coll. particulière / Coll. Fondation Villa Datris • © Jaume Plensa / Adagp, Paris, 2024 / Photo Tim Perceval et Bertrand Michau

Là poussent un arbre industriel car façonné à partir de dizaines de pneus par Anne Claverie (Arbrabra, 2013) et de spectaculaires excroissances de bois sculptées et calcinées par David Nash (Three Knobbers, 2016). De temps à autre, une brume envahit l’atmosphère, et complète l’illusion…

Contes et réalités

Eva Jospin, Forêt

Eva Jospin, Forêt, 2012

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Carton et bois • 190 × 140 cm • Coll. RAJA Art Contemporain • Courtesy RAJA – Art Contemporain / © Eva Jospin /Adagp, Paris, 2024

Revenons à l’intérieur, où la forêt se fait cette fois-ci décor de conte. Un renard blessé, son oreille et deux de ses pattes soigneusement enveloppées de bandages par Pascal Bernier (Accident de chasse – Renard, 2018), saisit le cœur : « On a envie de le prendre dans nos bras, s’attendrit Pauline Ruiz, de le caresser, le réconforter. » Face à lui, une forêt sculptée dans le carton par Eva Jospin (Forêt 12, 2014) apparaît comme l’environnement naturel de la louve signée Katia Bourdarel (Je suis une louve, 2012), laquelle a travaillé avec sa mère et sa fille pour broder un masque délicat à l’animal sauvage, et lui rendre un hommage féminin.

Retour en « ville » ; pas brutal, puisqu’il s’ouvre avec Tadashi Kawamata et l’évocation d’une cabane en bois, souvenir d’une construction partagée avec des volontaires dans le parc de la Villette (Collective Folie, La Villette n°5, 2014), et se poursuit avec une fascinante salle où tous les artistes réunis sont fans de maquettes. 

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Agnès Varda, La Serre du Bonheur

Agnès Varda, La Serre du Bonheur, 2017

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Maquette, technique mixte • 40 × 62 × 58,5 cm • Coll. Fondation Villa Datris • Photo Bertrand Michau

L’occasion pour l’œil de se réjouir de ces univers miniatures, des petites Maisons d’oiseaux flottantes réalisées en 2011 par Antonio Gagliardi comme de cette serre d’Agnès Varda où poussent de minuscules tournesols (La Serre du bonheur – maquette, 2017)… Ou encore des décors oniriques signés par les frères de La Fratrie, le plus touchant racontant la difficulté de l’exil avec sa petite voiture traînant non sans difficulté une triste maison grise (et le titre dit tout : It’s hard to leave this shitty paradise, 2014).

Un monde en plastique

Laurent Perbos, Canaris, Rouge Gorge, Inséparables

Laurent Perbos, Canaris, Rouge Gorge, Inséparables, 2014

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Cages en métal et installations lumineuses • dimensions variables • Coll. Fondation Villa Datris • © Laurent Perbos / Adagp, Paris, 2024 / Photo Bertrand Michau

Autre patio, autre œuvre en plein air, cette fois-ci signée Laurent Perbos : Floride (2016–2024) reconstitue des palmiers plantés dans le sable avec des frites de piscine, des bouées et des ballons… « Il y a un double discours acide dans cette œuvre, analyse Pauline Ruiz. C’est un décor de plage, mais composé de produits issus de la pétrochimie… » De quoi nous faire réfléchir sur le devenir de nos paysages, alors que les océans ramènent sur le rivage toutes sortes de déchets plastiques. Plus légère, plus humaniste aussi, la cabane construite par la Colombienne Julia Maria Lopez Mesa à partir de vêtements collectés, en 2021, lors d’une précédente exposition de l’Espace Monte-Cristo, se vit dans la longueur, puisque l’on est invité à s’asseoir pour écouter des récits enregistrés de ce que signifiait pour leurs anciens propriétaires ces pulls, chaussettes et t-shirts.

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Un cabinet de curiosités

À l’étage, le dernier chapitre se découvre comme un cabinet de curiosités, avec ces cages d’oiseaux où pépient des néons (encore Laurent Perbos, Canaris, rouge-gorge, inséparables, 2014), cet étrange navire flottant réalisé à partir de débris par le spécialiste de l’exercice Jeroen Frateur (Gréenment02tl – °tuig02tl, 2012), ou encore cette carte du sud-est de la France retravaillée à l’extrême par Cathryn Boch (Sans titre, 2016). Mais c’est surtout l’installation monumentale de Jean-François Fourtou qui impressionne, l’artiste s’emparant de la dernière salle avec une famille de vingt personnes presque à taille humaine, adultes et enfants, tous… à tête de plantes, et nommés les « Hybridus » !

Jean-François Fourtou, Agathe Agave

Jean-François Fourtou, Agathe Agave, 2023

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Résine, tissu, plante artificielle, métal, plastique • 160 × 100 × 100 cm • Coll. particulière • Courtesy Galerie RX, Paris, New-York / Jean François Fourtou © Adagp, Paris, 2024 / Photo Théo Pitou

Entre hyperréalisme et vision rêveuse, cet ultime coup d’éclat offre aux visiteurs l’occasion de s’immerger complètement dans un tableau surréaliste, de passer entre ces personnages nés d’un esprit fou, de se regarder à côté d’eux dans l’immense miroir qui occupe tout un mur… Et de parfaitement comprendre l’onirisme revendiqué du parcours. « Cette exposition, concluent les co-commissaires, veut parler à notre âme d’enfant. Elle suppose un lâcher-prise, pour retrouver notre rapport à l’émerveillement. » Un pari réussi !

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Les Mondes imaginaires

Du 13 avril 2024 au 15 décembre 2024

fondationvilladatris.fr



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