découvrez les chefs-d’œuvre de sa période majorquine


Comme une chrysalide, un atelier peut métamorphoser un artiste. L’installation de Joan Miró dans son refuge de Majorque, en 1956, marque un tournant dans sa carrière. C’est cet épanouissement étourdissant que raconte l’exposition du musée d’art Hyacinthe Rigaud. Celle-ci réunit sur près de 400 m² plus d’une centaine d’œuvres, faisant sans cesse dialoguer peintures, sculptures, céramiques, dessins, gravures et lithographies, afin de mieux retranscrire cette effervescence.

Rendue possible grâce au jumelage entre Perpignan et Palma de Majorque, elle bénéficie d’un partenariat exceptionnel avec la Fondation Pilar i Joan Miró, qui prête un ensemble remarquable d’œuvres, complété notamment par la galerie Lelong et la collection parisienne de Marc Larock. « C’est probablement la première fois que la Fondation Miró noue un tel partenariat avec une institution française » se réjouit la directrice du musée et commissaire de l’exposition, Pascale Picard. Cette alliance rare permet à l’exposition de « témoigner de la période de la maturité de Miró, où il est le plus extraordinaire », appuie-t-elle.

Un art réduit à l’essentiel

Après une introduction majorquine, quelques œuvres rappellent le Miró d’avant Palma. Arrivé à Paris en 1922, il fréquente les surréalistes et rompt définitivement avec toute conception académique de la peinture. Ses lignes noires, fines comme des fils de fer, et ses formes colorées jaunes et rouges flottant sur des fonds blancs, dialoguent ici à merveille avec un mobile de Calder conservé par le musée perpignanais, soulignant la proximité des deux artistes dans leur quête d’un langage réduit à l’essentiel.

Joan Miró, Sans titre

Joan Miró, Sans titre, 3 juillet 1968 – 28 mai 1872

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Huile sur toile, acrylique, craie, fusain • 130 × 195 cm • © Successió Miró, 2026 / Fundació Pilar i Joan Miró a Mallorca / ADAGP, 2026

Les inquiétudes que suscite chez Miró la montée des totalitarismes affleurent ensuite dans une série de dessins au biomorphisme plus sombre. Mais l’artiste conjure aussi cette violence par la puissance du rêve. Une superbe gouache réalisée en 1948 pour illustrer le poème Complainte d’un lézard amoureux de René Char dialogue ainsi avec plusieurs céramiques couvertes de signes et formes stylisées – dont des yeux et des étoiles qui rappellent « Constellations », ensemble de tableaux peint entre 1939 et 1941.

Joan Miró et Josep Llorens i Artigas, Vase

Joan Miró et Josep Llorens i Artigas, Vase, 1941

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Grès • 30 × 25 cm • © Successió Miró / Musée d’art Hyacinthe Rigaud / P. Marchesan / ADAGP, 2026

Miró ne cesse alors d’élargir son champ d’expérimentation. Dès 1944, il collabore avec le céramiste Josep Llorens Artigas (1892–1980). D’abord de dimensions modestes, leurs créations prennent une ampleur nouvelle au début des années 1950. Artigas façonne les volumes tandis que Miró les anime par la couleur et les émaux – de véritables créations à quatre mains, dont plusieurs exemples sont présentés ici.

Le tournant majorquin : l’ancrage de Miró

Lorsqu’il s’installe à Majorque en 1956, l’artiste réalise enfin son rêve caressé depuis les années 1930 : il dispose d’un vaste espace aux murs blancs, conçu pour lui par un architecte moderniste. L’exposition plonge le visiteur à plusieurs reprises dans l’univers de cet atelier majorquin grâce à de grandes reproductions photographiques recouvrant des cimaises entières.

Ce grand cube immaculé (que le public peut aujourd’hui visiter, conservé en l’état dans lequel l’artiste l’a laissé à sa mort) devient le théâtre d’une création ininterrompue. S’isolant volontairement des grands centres artistiques, Miró y mène une existence discrète, entouré de petites trouvailles locales qui le relient à cette terre dans laquelle il se sent profondément enraciné : des coquillages, des fossiles, des céramiques populaires et de petites figurines majorquines qui nourrissent son imaginaire.

Exposition « Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves » au musée d’art Hyacinthe Rigaud

Exposition « Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves » au musée d’art Hyacinthe Rigaud

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© Succession Miró, ADAGP, Paris, 2026 / Photo : Musée d’art Hyacinthe Rigaud / A. Chedal

As du détournement, Miró crée des œuvres en bronze obtenues grâce à d’étonnants assemblages d’objets hétéroclites : morceaux de poupée, empreinte de panier, pot de peinture… Mais il commence aussi, dans le même temps, à créer des sculptures monumentales, lisses et brillantes, aux contours épurés, dont deux exemples massifs, d’un noir d’encre, ouvrent et ferment l’exposition : Torse (1969), aux formes très rondes, et L’Oiseau solaire (1966–1967), d’une présence totémique.

Expérimentations et abstraction : la vie en grand

« Quand il arrive dans cet immense atelier, il se met à voir grand, à créer grand. C’est vraiment un point de bascule dans sa vie et son œuvre » souligne la commissaire. À Majorque, Miro développe aussi beaucoup d’œuvres multiples : céramiques, gravures, lithographies. Il exploite les tensions qui l’habitent de manière différente, en incisant, en arrachant, et se rapproche davantage de l’abstraction. D’une créativité débordante, il s’empare aussi d’un sac de jute qu’il transforme en visage bricolé. En peinture, il expérimente avec les taches, le dripping, les coulures.

Exposition « Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves » au musée d’art Hyacinthe Rigaud

Exposition « Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves » au musée d’art Hyacinthe Rigaud

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© Succession Miró, ADAGP, Paris, 2026 / Photo : Musée d’art Hyacinthe Rigaud / A. Chedal

Inspiré par le bleu immense du ciel et de la mer Méditerranée qui l’entourent à Palma, Miro se met également à s’intéresser davantage au monochrome. Si le fabuleux triptyque « Bleu I, Bleu II, Bleu III », conservé au Centre Pompidou, n’est pas présenté ici, on admire dans l’exposition perpignanaise un tableau d’un noir intense sur lequel se détachent une touche de rouge, une lueur bleue et une petite étoile blanche, comme tracée à la craie sur une ardoise.

Palma pour toujours avec une fondation

Joan Miró, Bon à tirer pour Fundació Palma I

Joan Miró, Bon à tirer pour Fundació Palma I, 1978

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Encre de Chine, gouache, pastel, eau-forte et aquatinte sur papier • 71 × 53 cm • © Successió Miró, 2026 / Fundació Pilar i Joan Miró a Mallorca / ADAGP, Paris, 2026

Le noir joue un rôle déterminant dans cette période. Épaissi, envahissant, il structure désormais l’espace pictural, sous l’influence notamment de la calligraphie japonaise que Miró découvre lors de son premier voyage au Japon, en 1966. Les trois œuvres intitulées « Fondation Palma » (1978) portent cette évolution à son paroxysme : le noir s’étend dans la composition et la cloisonne comme pour en absorber les couleurs. Une méditation crépusculaire qui précède le geste ultime de l’artiste : offrir ses ateliers et toutes les œuvres qu’ils renferment à la ville de Palma, afin qu’ils deviennent le cœur d’une fondation… Celle-là même qui a fourni sa matière à cette belle exposition.

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Joan Miró. Majorque, l’atelier des rêves

Du 27 juin 2026 au 31 décembre 2026

www.musee-rigaud.fr





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