Ostende met en lumière l’impressionniste oubliée Anna Boch


Qui en France a déjà entendu parler d’Anna Boch ? Son nom résonne probablement auprès des amateurs de Van Gogh, puisqu’elle est restée célèbre pour avoir été la toute première personne à collectionner les toiles de l’artiste… Mais, hors de cet épisode fameux, qui est Anna Boch ? C’est la question à laquelle le Mu.ZEE d’Ostende tente de répondre, en consacrant une vaste exposition (en quatre langues, dont le français) à cette passionnante artiste aux multiples facettes.

« Les journaux nous sont favorables, on ne me cite plus, comme l’an dernier, avec les vieux, mais bien en tête, cela me fait grand plaisir. » Anna Boch

Au premier abord, il serait tentant de comparer cette artiste belge à ses consœurs impressionnistes Berthe Morisot et Mary Cassatt. Les similitudes entre leurs parcours sont en effet frappantes : toutes sont issues de milieux familiaux aisés (la faïencerie Boch, dans son cas), sensibles aux arts et qui ont encouragé leur vocation artistique. En dépit de formations aux Beaux-Arts encore interdites aux femmes, elles ont ainsi pu apprendre la peinture grâce à des cours privés auprès d’artistes renommés. Enfin, toutes les trois ont mené des carrières remarquées et ont été saluées de leur vivant, en intégrant les cercles artistiques de leur époque : Anna Boch devient ainsi en 1885 la première (et seule) femme à adhérer au groupe belge des Vingt, un cercle fameux faisant la promotion de la peinture moderne.

Une collectionneuse audacieuse

Mais la comparaison avec ses consœurs s’arrête là, tant le parcours d’Anna Boch ne ressemble à aucun autre. Aventurière, elle multiplie les voyages en France, en Grèce ou en Algérie, et s’offre en 1907 une voiture Minerva pour aller planter son chevalet où bon lui semble. Contrairement à la plupart des impressionnistes français, ses sujets sont plus volontiers sociaux et naturalistes : Boch n’hésite pas à sortir de son milieu bourgeois pour aller peindre des pêcheurs, des ouvrières ou des paysannes au travail.

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Anna Boch, Berger et moutons

Anna Boch, Berger et moutons, 1896

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Collection de l’État belge mis en dépôt par la Communauté française de Belgique au Musée des Beaux-Arts de Charleroi

Et à côté de ses talents de peintre, elle est également photographe et surtout musicienne, chanteuse et multi-instrumentiste : elle va jusqu’à aménager une salle de concert dans sa maison, avec orgue intégré ! Elle y organise des soirées mémorables où sont invités de grands noms comme Claude Debussy.

Enfin, Anna Boch est aussi une formidable collectionneuse, une dimension de son parcours largement mise en avant par l’exposition d’Ostende. À plusieurs reprises, l’accrochage met en regard des œuvres de Boch avec des toiles issues de sa collection, illustrant un subtil jeu d’échos et d’influences entre son goût personnel et l’évolution de son style. Audacieuse dans ses choix, Boch collectionne des artistes vivants et parfois controversés, comme James Ensor ou Paul Gauguin.

Anna Boch, En Juin

Anna Boch, En Juin, 1894

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Collection de l’État belge mis en dépôt par la Communauté française de Belgique au Musée des Beaux-Arts de Charleroi

Bouleversée par sa rencontre avec le travail de Seurat, elle achète une de ses œuvres et infléchit son style vers le néo-impressionnisme. Elle l’adopte avec une certaine souplesse, les points se faisant virgules, ce qui lui épargne les critiques des anti-pointillistes les plus remontés. « Mlle Anna Boch a admirablement exploité les recettes du pointillé en lui prenant ses éclats de lumière et en délaissant les puérilités du procédé », souligne un critique en 1895.

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Peut-être plus surprenant, un autre aspect mis en avant par l’exposition est la ribambelle des demeures successives d’Anna Boch. Un focus loin d’être anecdotique, car cette passionnée d’architecture a le bon goût (et les moyens) de confier la décoration de ses logis à d’immenses artistes. Le génial Victor Horta décore l’une de ses maisons dans le style Art nouveau, tandis que Maurice Denis lui propose des fresques pour une autre résidence. Le projet, sans doute trop symboliste pour Boch, ne se fera finalement pas…

10 % de ses œuvres collectionnées signées par des femmes

« Pourtant à côté de très sérieuses qualités il manque à l’artiste… de n’être pas homme. »

Émile Verhaeren

L’exposition se penche également sur la place de Boch dans le contexte artistique de l’époque. Sa présence exceptionnelle dans des groupes majeurs comme les Vingt, où elle est reconnue à l’égal de ses confrères, ne doit pas faire oublier la misogynie de son temps. Elle est rappelée sur l’un des murs par une terrible citation de 1884 du poète Émile Verhaeren : « Pourtant à côté de très sérieuses qualités il manque à l’artiste… de n’être pas homme ». Une situation qui devait certainement consterner Boch, regrettant en 1927 qu’une exposition d’art belge à Paris « n’ait pas fait l’honneur aux peintresses », et adhérant à la Ligue belge du droit des femmes.

Aussi, la commissaire insiste sur la présence des créatrices dans la collection d’Anna Boch : environ 10 % des œuvres sont de la main de femmes, soit le même pourcentage d’artistes alors exposé dans les grandes manifestations de l’époque. C’est l’occasion de découvrir une toile de la trop rare Lucie Cousturier et un beau buste sculpté par Juliette Samuel-Blum.

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Anna Boch, Les Falaises de l’Estérel

Anna Boch, Les Falaises de l’Estérel, ca. 1910

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Collection privée, Brussel • Photo Vincent Everarts

Personnalité passionnante et touche-à-tout, Anna Boch semble infatigable, voyageant par monts et par vaux jusqu’à un âge avancé. Et malgré les évolutions de son style, l’artiste est restée fidèle à son premier amour : le pleinairisme. Toujours en mouvement, l’œil ouvert et le carnet de croquis à portée de main, elle déclarait : « Ce n’est qu’en voyageant que l’on apprend réellement quelque chose ». Pour lui donner raison, direction Ostende…

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Anna Boch, un voyage impressionniste

Du 1 juillet 2023 au 5 novembre 2023

www.muzee.be



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