Les 10 moustaches les plus flamboyantes de l’histoire de l’art


Fournie, sobre, discrète ou malicieuse, la moustache se décline dans tous les styles. Dans l’histoire de l’art, elle n’a d’ailleurs jamais été un simple détail. De la miniature indienne du XVIe siècle aux audaces surréalistes de Salvador Dalí, de l’autoportrait sévère de Lucas Cranach à celui plus intime de Frida Kahlo, elle reflète autant l’époque que la personnalité des artistes (de tous poils).

À travers dix exemples emblématiques du XVIe au XXe siècles, explorons comment la moustache a servi à exprimer un état d’âme, affirmer un statut social ou porter un geste militant.

La plus électrique : une miniature indienne du XVIe siècle

École moghole sub-impériale, Davalpa monté sur un homme

École moghole sub-impériale, Davalpa monté sur un homme, vers 1585




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Album « Portraits et costumes indien » • © Bibliothèque nationale de France

Dans cette miniature tirée du traité encyclopédique arabe Aja’ib al-makhlūqāt de Qazvini (1203–1283), conservée dans le fonds indien de la BnF, notre regard est immédiatement happé par la moustache d’un être étonnant… Ce personnage n’est autre qu’un « davalpa », créature de la mer de Chine dotée de traits humains mais aux jambes molles, sans os, incapables de le porter. L’artiste joue avec finesse de ce déséquilibre : le porteur, moustache discrète et visage contracté, oppose son effort silencieux à la prestance souveraine de l’être assis sur ses épaules. Entre précision naturaliste et palette éclatante, la miniature transforme cette moustache improbable en motif central qui défie toutes les lois de la gravité !

La plus soignée : Lucas Cranach l’Ancien, Autoportrait, 1550

Lucas Cranach l'Ancien, Autoportrait

Lucas Cranach l’Ancien, Autoportrait, 1550




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Huile sur bois • 64 × 49 cm • Coll. galerie des Offices, Florence • © Bridgeman Images

Lucas Cranach l’Ancien arbore dans cet autoportrait l’une des moustaches les plus remarquables de la Renaissance germanique. Vêtu d’une sobre tenue noire qui contraste avec sa barbe blanche soyeuse et sa longue moustache soigneusement peignée, il transforme cette dernière en véritable point focal du visage. Ses cheveux très courts et son regard fixe aux sourcils arqués renforcent une aura d’autorité presque paternelle. Peintre officiel à la cour de Saxe et proche de Martin Luther, Cranach affirme sa stature dans le monde artistique et religieux de son temps. Le fond bleu-gris et l’ombre subtile qui se dessine derrière lui accentuent le relief de son visage, faisant de sa moustache un symbole à part entière de son influence.

La plus espiègle : Frans Hals, Le Cavalier riant, 1624

Frans Hals, Le Cavalier Riant

Frans Hals, Le Cavalier Riant, 1624




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Huile sur toile • 83 × 67,3 cm • Coll. The Wallace Collection, Londres • © Trustees of the Wallace Collection

Celui-là n’est pas peu fier de sa moustache ! De son air narquois, le jeune patricien immortalisé par Frans Hals en 1624 exhibe deux pointes parfaitement retroussées, taillées comme des armes de séduction. Sous son large chapeau noir, il pose une main sur la hanche et lance au spectateur un regard espiègle traversé d’une ironie très contrôlée. Sa veste éclatante, saturée de motifs inspirés des livres d’emblèmes en vogue au XVIIe siècle, ajoute une touche théâtrale à cette mise en scène. Hals, maître du portrait baroque, capte chaque texture par des coups de pinceau vifs qui dynamisent l’ensemble. Aujourd’hui visible à la Wallace Collection de Londres, ce « cavalier » qui ne rit pas vraiment continue d’attirer les foules…

La plus hautaine : Antoine van Dyck, Autoportrait au tournesol, 1632–1633

Antoine van Dyck, Autoportrait au tournesol

Antoine van Dyck, Autoportrait au tournesol, 1632–1633




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Huile sur toile • 58,4 × 73 cm • Coll. particulière • © Aurimages

Relevée et impeccablement taillée : véritable emblème de pouvoir, cette moustache revendique d’emblée le statut de son propriétaire. Dans son Autoportrait au tournesol (1632–1633), Antoine van Dyck se présente devant une fleur gigantesque qui semble se pencher vers lui en signe d’allégeance. D’un geste assuré, il désigne le tournesol – symbole du patronage royal – tandis que son autre main soulève la chaîne d’or offerte par Charles Ier. Cette mise en scène millimétrée atteste de la réussite d’un peintre au sommet de sa carrière. Sa chevelure parfaitement travaillée contraste avec une mèche rebelle qui trahit un mouvement soudain, comme s’il venait d’être interpellé. Quant à son habit rouge éclatant, il accentue encore la prestance de cet élégant personnage.

La plus séduisante : Rembrandt, Autoportrait avec un béret en velours, 1634

Rembrandt, Autoportrait au chapeau de velours

Rembrandt, Autoportrait au chapeau de velours, 1634




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Huile sur panneau de chêne • 58,3 × 47,4 cm • Coll. Gemäldegalerie – Staatliche Museen zu Berlin • Photo Google Art Project

La moustache peut se faire discrète sans perdre de son charme… Rembrandt se représente ici de trois quarts, le regard vif et la bouche entrouverte, comme surpris par l’arrivée du spectateur. Sa moustache frisottante, soigneusement remontée, s’harmonise avec les teintes chaudes de l’œuvre – des bruns et ors lumineux – et fait écho à ses cheveux bouclés mi-longs et au manteau de fourrure qui l’habille. L’effet est finement séduisant : l’artiste joue de la posture classique, du chapeau sombre et des effets de lumière tout en imprimant sa personnalité dans chaque détail. Au travers d’une centaine d’autoportraits peints tout au long de sa carrière, Rembrandt expérimente le clair-obscur et explore les infinies subtilités de l’expression faciale. Loin de toute extravagance, cette moustache contribue à l’équilibre du visage et à l’élégance maîtrisée de ce jeune peintre, annonçant déjà sa renommée future !

