Le mystère est désormais levé sur la restauration de la couronne de l’impératrice Eugénie, gravement endommagée le 19 octobre dernier lors du cambriolage du Louvre. Près de quatre mois après les faits, le musée a enfin dévoilé, dans un communiqué publié ce mercredi 4 février, des photographies de l’objet et des informations précises sur les altérations constatées, ainsi que sur le processus par lequel le joyau sera remis en forme.
Abandonnée sur le trottoir par les voleurs en fuite sous la fenêtre de la galerie d’Apollon, la couronne « a souffert d’un écrasement et s’en est trouvée très sensiblement déformée », du fait de la tentative d’extraction de sa vitrine par une fente trop étroite pratiquée à la disqueuse. Mais si l’un des huit aigles d’or qui ornaient l’armature a disparu, l’ensemble des huit palmettes subsiste, ainsi que le globe central orné de diamants et d’émeraudes. Les 56 émeraudes sont elles aussi toutes présentes, et seules une dizaine de très petites pierres sur les 1 354 diamants ont été perdues.
Une restauration délicate accompagnée par un comité d’experts
La couronne conserve ainsi sa « quasi-intégrité, permettant sa restauration complète », « sans recours à la reconstitution ou la restitution ». « Il s’agira d’une remise en forme de son armature », précise le Louvre. Néanmoins délicate, l’opération sera confiée à un restaurateur agréé, à la suite d’une mise en concurrence.

Alexandre-Gabriel Lemonnier, Couronne de l’impératrice Eugénie, 1855
Or, diamants, émeraudes, cuir • 13 × 15 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © GrandPalais Rmn presse / Stéphane Maréchalle
Face à l’enjeu symbolique et technique de l’opération, un comité consultatif d’experts, présidé par Laurence des Cars, présidente-directrice du Louvre, épaulera le maître restaurateur dans ses choix – comme celui de la reconstitution ou non de l’aigle manquant, qui reste encore à déterminer. « Un comité d’experts est organisé justement comme un lieu d’échanges et de réflexions, et la restauration sera menée à bien par un restaurateur choisi aussi pour ses propositions » explique une porte-parole du musée.
Ce comité sera formé par Olivier Gabet, directeur du département des Objets d’art du musée du Louvre, son adjointe Anne Dion, l’historienne du bijou Michèle Heuzé, la conservatrice Anaïs Alchus, en charge des arts décoratifs du Second Empire au musée d’Orsay, le minéralogiste François Farges et enfin Emmanuel Plé, responsable de l’atelier métaux historiques au C2RMF – Centre de recherche et de restauration des musées de France. Seront également conviés des représentants des cinq maisons historiques de la joaillerie française : Mellerio, Chaumet, Cartier, Boucheron et Van Cleef & Arpels qui, dès l’annonce du vol, avaient toutes proposé leur aide.
Réchappée de la destruction à la chute du Second Empire
Commandée en 1855 par Napoléon III pour l’Exposition universelle au joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier et à ses collaborateurs (dont le sculpteur Gilbert), l’élégante parure – qui n’a « peut-être jamais été portée » – a connu un parcours complexe. En 1876, elle fut restituée à l’impératrice, échappant à la destruction qu’a, quant à elle, subie la couronne de l’empereur lors de la vente des diamants de la Couronne ordonnée par la IIIe République en 1887. Léguée à la princesse Marie-Clotilde Bonaparte en 1920, puis acquise par le Louvre en 1988, elle demeure la seule couronne de souveraine conservée en France, aux côtés des deux uniques couronnes de souverains restantes : celles de Louis XV et de Napoléon Ier, elles aussi dans les collections du Louvre.
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