Deux expos (gratuites) et un livre sur le bijou Art nouveau vont vous faire rêver


René Lalique, Broche / Pendentif Pensée : femme-flore

René Lalique, Broche / Pendentif Pensée : femme-flore, 1899-1901

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Or, diamant, émail • © Albion Art Institut, tous droit réservés

À la Belle Époque, celle des Expositions universelles, du progrès et des grands magasins faisant le bonheur des dames décrit par Zola, c’est une révolution qui a déferlé dans tous les domaines de la création. Le vent d’un art qu’on nommera « nouveau » soufflait partout, des affiches d’Alphonse Mucha aux verreries d’Émile Gallé, s’engouffrant jusqu’aux bouches de métro parisien par Hector Guimard. Dans ce sillage, il était un petit accessoire mais néanmoins grand ambassadeur : le bijou !

Les métamorphoses du bijou

Gaston Chopard, Peigne à cigales

Gaston Chopard, Peigne à cigales, vers 1903

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Écaille de tortue, émail, or émaillé, perles naturelles • Coll. du Musée des Arts Décoratifs, Paris • © Les Arts Décoratifs / Jean-Marie Delmoral

À l’École des arts joailliers, où l’on vient aussi prendre des cours de savoir-faire, de gemmologie et d’histoire du bijou, le parcours se concentre sur le bijou français des décennies 1880–1914, en rassemblant une centaine de pièces dans une scénographie en volutes, miroirs et papiers peints stylisés. Égrenant les merveilles, l’expo, tout comme le livre de Rossella Froissart, montre une joaillerie en phase avec son époque, celle où éclosent les théories de Charles Darwin sur l’évolution des espèces, où le public découvre, médusé, les mondes marins, via les planches d’Ernst Haeckel, les récits du périple du navire scientifique Challenger et rêve en lisant Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Cet imaginaire infuse chez les artistes symbolistes et imprègne la création joaillière. René Lalique, « l’inventeur du bijou moderne », ou Georges Fouquet, pour citer de grands noms de l’époque, explorent toutes les métamorphoses, femmes-fleurs, sirènes, insectes et autres créatures hybrides. Chez Louis Auroc, des pieuvres surgissent, chez Lucien Falize, des dragons planent.

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À gauche, le « Serpent de mer ailé » de Georges Fouquet (1902). À droite, le « Paysage d’hiver » de René Lalique (vers 1898)

À gauche, le « Serpent de mer ailé » de Georges Fouquet (1902). À droite, le « Paysage d’hiver » de René Lalique (vers 1898)

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Or, émail, émeraudes, perles et verre • Coll. privée, courtesy Albion Art Institute, Tokyo • © Albion Art Institute / ADAGP, Paris, 2023 © Albion Art Institute / Tsuneharu Doi

Admirez cet émouvant pendentif de René Lalique inspiré de la vision d’une forêt sous la neige [ill. ci-dessus à droite]. Déployer telle féerie réclame du savoir-faire, et certaines traditions comme l’émail sont remis au goût du jour avec magie. Les idées changent. Les métaux et pierres précieuses cèdent le premier rang à des pierres de couleur moins onéreuses comme le quartz, les topazes, les grenats, et à des matières organiques tels le corail, la corne, la nacre. Petit à petit, l’amour pour la nature se simplifie, elle se résume à des lignes stylisées, se géométrise, prend des airs abstraits. Après l’Art nouveau c’est l’Art déco qui est en germe.

Vever effeuille son patrimoine rue de la Paix

Vever, Étui à cigarette « Les Passions d’Henri Vever »

Vever, Étui à cigarette « Les Passions d’Henri Vever », 1912

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Or jaune et émail • Coll. Privée • © Vever

Poursuivons cette plongée dans le bain merveilleux de l’époque Art nouveau, en cheminant jusqu’à la rue de la Paix, chez Vever. Au numéro 9, à l’étage, cette maison à son apogée au début des années 1900 vient tout juste de renaître après quarante ans de sommeil. Ceci grâce à la passion de Camille et Damien Vever, septième génération dans cette famille de joailliers. Sur rendez-vous et en petit groupe, dans les salons feutrés de Vever (vue imprenable sur la colonne Vendôme) on s’attache vite à la créativité et la personnalité extraordinaire d’Henri Vever, collectionneur d’art impressionniste, d’estampes japonaises et d’objets précieux, également auteur de La Bijouterie française au XIXe siècle, bible encore aujourd’hui de la joaillerie.

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À gauche, le « Pendentif à la Femme Tournesol » de Gautrait pour Vever (vers 1900). À droite, le « Pendentif à Feuillage » de Vever (1900)

À gauche, le « Pendentif à la Femme Tournesol » de Gautrait pour Vever (vers 1900). À droite, le « Pendentif à Feuillage » de Vever (1900)

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Or jaune, émail et pierre de lune, ivoire, diamant et perles • Coll. A.Aardewerk Antiquair Jewelier • © Vever

Des femmes qui se métamorphosent en libellule, en tournesols, en papillon, aux éclosions de lignes stylisées, chaque vitrine offre un coup de cœur.

Des femmes qui se métamorphosent en libellule, en tournesols, en papillon, aux éclosions de lignes stylisées, chaque vitrine offre un coup de cœur. À chaque fois, Vever est dans l’air du temps. En témoigne l’étui à cigarette imaginé pour son gendre, telle une sorte de bande dessinée des loisirs du gentleman des années 1910 : automobile, champagne et aviation ! Même chose pour la broche pur jus Art déco représentant deux musiciens, que Vever montra à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925 et pour laquelle il fut primé. Rivalisant de savoir-faire, en particulier l’émail, ses pièces ont un intérêt non seulement historique en même temps qu’elles dessinent un portrait touchant de la vie intime d’un promoteur de la beauté, en or massif.

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Un art nouveau. Métamorphoses du bijou, 1880-1914

Du 2 juin 2023 au 30 septembre 2023

www.lecolevancleefarpels.com

Un Art nouveau. Métamorphoses du bijou. 1880-1914, 208 pages, 250 ill., Coédition : Norma Éditions/L’École des arts joailliers, 39 €



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