Le voyage, une source inépuisable d’inspiration pour les artistes


« Ce soir, j’ai vu la place de la colonne Antonine, le palais Chigi, éclairés par la lune, et la colonne, noire de vétusté, se détachant sur le fond plus clair du ciel nocturne, avec son blanc piédestal étincelant. Et quelle foule innombrable de belles choses ne rencontre-t on pas encore dans une pareille promenade ! Mais qu’il est difficile de s’approprier seulement une faible portion de tout cela ! » écrit Goethe le 24 juillet 1787 dans Voyage en Italie, compilation de textes issus de son journal et de sa correspondance.

Le poète est exalté par les vertiges merveilleux du Grand Tour, ce fameux voyage culturel initiatique, passage quasi obligé dans la formation intellectuelle des jeunes élites européennes, qu’il réalise alors comme l’avaient fait avant lui Stendhal, Alexandre Dumas et de nombreux peintres tels Hubert Robert. La pratique avait atteint son apogée au XVIIIe siècle, avec pour destination première l’Italie, mais aussi la France, les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Allemagne, la Suisse, quand certains allaient pousser l’aventure jusqu’en Grèce et au Moyen-Orient.

À la fin du Moyen Âge déjà, les artistes se déplaçaient dans toute l’Europe afin de répondre aux commandes de puissants mécènes : dès le Trecento, le génie florentin Giotto se rend à Rome, Padoue et Naples, tandis que, un siècle plus tard, Rogier Van der Weyden part pour Rome (en 1450) et Dürer effectue deux voyages en Italie (l’un dans les années 1490, l’autre en 1505). Quant à Gentile Bellini, il franchit les frontières du monde occidental pour gagner Constantinople [ancienne Istanbul] en 1480 afin d’exécuter le portrait du sultan Mehmet II.

Le phénomène s’intensifie à la Renaissance, mais reste encore vécu comme un périple dangereux et coûteux. Il faut attendre le Grand Siècle et celui des Lumières pour que s’épanouisse une nouvelle idée du voyage auquel le Grand Tour donne ses lettres de noblesse. Éveiller son regard, éduquer son œil, assimiler et copier les trésors du patrimoine, mais aussi multiplier les rencontres et les expériences en tout genre, faire vibrer son cœur et son corps à l’unisson : tels sont les desseins de ces séjours initiatiques. La pratique s’institutionnalise même avec la fondation de l’Académie de France à Rome en 1666, installée au Palais Mancini puis à la Villa Médicis, sur la colline du Pincio.

L’attrait de l’Orient

Hubert Robert, La Farandole au milieu des monuments égyptiens

Hubert Robert, La Farandole au milieu des monuments égyptiens, Non daté

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Huile sur toile • 114,5 × 82,4 cm • Coll. part. • © Christie’s images ltd

Mais même la Ville éternelle finit par lasser les artistes qui ont des envies d’ailleurs. La campagne d’Égypte menée par Bonaparte à partir de 1798 va leur ouvrir les portes de « l’Orient ». Cet espace méditerranéen aux frontières mouvantes, comprenant l’Égypte, la Turquie, la Palestine et la Syrie, parfois Rhodes, Chypre et la Grèce, attise la convoitise de l’Europe depuis la fin de l’Empire ottoman, espérant bénéficier de son lent démantèlement. C’est dans ce contexte que naît l’orientalisme, phénomène artistique et littéraire qui voit les artistes – lors d’accompagnement de missions diplomatiques ou d’opérations militaires puis de leur propre chef –, partir à la découverte de territoires qui, en plus du Moyen-Orient, englobent bientôt les pays du Maghreb, ces derniers étant au cœur des nouvelles ambitions coloniales européennes.

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