La plus mélancolique : Vincent van Gogh, Le Docteur Paul Gachet, 1890

Vincent van Gogh, Dr Paul Gachet

Vincent van Gogh, Dr Paul Gachet, 1890




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Huile sur toile • 68 × 57 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • Photo Google Art Project

Accoudé sur une table rouge vermillon, le docteur Paul Gachet fixe l’horizon avec une gravité insondable, soulignée par ses sourcils froncés et sa moustache rousse qui se retrousse vers le bas. Sa barbe clairsemée encadre un visage émacié, tandis que ses yeux clairs se perdent dans un ciel bleu-gris tourmenté. Reflet d’une mélancolie contagieuse, cette fine moustache, légèrement fanée, semble porter le poids de la tristesse de Gachet… Ou bien celle de Vincent van Gogh qu’il transpose sur son modèle. Sa main repose sur une digitale aux clochettes violettes, fraîchement cueillie, symbole de sa curiosité pour les plantes et les traitements naturels. Mais face au malheur de Vincent, le médecin et ami du peintre semble bien démuni… De quoi mettre de mauvais poil.

La plus farceuse : Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q., 1919

Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q.

Marcel Duchamp, L.H.O.O.Q.




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Collage sur carton • 19,7 × 12,4cm • Coll. particulière • © akg-images / © Association Marcel Duchamp / Adagp, Paris 2025

La moustache la plus iconoclaste de l’histoire de l’art appartient sans doute à… la Joconde de Marcel Duchamp ! En 1919, l’artiste affuble le sourire le plus célèbre du monde d’une fine moustache et d’un petit bouc sur une simple reproduction de carte postale, donnant naissance à L.H.O.O.Q. L’œuvre, dont le titre se lit « elle a chaud au cul », défie avec humour et audace le sacro-saint statut du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci. Duchamp questionne ainsi la hiérarchie de l’art, brouille les genres et offre à Mona Lisa un alter ego queer avant l’heure. Ce détournement sera lui-même revisité par Salvador Dalí en 1954, preuve de son influence durable.

La plus fière : Frida Kahlo, Autoportrait au collier d’épines et colibri, 1940

Frida Kahlo, Autoportrait au collier d’épines et colibri

Frida Kahlo, Autoportrait au collier d’épines et colibri, 1940




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Huile sur toile • 61,25 × 47 cm • Coll. Harry Ransom Center, Austin • © akg-images

Le duvet de Frida Kahlo n’est pas seulement un trait physique singulier : c’est un symbole de force et d’affirmation. Dans cette œuvre de 1940, dont le décor végétal évoque les jungles luxuriantes du Douanier Rousseau, l’artiste mexicaine assume pleinement son monosourcil et sa fine moustache qui habille la commissure de ses lèvres. Autour d’elle, un colibri mort suspendu à un collier de branches aux épines acérées, un petit singe tranquille et un chat noir aux aguets jouent le rôle de talismans, la protégeant de la brutalité du monde extérieur. Loin d’être anecdotique, cette moustache subtile, associée traditionnellement à la virilité, devient un véritable ornement, un élément de beauté et de puissance visuelle, qui témoigne de l’audace unique de Frida Kahlo.

La plus timbrée : Philippe Halsman, La Moustache de Dalí, 1954

Philippe Halsman, Salvador Dalí

Philippe Halsman, Salvador Dalí, 1954




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Photographie • © Philippe Halsman / Magnum Photos

S’il y a bien une moustache qui a marqué l’histoire de l’art, c’est celle de Salvador Dalí, immortalisée avec malice par Philippe Halsman dans une série de clichés réunis en 1954 sous le titre La Moustache de Dalí. Véritable instrument de mise en scène, tantôt dressée, tordue, sculptée ou décorée, elle devient le pivot de portraits absurdes et poétiques, reflet de la complicité entre l’artiste surréaliste et le photographe. Halsman y invente un « entretien photographique » : chaque question anodine reçoit une réponse décalée, accompagnée d’une photo jouant avec les courbes impossibles de la moustache. Publié par Simon & Schuster à New York, l’ouvrage célèbre ce détail physique iconique comme une œuvre à part entière. Même après la mort de Dalí, sa moustache reste intacte : en 2017, lors de tests posthumes, elle était toujours à « dix heures dix », fidèle à sa légende et à son esprit fantasque.

La plus rebelle : Ana Mendieta, Untitled (Facial Hair Transplants), 1972

Ana Mendieta, Untitled (Facial Hair Transplants)

Ana Mendieta, Untitled (Facial Hair Transplants), 1972




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Série de 7 photographies • © The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC. Licensed by Artist Rights Society (ARS), New York / Adagp, Paris 2025 / Courtesy Marian Goodman Gallery

Pourquoi attendre que sa moustache pousse quand on peut l’emprunter à un ami ? C’est le pari audacieux d’Ana Mendieta en 1972, alors qu’elle étudiait à l’Université de l’Iowa. Dans une série de photographies, on la voit transférer avec lenteur les poils faciaux de son ami Morty Sklar sur son propre visage. Inspiré par l’humour subversif de Duchamp, notamment son détournement de la Joconde, ce geste minutieux révèle son obsession pour la transformation, le corps et le genre, et annonce ses œuvres à la croisée du land art et du body art. À la fois intime et radicale, cette action témoigne d’un engagement total : chez Mendieta, la moustache n’est pas décorative, elle est performative.





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