Écouter la version audio de l’entretien avec Maïtena Biraben :
Le consentement est au centre du jeu. Et s’il n’y est pas, il ne peut pas y avoir une interaction sexuelle, en tout cas, correcte, joyeuse, libre.
- Animatrice de télévision et productrice de programmes
Est-ce que c’est si important de parler de consentement aux jeunes d’aujourd’hui, alors qu’ils sont ultra-connectés et informés ?
Oui, les jeunes sont ultra-connectés et informés, mais ce n’est pas parce qu’ils reçoivent une information qu’ils la comprennent et l’intègrent. À l’exception de leurs parents qui peuvent leur expliquer ou non la sexualité, les adolescents ne sont pas forcément la cible de messages informatifs et éducatifs intelligents et clairs sur ces questions.
Est-ce qu’on leur explique que la sexualité implique le corps et l’esprit, que ce sont des sentiments, des gestes, des attitudes, des mots, des interactions ou des regards ? Je crois personnellement que c’est fondamental de raconter tout cela, d’apprendre à exprimer ses émotions plutôt que des gestes. Parce que pour cela, ils sont malheureusement inondés de modèles puissants et nocifs comme les images pornographiques.
Dans un épisode de la série où il est question de consentement, les acteurs expliquent très bien qu’on peut changer d’avis. À qui ce message est-il destiné ?
C’est destiné à tout le monde, absolument à tout le monde : quand on se retrouve dans une interaction avec quelqu’un, changer d’avis peut poser des questions et c’est complexe.
Il faudrait que les filles apprennent à dire oui, à assumer leurs désirs, leurs envies, leurs non-envies, très simplement.
Et du côté des garçons, il faut apprendre à respecter ce qui est prononcé.
Actuellement, le consentement ne figure pas explicitement dans le texte de loi pénale, alors que plusieurs professionnels, associations et élus réclament un élargissement des critères. Quel est votre regard sur cette situation ?
La question est complexe. Est-ce que la loi doit légiférer dans les interactions intimes ? On peut répondre oui et non à cette question.
Oui, la loi, c’est le garant de nos comportements en commun, qui nous donne un cadre et qui nous permet d’être libres dans ce cadre. Ou alors, non, la loi n’a pas à décider de ce que je fais dans ma vie privée intime. Moi, je suis plutôt pour la première option, même si j’entends qu’on puisse avoir des réticences.
Mais on pourra faire passer toutes les lois qu’on veut : si on n’éduque pas, ça ne servira à rien du tout.
On peut trouver que l’État n’a pas à s’immiscer dans la vie privée des individus. Certes. Mais l’État peut envoyer un message pour dire que c’est important, que vous ne pouvez pas prendre ce qui ne vous est pas donné.
Qu’est-ce qui fait que cette question revienne au centre des débats à l’Assemblée nationale ?
#Metoo a quand même mis un grand coup de pied dans la fourmilière : la prise de conscience est réelle et salutaire. Il s’agit de vivre mieux ensemble, pas de vivre moins bien ensemble.
Ensuite, l’attitude et la dignité exemplaires de Gisèle Pelicot au cours du procès de Dominique Pelicot ont un écho époustouflant, notamment sur la question du consentement et bien au-delà de nos frontières.
Ce qu’elle a fait est absolument extraordinaire, et ce n’était pas la première : Gisèle Halimi l’avait fait à l’occasion de ses procès, et particulièrement celui des viols d’Aix-en-Provence en 1978, pour mettre en lumières ces questions et faire, déjà, « changer la honte de camp ».
La médiatisation de ces questions, c’est l’une des choses les plus fortes qu’on puisse faire : le débat s’immisce partout, dans tous les foyers et dans toutes les vies. Et chacun de nous peut se questionner, tout le monde peut en discuter à la maison ou dans les cercles sociaux.
Dans le média « Mesdames », la sexualité fait aussi partie des sujets que vous abordez. Est-ce que le consentement se pose aussi pour les femmes de plus de 50 ans ?
Le consentement est une question qui ne se pose pas qu’aux femmes. Le consentement est une question qui se pose à nous tous. Pour être en pleine possession de son oui, de son libre arbitre, de sa conscience, il faut être informé.
Si je veux prendre une décision, il faut que je sache comment ça fonctionne, il faut que je sache ce que cela me fait à moi et ce que cela fait à l’autre. Est-ce que je le fais pour faire plaisir ? Est-ce que je le fais pour avoir la paix ? Pour un autre motif ? Toutes ces questions concernent le consentement. C’est gigantesque comme question. Et ce n’est pas facile, contrairement à ce que l’on raconte.
Par contre, ce qui est simple, c’est d’avoir conscience, tous, au même moment, que cette question du consentement entre en ligne de compte, et qu’il faut pouvoir le questionner tout le temps, le demander, le donner, le retirer.
Ensuite, chacun, dans son interaction avec l’autre, fera comme il pourra, comme il voudra, mais en tout cas, le consentement est au centre du jeu.
Et s’il n’y est pas, il ne peut pas y avoir une interaction sexuelle, en tout cas, correcte, joyeuse, libre.
Toutes et tous égaux
Le Gouvernement s’est engagé à concrétiser l’égalité entre les femmes et les hommes sur le plan professionnel, économique et social en adoptant un plan d’action interministériel.
Toutes et tous égaux, le Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027
L’égalité entre les femmes et les hommes est une priorité gouvernementale qui se décline dans toutes les politiques publiques.
1. Prévention et lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes
C’est le premier axe du Plan et aussi le premier pilier des politiques d’égalité menées par le Gouvernement.
Cet axe est articulé autour de trois grands objectifs stratégiques :
- assurer une protection intégrale et immédiate des femmes sur l’ensemble du territoire,
- mieux traiter les violences conjugales et leurs spécificités,
- sanctionner les auteurs de violences sexuelles de manière plus effective.
L’objectif affiché est d’aller vers les victimes et de s’adapter à leurs besoins pour mieux les protéger.
- améliorer la santé sexuelle et reproductive,
- mieux prendre en compte les spécificités de la santé des femmes,
- renforcer l’accès des femmes à la santé.
3. Égalité professionnelle et économique
Garantir l’accès des femmes aux mêmes opportunités professionnelles et aux mêmes niveaux de rémunération que les hommes est essentiel pour atteindre l’égalité réelle.
4. Une culture de l’égalité
Il est essentiel de diffuser et de transmettre une culture de l’égalité pour se débarrasser des préjugés et des stéréotypes sur les filles et les garçons. Dès leur plus jeune âge, filles et garçons sont confrontés à des biais qui affectent la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et altèrent leur relation à l’autre.
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