C’est d’abord un terrible drame humain, auquel s’ajoutent de lourdes pertes patrimoniales. Alors que les secours cherchent encore activement des victimes dans les décombres, le puissant séisme de magnitude 7,7 qui a dévasté ce vendredi 28 mars le centre de la Birmanie (rebaptisée Myanmar par la junte militaire en 1989) en Asie du Sud-Est, avec des répercussions jusqu’à Bangkok en Thaïlande, affiche déjà un lourd bilan : environ 1 700 morts, 3 400 blessés et 300 disparus – selon le décompte, probablement largement en-dessous de la réalité, communiqué dimanche par les autorités birmanes. Samedi, ces dernières ont également fourni un premier bilan des destructions matérielles et culturelles, qui se révèlent déjà importantes…
Selon les autorités, plus de 3 000 bâtiments ont été détruits totalement ou partiellement. Parmi eux, de nombreux lieux patrimoniaux, dont 150 mosquées, temples et monastères bouddhistes, certains vieux de plusieurs siècles.
Destruction et effondrement

Un moine bouddhiste marche près de la pagode Maharmyatmuni après le tremblement de terre, à Mandalay, 30 mars 2025
Destination touristique très prisée en Birmanie, le palais de Mandalay, dernier palais royal du pays, érigé sous la dynastie Konbaung entre 1857 et 1859 (puis en partie reconstruit dans les années 1990 suite aux bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale) s’est partiellement effondré – notamment l’une de ses tours de guet sur pilotis de couleur brun-ocre ornée de multiples pointes et une partie de son mur d’enceinte.
Parmi les pertes majeures figurent également plusieurs temples bouddhiques datant d’entre le Xe et le XIIIe siècle, situés sur le superbe et vaste site archéologique bouddhiste de Bagan (inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et deuxième site archéologique d’Indochine après Angkor), qui se sont écroulés ou ont été endommagés.

Un bénévole conduit une excavatrice pour aider aux opérations de sauvetage près de la pagode Maharmyatmuni, 30 mars 2025
La rutilante flèche dorée haute de 76 mètres de la pagode Shwe Sar Yan, datant du XVIIe siècle et située à Thaton, au sud-est de Mandalay, a elle aussi disparu sous l’œil des caméras et de témoins effarés. À Inwa, au sud-ouest de Mandalay, le monastère bouddhiste Maha Aungmye Bonzan (dit Me Nu Brick), construits entre 1822 et 1828 – l’un des plus beaux exemples d’architecture birmane du milieu de l’ère de la dynastie Konbaung (la dernière à avoir régné sur le pays) – a également été réduit à un tas de gravats.
Une crise humanitaire conséquente
Parmi les autres destructions notables de bâtiments bouddhistes figurent celle de la tour-horloge du monastère Masoeyein à Mandalay, de la pagode blanche Hsinbyume (dite aussi Myatheindan), construite en 1816 au nord-ouest de Mandalay, de la pagode Mahamuni (de 1785, reconstruite après un incendie survenu en 1884) et de plusieurs stupas à Pindaya, à 70 kilomètres de l’épicentre du tremblement de terre.

Pagodes endommagées près de Maharmyatmuni, 30 mars 2025
Enfin, un certain nombre de mosquées ont également subi d’importants dégâts ou une destruction totale. Le vendredi étant le jour de prière hebdomadaire pour les musulmans, au moins 490 personnes sont mortes dans des effondrements de ces bâtiments religieux.
La priorité reste pour l’instant la crise humanitaire conséquente au séisme, aggravée par le conflit toujours en cours entre la junte militaire au pouvoir en Birmanie et de nombreuses milices armées, qui se disputent le contrôle du pays depuis le coup d’État de février 2021. Ainsi, le régime militaire « continuerait de mener des frappes aériennes, notamment dans les zones proches de l’épicentre du séisme », alerte un rapport des Nations Unies. Outre ses graves répercussions sur la population civile, cette situation politique instable risque donc de rendre particulièrement difficile la reconstruction des lieux patrimoniaux détruits.
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