Dans une interview accordée au Point à l’occasion de la sortie prochaine de son livre, l’ex-chef de l’État confirme qu’il ne participera pas à la primaire «sociale-démocrate» organisée en octobre par le PS et Place publique.
Petit à petit, François Hollande pose ses jalons sur la route de 2027. Près de dix ans après avoir quitté le pouvoir, l’ancien président ne cache plus son envie de retrouver l’Élysée, sans pour autant lever complètement le voile sur ses ambitions. Certes, le députe de Corrèze avait déjà indiqué au printemps se «préparer» à cette échéance et réuni quelque 150 soutiens au Sénat en plein mois de juillet, mais il continue d’avancer ses pions. Dans une interview publiée mercredi par Le Point, le socialiste prévient que, «si la situation l’exige», qu’il a, en décembre, «la conviction qu’un rassemblement est possible» et qu’il «peut en être l’expression», il en «tirera (alors) les conclusions».
Le tout, en laissant entendre que sa «vie ne dépend pas» de la présidentielle, puisqu’il a «déjà exercé cette fonction et, d’une certaine façon, a accompli (son) destin.» «Je vis sereinement sans le pouvoir», fait savoir François Hollande, qui souffle le chaud et le froid. «Si une candidature proche de ma sensibilité s’est imposée avec une perspective de victoire, pourquoi viendrais-je troubler la donne ? Mais il faudra qu’on m’en fasse la démonstration», tempère-t-il aussitôt, comme s’il ne tenait guère compte de la récente candidature de Raphaël Glucksmann ni des sondages, plus favorables à l’eurodéputé qu’à lui. En témoigne notre dernière étude Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, où l’intellectuel recueille entre 11 et 18 % des intentions de vote selon les configurations, tandis que François Hollande plafonne à 12 %.
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D’autant que l’ex-chef de l’État n’accorde pas beaucoup de crédit à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique, censée choisir le leader de la famille «sociale-démocrate» pour 2027, et à laquelle Raphaël Glucksmann va participer aux côtés de Philippe Brun, Jérôme Guedj et Ségolène Royal. Quatre candidats auxquels il décoche une flèche : «La plus grande urgence n’est plus simplement de rassembler les socialistes ou la gauche, mais d’unir les Français.» Qu’importe qu’il ait lui-même remporté la primaire ouverte du PS à l’automne 2011, qui lui servit de rampe de lancement pour la présidentielle de 2012, qu’il remporta face à Nicolas Sarkozy : François Hollande dit avoir «toujours été réservé» à l’égard de ce processus de désignation.
«Les dates choisies ne sont pas bonnes»
«Elles divisent plus qu’elles ne rassemblent, elles supposent d’être préparées très en amont pour avoir une participation la plus large possible», tacle l’ex-premier secrétaire du PS, avant de tailler en pièces le processus choisi par son camp. «Trois millions de citoyens s’étaient déplacés en 2011. Combien seront-ils cette fois-ci ? Dix fois moins serait déjà un succès. Enfin, la date choisie n’est pas la bonne (premier tour les 9 et 10 octobre, second tour les 16 et 17, NDLR)», raille-t-il, tout en disant «respecter celles et ceux qui s’engagent» dans cette bataille.
D’ici là, François Hollande devrait probablement multiplier les rendez-vous médiatiques et les rencontres en librairie pour accompagner la sortie de son livre Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche (Robert Laffont), le 3 septembre. Il dira ensuite en décembre s’il entend ou non se lancer, au vu du contexte politique, dix ans après avoir renoncé à briguer un second mandat. «C’est là qu’arrivera le moment décisif pour une candidature. La décantation s’opérera à droite comme à gauche. La cristallisation viendra, ensuite, en février ou en mars», assure-t-il. Une attente savamment entretenue, qui lui permet au passage d’adresser une pique aux prétendants déjà déclarés : «Jamais je n’avais connu cette espèce de précipitation avec des candidats sans projet autre que leur prétention», moque-t-il. C’est long, une campagne présidentielle. Les sondages d’aujourd’hui n’indiquent pas le vote de demain.»
Dernier indice de son retour en préparation : François Hollande réfute toute comparaison avec ses prédécesseurs Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy, tous deux ayant échoué à reconquérir l’Élysée après l’avoir quitté, le premier en 1981, le second en 2012. «Les conditions sont différentes. S’ils n’ont pas réussi, c’est qu’ils voulaient simplement recommencer. Or, si un ancien président peut imaginer le redevenir, c’est pour inventer et lever une espérance, assène-t-il. Pas pour prendre une revanche ou tenter un recours.» À bon entendeur…
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