ENTRETIEN – Face à l’inéluctable irruption de l’IA dans la littérature, le professeur et écrivain* appelle chaque lecteur à conserver une maîtrise de son imaginaire et de sa pensée en lisant, toujours. Seules ces armes lui permettront d’être juge de ce qu’il découvrira à chaque fois qu’il ouvrira un livre, estime-t-il.
*Emmanuel Godo est professeur à Henri IV et auteur d’Avec les grands livres, actualité des classiques, (L’Observatoire, 2025).
LE FIGARO. – L’auteur de C’était ça ou mourir (Grasset), lauréat du prix de la Fnac, Thélyson Orélien, est soupçonné d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour rédiger son œuvre, créant une véritable polémique. Au-delà de ce cas particulier, pourquoi sommes-nous dérangés par le fait de lire un ouvrage écrit, même en partie, par une IA ?
EMMANUEL GODO. – Car cela remet entièrement en question notre rapport à l’œuvre littéraire ; lire est un geste extrêmement intime. Nous engageons beaucoup de nous-mêmes dans cet acte qui repose sur un pacte de confiance – et pas forcément un pacte de « sincérité », car la fiction laisse la place à toutes les inventions, à tous les déplacements de la vérité. Dans tous les cas, nous souhaitons que le jeu en vaille la peine et qu’il y ait quelqu’un au bout du fil, un esprit humain, une conscience éprouvée. Un livre, fondamentalement…
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