Dans les couloirs de l’Institut Curie, à Paris, entre deux chambres d’enfants en soin, des méduses pailletées nagent sur les murs. Des sculptures grecques relookées façon street art veillent sur les salles de consultation. Des poissons filent, des coccinelles volent le long d’une porte vitrée. Toutes ces créations portent en signature des prénoms : Safyanour, Joël…
« Quand Léonie revient, même cinq ou six ans après, elle retrouve sa petite coccinelle. Cette œuvre dit : ‘J’ai été là, ça fait partie de mon histoire, on pense encore à moi’. » Ce détail n’a l’air de rien, mais il en dit long sur le travail à effet papillon – loin de s’arrêter entre les murs de ce service pédiatrique – mené par Élodie Thébault, et les équipes de NOC (pour : « Nous On Crée »), l’association dont elle est à l’origine.

Élodie Thébault, fondatrice de NOC!
Depuis 20 ans, cette artiste diplômée de l’École nationale supérieure des arts appliqués anime et se bat pour faire vivre quelque chose d’unique : une véritable école d’art au cœur de l’hôpital. Pas de l’occupationnel, pas une simple récréation ; « Ici on fait des œuvres d’art, on apprend des techniques aux enfants ». Objectif premier : que l’enfant soit fier de lui.
La pratique artistique devient parcours de soin
« On a l’objectif de faire du beau. Tout ce qu’on fait est amené à être exposé. »
Élodie Thébault
Pour y parvenir, l’association NOC a développé sa méthode, fondée sur trois piliers fondamentaux : des ateliers hebdomadaires menés par des artistes professionnels, les expositions extérieures tous les deux ans – la dernière à la halle des Blancs Manteaux a réuni plus de 400 œuvres – et, surtout, la décoration personnalisée de l’hôpital par et pour les enfants.

Exposition des ateliers NOC! dans la halle des Blancs Manteaux
« Mettre de l’art à l’hôpital, c’est bien, mais la plupart des établissements font venir des illustrateurs de l’extérieur. Nous, on essaie toujours de valoriser l’enfant », souligne la fondatrice de l’association en louant les bénéfices de la pratique artistique. Pour autant, la démarche de NOC ne se réclame pas de l’art-thérapie : « La différence, c’est qu’on a l’objectif de faire du beau. Tout ce qu’on fait est amené à être exposé », précise Élodie Thébault.
Plus de 600 jeunes patients concernés
Les effets sont là : amélioration de la qualité de vie, de la confiance en soi, de la capacité à se projeter. Faisant ses preuves, l’association a grandi. Quatre professeurs diplômés des Beaux-Arts, formés pendant sept mois au minimum, interviennent désormais dans cinq ateliers : un à l’Institut Curie, deux au sein de l’hôpital Necker-Enfants malades (en néphrologie et en hôpital de jour multidisciplinaire), deux en psychiatrie adolescente dans les villes de Colombes et de Créteil, en Île-de-France.

Atelier NOC! dans les hôpitaux pour les enfants malades
« Notre challenge, c’est de parvenir à les faire sortir de la chambre, même dix minutes. »
Élodie Thébault
Ces ateliers touchent 625 patients par an, parfois suivis sur une décennie. « C’est aussi un lieu de rencontre, d’échange entre jeunes qui traversent les mêmes périodes difficiles, qui ne vont pas se juger, qui ne vont pas avoir à s’expliquer », affirme Élodie Thébault. Certains jeunes lui ont dit : « Tu m’as réactivé le cerveau ».
Face à la maladie d’un enfant, les défis sont immenses. « Notre challenge, c’est de parvenir à les faire sortir de la chambre, même dix minutes », confie la directrice de l’association. « Avec les effets de la chimiothérapie, l’épuisement, le repli sur soi, il faut tout inventer. » Alors, l’équipe travaille sur mesure, elle s’adapte à chacun et à sa maladie – de l’enfant qui débarque dans son diagnostic, à l’adolescent qui est là depuis un an, et, des plus bouleversants, certains enfants continuant, en soins palliatifs, de dessiner jusqu’au dernier souffle : « Ce n’est jamais à nous de décider si, oui ou non, ils veulent le faire. »
Après l’hôpital, la « Maison NOC »

L’œuvre de Héloïse à l’Institut Curie
20 ans après ses débuts, la « curitienne » autoproclamée ne lâche rien. Au-delà des murs des hôpitaux, Élodie Thébault rêve désormais d’une « Maison NOC », un tiers-lieu artistique pour accompagner ces jeunes dans la transition après l’hospitalisation. « La sortie de l’hôpital est un tsunami qu’on ne voit pas forcément arriver », raconte-t-elle.
« Après des mois et des mois au centre de toutes les attentions, ils se retrouvent face à l’agressivité d’un monde qui ne comprend rien à leur vécu. » Cette « Maison NOC » serait donc une sorte de safe space pour mieux rebondir ensuite. Quand vivre est compliqué, créer devient une nécessité absolue.
Chaque contribution compte !
Pour continuer à offrir aux enfants ce précieux espace de création et développer le projet d’une « Maison NOC » destinée à accompagner les jeunes après leur hospitalisation, l’association a besoin de votre soutien. Vos dons permettent de financer les interventions d’artistes professionnels, l’achat de matériel et les expositions qui valorisent le travail des enfants.
NOC propose une tombola solidaire en collaboration avec la galerie Alexis Pentcheff.
Faites un don afin de participer au tirage au sort et tenter de gagner une œuvre originale de René Gruau, célèbre dessinateur de mode.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’association NOC ! Nous On Crée
Poster un Commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.