Le train reliant Rouen à Caen a déraillé vendredi à Cléon, en Seine-Maritime, faisant 44 blessés. Encore sous le choc, plusieurs passagers racontent les quelques secondes qui ont précédé l’accident : les secousses, les vitres qui explosent et la peur de mourir.
Un bruit assourdissant, de violentes secousses, puis des vitres qui volent en éclat. Pour les 186 passagers qui étaient à bord du train reliant Rouen à Caen ce vendredi 11 septembre au soir, quelques secondes auront suffi à transformer un trajet ordinaire en scène de chaos. Vers 19h45, alors qu’il circulait entre les gares de Tourville et Elbeuf-Saint-Aubin, à proximité de Rouan, le TER dans lequel ils étaient assis a brusquement déraillé. Probablement la conséquence d’un acte de sabotage volontaire, selon les premiers éléments de l’enquête, dont le bilan est lourd : 44 blessés, dont une jeune femme de 18 ans évacuée par hélicoptère «en urgence absolue».
«J’ai essayé de m’agripper au siège de devant»
Les premiers témoignages recueillis sont glaçants. Louis, 24 ans, témoigne auprès d’ICI Normandie avoir d’abord ressenti «quelques secousses», avant que celles-ci ne deviennent, «au bout de trois secondes», de plus en plus fortes. «Je ne tenais plus sur mon siège (…) J’ai essayé de m’agripper au siège de devant», raconte-t-il. Puis les vitres ont «partiellement explosé» et «les cailloux de la voie sont rentrés dans le wagon». S’il semble s’en être sorti sans séquelles, la scène continue de le hanter plusieurs heures après les faits : «C’était vraiment choquant, j’en tremble encore.»
D’autres, comme Luis Branco, qui se trouvait dans la deuxième rame, n’en sont pas sortis indemnes. «On a entendu un gros bruit, suivi de tremblements. Puis nous avons vu la première voiture du train décoller et les vitres se briser», témoigne ce passager auprès de TF1info. En quelques secondes, se souvient-il, «la première voiture s’est renversée et je n’avais plus de train devant moi». Quelques instants plus tard, Luis était «face aux rails», avec «rien pour l’en protéger», rapportent nos confrères. Blessé au visage, il a ensuite été pris en charge au CHU de Rouen. Selon son témoignage, les secours sont arrivés «une vingtaine de minutes après le déraillement».
«Il y avait peut-être 150 ou 200 personnes dehors dans la forêt»
À l’intérieur des voitures, les voyageurs découvrent rapidement l’ampleur des blessures. Un passager raconte notamment à TF1info avoir vu un jeune homme au «visage tout ensanglanté». «Ça m’a choqué et ça m’a fait pleurer», confie-t-il. Mais une fois le train immobilisé, l’urgence est de sortir des wagons. Xavier, un autre passager contacté par franceinfo, raconte avoir entendu un «bruit énorme» avant que le train ne s’immobilise. «Tout le monde avait très peur. Comme tout le monde, je pensais que j’allais mourir.» La contrôleuse demande alors aux voyageurs de quitter le train et de s’en éloigner. «Il y avait peut-être 150 ou 200 personnes dehors dans la forêt», raconte Xavier à franceinfo.
Les passagers indemnes sont finalement regroupés dans une salle de spectacle mise à disposition par la mairie de Cléon. Pour certains, l’attente et le contrecoup de l’accident sont particulièrement difficiles à vivre. «Je me suis dit : je vais mourir aujourd’hui», relate auprès de LCI, un passager, qui se remet péniblement du «pic d’adrénaline» provoqué par l’épisode. Xavier raconte que son fils est venu le chercher. Au téléphone, l’émotion a été trop forte pour qu’il puisse immédiatement lui parler. «Au début je n’arrivais pas à lui parler parce que je me mettais à pleurer tout le temps», confie-t-il à franceinfo. Désormais, il espère surtout «ne pas faire de cauchemar» après cette expérience.
Sur place, le préfet de Seine-Maritime a déclenché le plan Orsec «nombreuses victimes» (NOVI). Les premiers éléments communiqués par le parquet indiquent par ailleurs que les dépistages d’alcool et de stupéfiants pratiqués sur le conducteur du train se sont révélés «tous négatifs». La piste de l’acte malveillant est privilégiée après la découverte d’un morceau de rail sur la voie où l’accident a eu lieu, a indiqué samedi matin à l’AFP une source policière. Vendredi soir, d’importants moyens de secours ont été mobilisés, avec 130 pompiers, cinq équipes médicales et 80 véhicules.
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