L’artiste Françoise Gilot, « la femme qui dit non » à Picasso, s’est éteinte à l’âge de 101 ans


Mardi 6 juin, Françoise Gilot est décédée dans un hôpital de Manhattan, à l’âge de 101 ans. Si ses témoignages critiques en tant qu’ex-compagne et muse de Pablo Picasso ont beaucoup fait parler d’elle, Gilot était avant tout une femme libre et indépendante, une peintre accomplie et prolifique, dont la longue carrière fut couronnée de titres prestigieux tels qu’officier de la Légion d’honneur (2009) et commandeur de l’ordre national du Mérite (2022).

Née en 1921 à Neuilly-sur-Seine dans une famille bourgeoise, Gilot est une forte tête qui n’hésite ni à manifester contre les nazis en 1940, ni à choisir la voie de l’art contre l’avis de son père qui lui coupe les vivres. Inspirée par sa mère aquarelliste, elle se forme auprès du peintre photographe hongrois Endre Rozsda et sur les bancs de l’Académie Julian, tout en donnant pour survivre des cours d’équitation.

De muse à artiste à succès

Robert Capa, Picasso avec Françoise Gilot et son neveu Javier Vilato, sur la plage du Golfe-Juan, France

Robert Capa, Picasso avec Françoise Gilot et son neveu Javier Vilato, sur la plage du Golfe-Juan, France, août 1948

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Photographie en noir et blanc • © Succession Picasso 2023 © Robert Capa / International Center Of Photography / Magnum Photos

En 1943, âgée de 21 ans, elle rencontre Picasso, qui lui fait la cour et avec qui elle partage un « amour physique et intellectuel ». À son contact, elle rencontre André Malraux, Jean Cocteau, puis Henri Matisse à Nice, tout en fréquentant de son côté les artistes abstraits du groupe réalités nouvelles. À partir de 1946, elle partage l’atelier de l’Espagnol à Antibes et devient son principal sujet, qu’il représente en « femme fleur » aux sourcils arqués et au long cou, auréolée d’une grande chevelure brune. Leur fils Claude naît en 1947, et leur fille Paloma en 1949. Gilot expose chez Kahnweiler, signe avec des galeries à Londres et New York. Face à ce succès, Picasso, qui la surnomme « la femme qui dit non », adopte un comportement de plus en plus dominateur, qu’elle décrit comme cruel et violent, et dont elle parvient à s’extraire en le quittant en 1953.

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Une seconde vie, plus libre, au États-Unis

Furieux, (« Personne ne quitte un homme comme moi », lui dit-il !), Picasso détruit ses œuvres, livres et lettres de Matisse, et fait pression sur Kahnweiler pour qu’il rompe son contrat avec elle. Il faudra donc que Gilot émigre aux États-Unis pour se construire une carrière. En 1965, elle publie Vivre avec Picasso, un livre à succès dont son ex-compagnon tentera en vain d’empêcher la diffusion, et qui servira de source au réalisateur James Ivory pour son film Surviving Picasso en 1995.

Françoise Gilot travaillant dans son atelier à Paris

Françoise Gilot travaillant dans son atelier à Paris, avril 2004

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© AFP / Jean-Pierre Muller

Françoise Gilot refait sa vie avec le peintre Luc Simon, dont elle a une fille, Aurélia, en 1956, puis, à partir de 1969, avec le biologiste américain Jonas Salk, inventeur du premier vaccin contre la poliomyélite, qu’elle épouse en 1970 et avec qui elle s’installe en Californie. Jusqu’au bout, elle a continué à peindre inlassablement des œuvres géométriques mêlant abstraction et figuration, aux coloris intenses dominés par un rouge vibrant. Elle fut cependant bien plus exposée aux États-Unis qu’en France. Une rétrospective au musée Picasso devrait sans doute bientôt voir le jour, mais un peu tard….



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