Avant l’exfiltration de Donald Trump d’Air Force One en Turquie via un conteneur de ravitaillement, quatre de ses prédécesseurs ont eux aussi brouillé les pistes pour des voyages jugés trop dangereux.
Sur le tarmac d’Islamabad, en mars 2000, trois avions se posent. Un seul transporte Bill Clinton. Car avant l’exfiltration de Donald Trump à bord d’un avion militaire, d’autres présidents américains ont usé de subterfuges pour voyager dans le plus grand secret. Entre 2000 et 2023, Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama et Joe Biden ont tous les quatre caché au public – et parfois aux journalistes qui les accompagnaient – des déplacements au Pakistan, en Irak, en Afghanistan ou encore en Ukraine. Et ce, pour des raisons de sécurité.
Bill Clinton et le ballet des trois avions
SAEED KHAN / AFP
Le plus ancien des quatre précédents remonte à vingt-six ans. En mars 2000, Bill Clinton se rend en Inde puis au Pakistan pour tenter d’apaiser les tensions autour du Cachemire. Au départ de l’Inde, il se dirige vers la porte d’un appareil militaire et salue les officiels comme s’il s’apprêtait à embarquer, avant de contourner le nez de l’avion pour monter dans un jet blanc banalisé, rapporte le New York Times . Trois appareils rallient Islamabad : l’avion sans marquage avec le président à bord, l’appareil militaire initial et un leurre peint dans le bleu ciel d’Air Force One.
Le Washington Post a par ailleurs révélé un épisode resté inédit. Avant le vol, la Maison-Blanche avait convoqué en off Susan Page, à l’époque correspondante de USA Today et présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche. Les procédures exceptionnelles lui avaient alors été exposées, dont le recours à l’avion leurre, tout comme les risques encourus par la presse. Au moins une journaliste du pool savait donc que le président ne se trouvait pas à bord d’Air Force One.
George W. Bush, un Thanksgiving en trompe-l’œil
TIM SLOAN / AFP
Le 27 novembre 2003, huit mois après le déclenchement de la guerre en Irak, George W. Bush devient le premier président américain à se rendre à Bagdad. Le New York Times qualifie alors l’opération de «mission stupéfiante menée dans le plus grand secret» . Ni son épouse ni ses parents n’ont été prévenus. Annoncé pour tout le week-end dans son ranch de Crawford, au Texas, le chef de l’État quitte en réalité la propriété à bord d’une voiture banalisée. Bush, «vêtu d’une veste de travail, d’une casquette, d’un jean, de bottes et d’une chemise», embarque à l’arrière d’Air Force One à la base aérienne d’Andrews direction l’Irak, où il reste un peu plus de deux heures et demie. Quelques conseillers et un petit nombre de journalistes tenus au secret font partie du voyage.
Barack Obama, un week-end fictif à Camp David
JIM WATSON / AFP
Le 28 mars 2010, Barack Obama crée la surprise en atterrissant, de nuit, sur le tarmac de la base aérienne de Bagram en Afghanistan. Sur place, il rencontre le président afghan Hamid Karzaï dans son palais puis les troupes américaines. Le voyage en surprend plus d’un. En premier lieu les journalistes, qui avaient été informés que le président passerait le week-end à Camp David, dans le Maryland, selon le Guardian . Cette diversion s’est accompagnée d’autres précautions : arrivée de nuit, séjour très bref, préavis minimal donné au gouvernement afghan. L’événement se répète quelques mois plus tard, le 3 décembre 2010. Une deuxième visite aux soldats américains toujours organisée dans le plus grand secret.
Joe Biden, un train de nuit vers Kiev
EVAN VUCCI / AFP
Le 20 février 2023, Joe Biden apparaît à Kiev aux côtés de Volodymyr Zelensky, quatre jours avant le premier anniversaire de l’invasion russe. Jusqu’au bout, la Maison-Blanche dément tout déplacement en Ukraine, y compris après l’annonce officielle d’une étape à Varsovie. Et pourtant, le dimanche 19 février à 4h15, le président américain quitte discrètement la base aérienne d’Andrews, près de Washington. Après une escale à la base aérienne de Ramstein en Allemagne, Joe Biden rejoint l’Ukraine par un train de nuit en provenance de Pologne. Il arrive à 8 heures le lundi et repart après 13 heures. Pour préserver le secret, seuls quelques conseillers et deux journalistes l’accompagnent. Plus tard, le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan indiquera que Moscou avait été prévenu peu avant le départ de Washington, à des fins de «déconfliction». Là encore, ni leurre ni fausse localisation. Rien qu’un silence.
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