Inflation, climat, enjeux sociétaux – Le Sia, une fenêtre sur les « espoirs et problèmes » des agriculteurs


C’est le moment de l’année où citadins et responsables politiques se retrouvent autour d’une vache: le Salon de l’agriculture, célébration annuelle de la « ferme France », démarre samedi dans un paysage bouleversé par la guerre en Ukraine, l’inflation et le climat.

Le président Emmanuel Macron est attendu à la première heure samedi pour inaugurer l’événement qui occupe le parc des expositions de la Porte de Versailles, dans le sud de Paris, chaque année depuis 1964 (exception faite de 2021 en raison de la pandémie de Covid-19).

En 2022, le salon avait ouvert quasiment au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le chef de l’Etat avait fait une apparition express – une heure et demie contre douze heures minimum habituellement.

L’édition 2022 était singulière: première grande manifestation post-Covid 2019, elle avait drainé plus de 500 000 visiteurs le plus souvent démasqués.

Surtout, Ukraine et Russie étant des producteurs agricoles de premier plan, la notion de « souveraineté alimentaire » a été mise en avant par les grands producteurs, notamment céréaliers, en raison des risques sur l’approvisionnement du monde en blé et autres graines.

Depuis, la France compte un ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et le syndicat agricole majoritaire FNSEA ne manque pas une occasion de marteler que les agriculteurs doivent avoir les moyens de produire en quantité, avec moins de contraintes environnementales, des réserves d’eau pour irriguer les cultures et des pesticides si besoin.

Le 8 février, le syndicat a orchestré une démonstration de force en faisant défiler plus de 500 tracteurs jusque dans le centre de Paris pour dénoncer le rétropédalage du gouvernement sur les insecticides néonicotinoïdes, dont sont désormais définitivement privés les producteurs de betterave à sucre.

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Il faut « que la France arrête de perdre sa souveraineté alimentaire » et évite de manquer d’agriculteurs « comme on manque de médecins », relève Jean-Luc Poulain, président de l’événement.

« Messages utiles »

« C’est la première fois qu’on va tenir un salon avec les effets d’une guerre sur le continent européen », observe M. Poulain, aussi agriculteur dans l’Oise.

Le conflit a fait bondir les prix des aliments des animaux d’élevage, mais aussi de l’énergie qui sert à chauffer les bâtiments qui les abritent ou les serres, à sécher le maïs, à réfrigérer les pommes ou les racines d’endives…

La guerre a aussi ravivé les tensions sur le pouvoir d’achat, avec des prix de l’alimentation en hausse de 12% sur un an. Une inflation qui n’est pas près de se tarir; le salon coïncide d’ailleurs avec la clôture le 1er mars des négociations annuelles entre les supermarchés et leurs fournisseurs, qui veulent vendre significativement plus cher pour absorber la hausse de leurs propres coûts.

Dans ce bras de fer, le syndicat majoritaire FNSEA se place du côté des industriels — qui achètent les matières premières aux agriculteurs.

S’alarmant de la décrue de certaines productions nationales (boeuf, porc, légumes) et de la hausse concomitante des importations, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, a affirmé mardi lors d’une conférence de presse refuser « la fatalité du déclin ».

« Parler de souveraineté alimentaire, c’est bien, mais prendre les décisions qui permettent de l’atteindre et qui permettent surtout de ne plus régresser, c’est beaucoup mieux », a-t-elle poursuivi.

Le salon est là « pour passer des messages utiles à la production agricole », souligne Jean-Luc Poulain.

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« C’est le catalyseur des espoirs et des problèmes de l’agriculture », abonde Arnaud Lemoine, directeur du Centre national des expositions et concours agricoles (Ceneca), organisation à l’origine de la manifestation.

Rite annuel, l’égérie du 59e Salon de l’agriculture, la vache Ovalie, de race Salers et de robe acajou, arrivera vendredi Porte de Versailles accompagnée de ses jumelles, Utopie et Utopia, nées en janvier.

A leurs côtés, près de 4 000 animaux – moutons, cochons, chevaux, lapins… – guetteront les foules depuis leur litière de paille. Mais les poules manqueront à l’appel, confinées cette fois encore à cause de la grippe aviaire.



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