Élevage des génisses – Vache nourrice et veau sous la mère : élever les veaux autrement


Les fermes Inrae de Mirecour (Vosges), et de Marcenat (Cantal) ont testé deux méthodes alternatives pour l’élevage des veaux : la vache nourrice, où une mère adoptive assure l’allaitement des génisses de renouvellement, et l’allaitement maternel, où les vaches gardent leur veau et le nourrissent en plus de la traite.

« Force est de constater que l’élevage des veaux est une pratique qui interpelle les citoyens », introduit Dominique Pomiès, ingénieur d’études à l’Inrae à l’occasion des journées 3R. Nombre d’éleveurs ont cherché à simplifier et rationaliser l’élevage des génisses : lait yaourtisé, diminution du nombre de buvées ou encore délégation… Les options ne manquent pas pour assurer l’élevage des laitières de demain. Mais pour Dominique Pomiès, « si la production laitière est généralement altérée par les pratiques d’allaitement naturel, on peut y trouver un intérêt sur les performances de croissances, et le bien-être affiché par le veau ».

1. La vache nourrice

L’élevage sous vache nourrice, ou « tante » consiste à faire adopter deux à trois veaux par une vache en lactation. Généralement utilisée chez des éleveurs pâturant en vêlages de printemps, cette technique permet de limiter assez drastiquement le temps consacré à l’élevage des futures vaches laitières.  

Sur le site Inrae de Mirecour dans les Vosges (88), l’élevage sous vaches nourrices expérimenté depuis 2016 semble porter ses fruits. « Les croissances sous nourrices sont plus régulières, et surtout supérieures à celles observées par le passé avec des veaux DAL », explique Laurent Brunet, ingénieur d’étude à l’Inrae. Les génisses allaitées affichent un GMQ compris entre 800 et 900 g/j sur les 9 premiers mois de leur vie, contre 563 g/j sur les lots témoins. Un écart de poids de 68 kg est ainsi observé aux 9 mois de l’animal. Ces performances s’expliquent notamment par une meilleure gestion sanitaire. « Auparavant, 30 % des veaux étaient traités pour des problèmes de diarrhées. Sur six ans d’expérimentation, aucun traitement antidiarrhéique n’a été administré », apprécie Lurent Brunet. 

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Faire adopter les veaux 

Sur la ferme de Mirecour, les génisses passent leurs premières 24h avec leur mère biologique. L’occasion pour elle de bien lécher son veau et de lui faire boire le colostrum. Le couple mère veau est ensuite séparé : la vache part à la traite, et le veau dans une case collective où il est alimenté grâce à un milkbar en attendant qu’une nourrice se libère pour l’adoption. Les mères allaitantes sont généralement choisies pour leur docilité, mais aussi pour leur moindre adaptation au système laitier de l’exploitation (problèmes de locomotion ou quartier défectueux…). Près de la moitié des vaches nourrices sont d’ailleurs réformées à l’issue de la période d’allaitement. Pour composer les binômes, l’éleveur prend garde à casser les couples mères / veaux pour éviter qu’elle ne favorise son veau. Selon le potentiel laitier de la vache, deux à trois veaux lui sont attribués. Pour créer du lien entre la tante et ses veaux, tous sont placés trois semaines dans une case, avant de rejoindre le groupe des autres nourrices du troupeau.

Tirer profit du pâturage

Les vêlages groupés de début d’année (entre fin-janvier et mi-avril) permettent d’assurer une bonne croissance des génisses en tirant profit du pâturage. Dès la mi-avril, les vaches nourrices rejoignent les pâtures avec leurs veaux. Aucune complémentation n’est donc apportée, pour les vaches comme pour les jeunes génisses.

« Ce mode d’élevage reste sensible aux conditions climatiques » tempère Laurent Brunet. L’année sèche de 2018 a impacté la croissance des veaux, avec un GMQ avoinant les 500 g/j par jour entre les 7 et 9 mois de l’animal, là où les génisses gagnent généralement 850 g/j.  

L’élevage sous nourrice est un levier pour parvenir au vêlage 24 mois. Sur l’exploitation, 81 % des génisses élevées sous nourrices ont vêlé à deux ans. Les croisés (jersiais, rouge scandinave ou vosgien) affichent les meilleures performances, avec 92 % de vêlages deux ans, contre 64 % en Holstein, et 50 % en Montbéliardes.

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2. L’allaitement maternel

L’élevage maternel des veaux correspond à l’allaitement du jeune veau par sa mère biologique. Contrairement à l’élevage avec vache nourrice, les vaches passent à la traite. Le temps de contact entre vache-veau est alors limité pour les besoins de la production laitière.

Une expérimentation menée sur la ferme Inrae Herbipôle de Marcenat dans le Cantal (15) a testé l’allaitement maternel des veaux laitiers jusqu’à 12 semaines. Cette technique n’a qu’un faible impact sur la croissance des veaux. Si ces derniers affichent généralement un meilleur GMQ sous la mère, le stress du sevrage vient atténuer cet effet.

Un impact sur la production laitière

Mais cette pratique n’est pas sans conséquence sur la lactation. « L’essai a conclu à un déficit de production, qui ne s’explique pas uniquement par le lait bu par le veau » explique Dominique Pomiès. Les vaches allaitant leur veau ont fourni 30 % de lait en moins au tank entre la première et la 16 ème semaine de lactation, ce qui représente environ 900 kg de lait. La consommation des veaux étant estimée à 800 kg de lait sur cette période, une baisse de production au pic de lactation de l’ordre de 100-130 kg a été observée. Cela peut s’expliquer par une moindre décharge d’ocytocine à l’occasion de la traite. Mais pour l’ingénieur d’étude, « les répercussions sur les volumes sont assez faibles pour les éleveurs utilisant déjà le lait du tank pour l’élevage des veaux ». A l’issue du sevrage, les vaches allaitantes ont retrouvé un niveau de production semblable à celui du reste du troupeau.

La composition du lait collecté s’en voit également modifiée. Selon la durée du contact mère / veaux, les vaches allaitantes ont perdu jusqu’à 6 g/kg de TB : « les veaux consomment plutôt du lait alvéolaire, qui est riche en matière grasse », commente Dominique Pomiès, alors que les vaches peuvent également avoir tendance à retenir leur lait. Le TP augmente quant à lui, jusqu’à + 2 g/kg. La présence du veau semble néanmoins bénéfique pour la santé de la mamelle, avec une réduction du nombre de mammites.

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Les chercheurs ont tenté d’estimer l’impact économique de cette pratique, via les cas types du réseau d’élevage Inosys. L’allaitement maternel a systématiquement généré une diminution du produit laitier, de l’ordre de 2,2 %, tout systèmes confondus.

Limiter le stress au sevrage

Les multiples séparations sont autant de moments de stress pour le veau comme pour la vache. L’élevage avec allaitement naturel pose également la question du sevrage. « La séparation tardive génère plus de stress, mais pour moi le jeu en vaut la chandelle », commente Dominique Domiés. Une étude sur la concentration en cortisol dans les poids de veau avant le sevrage affiche clairement une amélioration du bien-être. Avec un niveau inférieur de 26 % par rapport à celui des veaux élevés au DAL, la moindre accumulation de cortisol témoigne d’un moindre niveau de stress. « Mais certains éleveurs vivent assez mal cette séparation, et c’est assez pénible d’écouter les veaux appeler les mères ». Des travaux sont toutefois en cours pour atténuer le stress lors de cette période.



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