«J’ai décidé d’être candidat», annonce Gabriel Attal


REPORTAGE – L’ex-premier ministre, élu des Hauts-de-Seine, a officialisé sa candidature vendredi, lors d’une discussion avec des habitants dans un village d’Occitanie.

La place d’un village médiéval aux toitures de lauze, un court «débat citoyen» en plein air, une marmite fumante d’aligot de l’Aubrac à quelques mètres, et une phrase : «J’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République». Gabriel Attal a officialisé vendredi 22 mai son entrée dans la campagne présidentielle à Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron, devant une centaine d’habitants et d’officiels. «Je vais vous parler avec mon cœur, surtout aujourd’hui : moi j’aime la France, j’aime passionnément la France», a vanté le chef du parti et des députés Renaissance, devant la mairie pavoisée des drapeaux tricolore et européen. Il souhaite «faire renouer» le pays avec «la promesse de l’élévation», «individuelle» et «collective».

Pierre Ignace, le maire (Renaissance) du bourg de 700 habitants, lui a posé la question fatidique, sur le modèle de Jacques Chirac, interrogé par l’édile d’Avignon Marie-Josée Roig en 2002. Il l’a accueilli un peu plus tôt et lui a fait rencontrer des agriculteurs. «Bienvenue dans cette ruralité française», une région «éloignée des grandes métropoles» qui demande à «être considérée», lui a-t-il dit au micro. Mercredi, dans un mystérieux courriel, l’élu a convié ses administrés à un «grand débat citoyen» suivi d’un «banquet républicain», «en présence d’un invité politique national». Sans nommer Gabriel Attal, même si sa venue a vite été ébruitée.


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Faussement improvisée, cette déclaration a été soigneusement préparée. Le député de Vanves (Hauts-de-Seine), arrivé sur la place du village sous les applaudissements, ne voulait ni d’un entretien à la presse hebdomadaire, comme ses rivaux à droite Édouard Philippe et Bruno Retailleau, ni d’un journal télévisé de 20 heures, une forme jugée trop classique à laquelle il se soumettra toutefois samedi, sur TF1.

«Il s’est “chiraquisé”»

L’ancien premier ministre préfère d’abord se montrer «au contact des Français». Il espère corriger son image d’élu urbain, enfant du très chic 6e arrondissement de Paris, à la tête d’un parti encore pointé pour son faible ancrage local. «Il s’est “chiraquisé” et “castexisé”, assure l’un de ses conseillers présents, l’ancien député macroniste Patrick Vignal. Il va dans la vraie France, celle dont on a besoin de reconquérir les cœurs parce que plus personne ne lui parle, à part le RN.»

Méthodique, Gabriel Attal a raisonné en «séquences» de communication. Un livre, En homme libre (Éditions de l’Observatoire), sorti en avril et envoyé au chef de l’État, une tournée de dédicaces, un vote favorable du conseil national de Renaissance le 12 mai, puis sa déclaration officielle dans l’Aveyron, avant son grand meeting parisien attendu le 30 mai. Quelque 500.000 tracts et 100.000 affiches doivent être diffusés dans le week-end suivant. «Attal a cette force : il sait donner envie», estime le député Pieyre-Alexandre Anglade, venu avec plusieurs autres parlementaires – Prisca Thevenot, Franck Riester, Paul Midy…

Sur la place de Mur-de-Barrez, ce vendredi, en réponse à des habitants – infirmière libérale, fonctionnaire de l’éducation, vétérinaire… -, le trentenaire déroule plusieurs priorités. L’éducation nationale, «le sujet le plus important», qu’il a pilotée comme ministre. L’intelligence artificielle, une «révolution» à «maîtriser» plutôt qu’à «subir», via un plan de formation de 20 millions de salariés en cinq ans.

À voir aussi | Retrouvez l’intégrale de l’annonce de la candidature de Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027


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L’accès aux soins, «l’une des plus grandes inégalités». La réforme du système de retraites, qu’il souhaite universel et débarrassé d’un âge légal de départ. Il prévoit de détailler ses propositions dans les prochaines semaines : rapprochement des salaires brut et net, remplacement du «principe de précaution» par un «principe de progrès», vote annuel de quotas d’immigration économique selon les besoins fixés par les partenaires sociaux…

Depuis le comptoir de son bar Le Camarguais, la tenancière Maria Delpuech observe l’animation du jour. Gabriel Attal, président de la République ? «Pourquoi pas, glisse-t-elle, mais je crois qu’il a de sacrés concurrents. On va avoir le choix, c’est bien.» L’ancien premier ministre fait le pari de rattraper son retard dans les sondages face à un autre «ex» de Matignon, Édouard Philippe, afin de pousser à le rallier. Les états-majors de leurs deux partis, qui se coordonnent déjà dans un «comité de liaison», se préparent à se retrouver autour d’une candidature unique en début d’année prochaine. La condition, selon plusieurs de leurs cadres, pour éviter le scénario d’un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise.

Campagne active

Vendredi après-midi, Gabriel Attal prévoit de traverser la vallée du Lot pour se rendre près du viaduc de Millau. Samedi, il compte participer à fête de la transhumance sur l’Aubrac, aux côtés des vaches, puis se présenter au marché de Rodez, la ville chef-lieu dirigée par l’un de ses soutiens, l’ancien député Stéphane Mazars.

Loin de ses contempteurs dans le «bloc central» – Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet ou encore Aurore Bergé, qui critiquent une «aventure individuelle» -, le candidat de Renaissance veut se mettre en scène «sur le terrain». Une image fait toujours référence, au sein de ses équipes : sa prise de parole au micro, derrière une botte de paille, en janvier 2024, en pleine mobilisation du monde agricole.

Pour lui, une nouvelle campagne active commence. «Positive, dynamique, permanente», promet son entourage. En juin 2024, pris de court par la dissolution, Gabriel Attal a tenté de mobiliser les électeurs, jusqu’à la défaite du camp présidentiel. «Ça tanne le cuir», fait-on valoir à la direction de Renaissance.


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Avec ses stratèges, Gabriel Attal a théorisé un principe : il lui faut incarner la «rupture», malgré sa proximité avec le pouvoir depuis 2017. «Le monde a changé. Si Macron se représentait, il n’aurait pas d’autre choix que de faire un programme de rupture», dit-il en privé. Par rapport au chef de l’État, il entend montrer aux Français qu’il ne partage pas la même personnalité. Une réponse à ceux qui le comparent, à son grand dam, à un «bébé Macron».



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