Cette réunion autour du chef de l’État, en présence du premier ministre Sébastien Lecornu et des responsables militaires et du renseignement, est prévue à 10 h 30 au palais présidentiel. Chaque parti peut envoyer son chef ou son candidat à la présidentielle.
Emmanuel Macron envisageait de se rendre ce vendredi au fort Boyard, au large de la Charente-Maritime, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Mais il a finalement décidé de s’emparer d’un sujet plus grave en conviant à l’Élysée les partis politiques représentés au Parlement. « Face à la dégradation rapide ces derniers jours de la situation internationale », la réunion, prévue à 10 h 30, portera sur « les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et leurs conséquences en France sur la sécurité et l’énergie », a annoncé jeudi la présidence de la République.
Le premier ministre Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées, sera le seul membre du gouvernement présent en salle Vega, cette pièce souterraine réaménagée récemment à l’Élysée où se tiennent notamment les réunions du Conseil de défense. Les responsables de plusieurs services de renseignements seront là – la DGSE, la DGSI, la Direction du renseignement militaire – ainsi que le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) et le patron de la Direction générale de l’énergie. « Les autorités militaires et les services de renseignements partageront des informations en possession du chef de l’État », précise le communiqué élyséen.
Le Pen et Mélenchon absents
Chaque parti convié ne peut envoyer qu’un seul représentant : le chef du parti ou son candidat à l’élection présidentielle. Ce qui a donné lieu à des arbitrages dans les nombreuses formations où il ne s’agit pas de la même personne. Tous les présidentiables ne répondent pas à l’invitation du président. C’est ainsi Jordan Bardella qui représentera le Rassemblement national, Marine Le Pen étant en déplacement, tandis que leur allié Éric Ciotti (UDR) sera là. Bruno Retailleau, lui, viendra au titre des Républicains, comme Édouard Philippe pour Horizons, Gabriel Attal pour Renaissance, et François Bayrou pour le MoDem. Le sénateur centriste Hervé Marseille, président de l’UDI, en sera également.
À gauche, Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste), Marine Tondelier (Les Écologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste), tous candidats déclarés à l’Élysée, seront de la partie. La France insoumise sera représentée par son coordinateur national, Manuel Bompard.
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), doit aussi participer à la réunion, mais son homologue du Sénat, Gérard Larcher (LR), n’était pas certain de sa présence, en raison d’un déplacement. Seules les forces politiques représentées au Parlement français sont conviées, a précisé l’Élysée, ce qui exclut le parti Reconquête présidé par Éric Zemmour, qui n’a des élus qu’au Parlement européen.
Prix des carburants
Avec cette initiative au format « Saint-Denis », selon le nom de plusieurs réunions transpartisanes du même type organisées par Emmanuel Macron depuis 2023, le chef de l’État cherche à affirmer une posture protectrice face aux chocs géopolitiques, lui qui se retrouve en marge de la scène politique, du fait d’une campagne présidentielle à laquelle il n’a pas le droit de participer. Dans son entourage, on invoque notamment les conflits au Moyen-Orient, et notamment la pression qui s’accentue sur le stratégique détroit de Bab al-Mandeb, au cœur de la guerre au Yémen. Ces tensions ont des répercussions directes sur les prix des carburants en France, alors que la colère sociale monte : des pêcheurs ont mené plusieurs actions de blocage cette semaine
Emmanuel Macron veut afficher son volontarisme sur le sujet. « Ce qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous finit toujours par peser sur notre quotidien. Alors j’agis pour réduire les tensions, sécuriser nos approvisionnements et faire baisser la pression sur les prix », a-t-il assuré dans un message posté sur X mercredi soir. Alors qu’il a déjà échangé cette semaine avec le premier ministre irakien, le prince héritier d’Arabie saoudite et l’émir du Qatar, le chef de l’État a reçu jeudi à Paris le roi de Jordanie et le président du Liban. « On cherche des routes alternatives, parce que le détroit d’Ormuz n’est pas parti pour se débloquer tout de suite », glisse un conseiller de l’exécutif. L’entourage d’Emmanuel Macron souligne aussi l’accentuation des frappes russes en Ukraine et des attaques « hybrides » attribuées au Kremlin. Ces menaces hybrides étaient d’ailleurs au menu d’un Conseil de défense autour du président, mercredi.
Il faut qu’on arrive à reconnecter son agenda international aux préoccupations des Français.
Un proche d’Emmanuel Macron
Ces sujets internationaux constituent l’essentiel de l’agenda du chef de l’État. « Il est très actif mais ça ne se voit pas, car c’est surtout du long terme, note l’un de ses proches. Il faut qu’on arrive à reconnecter son agenda international aux préoccupations des Français. » Autour d’Emmanuel Macron, on souligne aussi la nécessité de partager des informations importantes à ceux qui briguent sa succession. « Il pense avoir un rôle de garant du bon déroulement du débat public », martèle depuis plusieurs mois son entourage. Une posture du surplomb qui ne semble pas convaincre l’opinion : la cote de popularité du président a baissé dans plusieurs enquêtes d’opinion récentes (16 % d’opinions favorables, en chute de 5 points depuis juillet, dans le dernier baromètre Ipsos BVA-Cesi publié le week-end dernier par La Tribune dimanche).
Reste qu’une rencontre avec les forces politiques sur les sujets internationaux et énergétiques, « c’est toujours utile, estime un président de groupe parlementaire du bloc central. Pendant qu’on s’empaille pour savoir si on doit rembourser la dette ou pas, ce n’est pas mauvais de rappeler qu’il y a quelques réalités ! » Sans surprise, l’entourage de Jean-Luc Mélenchon se montre beaucoup plus sceptique sur l’attitude d’Emmanuel Macron. « Ce qu’il va dire est sûrement gesticulatoire pour faire croire qu’il fait quelque chose. Il n’est pas sérieux », dit-on autour du candidat de LFI, auprès de l’AFP, pour justifier son absence à la réunion.
Poster un Commentaire